L'Oeil et l'Esprit de Merleau-Ponty (citations)

Publié le par lenuki

L'Oeil et l'Esprit de Merleau-Ponty (citations)

L’œil et l’Esprit

(Merleau-Ponty Gallimard Folio Essais)

Chapitre I Science et art

« La science manipule les choses et renonce à les habiter […] Elle est ce parti pris de traiter tout être comme « objet en général », c’est-à-dire à la fois comme s’il ne nous était rien et se trouvait cependant prédestiné à nos artifices » (p. 9)

« Penser, c’est essayer opérer, transformer, sous la seule réserve d’un contrôle expérimental où n’interviennent que des phénomènes hautement « travaillés » et que nos appareils produisent plutôt qu’ils ne les enregistrent » (p. 10)

« Dire que le monde est par définition nominale l’objet X de nos opérations, c’est porter à l’absolu la situation de connaissance du savant, comme si tout ce qui fut ou est n’avait jamais été que pour entrer au laboratoire. La pensée « opératoire » devient une sorte d’artificialisme absolu, comme on voit dans l’idéologie cybernétique, où les créations humaines sont dérivées d’un processus naturel d’information, mais lui-même conçu sur le modèle des machines humaines » (p. 11-12)

« Il faut que la pensée de science - pensée de survol, pensée de l’objet en général – se replace dans un « il y a » préalable, dans le site, sur le sol du monde sensible et du monde ouvré tels qu’ils sont dans notre vie, pour notre corps, non pas ce corps possible dont il est loisible de soutenir qu’il est une machine à information, mais ce corps actuel que j’appelle mien… » (p. 12-13)

« Or l’art et notamment la peinture puisent à cette nappe de sens brut dont l’activisme ne veut rien savoir » (p. 13)

« Le peintre est seul à avoir droit de regard sur toutes choses sans aucun devoir d’appréciation » (p. 14)

« Comme s’il y avait dans l’occupation du peintre une urgence qui passe toute autre urgence. Il est là, fort ou faible dans la vie, mais souverain sans conteste dans sa rumination du monde, sans autre « technique » que celle que ses yeux et ses mains se donnent à force de voir, à force de peindre, acharné à tirer de ce monde où sonnent les scandales et les gloires de l’histoire des toiles qui n’ajouteront guère aux colères ni aux espoirs des hommes,, et personne ne murmure. Quelle est donc cette science secrète qu’il a ou qu’il cherche ? » (p. 15)

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P
Des citations souvent bien plus précieuses et faciles à aprécier qu'à la première lecture.
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L
Merci pour ce bref commentaire avec lequel je suis d'accord. L'OEil et l'Esprit est certes un petit ouvrage (80 pages) mais dont il faut se méfier car il constitue en quelque sorte le testament philosophique de Merleau-Ponty, d'où la densité de la réflexion qui y est proposée. De plus, comme il y est question de peinture et de réhabilitation du sensible (philosophie incarnée, importance du corps vécu), Merleau-Ponty y manie volontiers la métaphore, voir le style poétique, ce qui ne simplifie pas la tâche d'interprétation du lecteur.
Au fond, je crois qu'il s'agit d'un ouvrage dont on ne finit jamais d'en épuiser la richesse.
Bonne lecture, voire relectures...!