Identité personnelle Texte de Locke commenté

Publié le par lenuki

 

 

"Cela posé, pour trouver en quoi consiste l'identité personnelle, il faut voir ce qu'emporte le mot de personne. C'est, à ce que je crois, un Être pensant et intelligent, capable de raison et de réflexion, et qui se peut consulter soi-même comme le même, comme une même chose qui pense en différents temps et en différents lieux ; ce qu'il fait uniquement par le sentiment qu'il a de ses propres actions, lequel est inséparable de la pensée, et lui est, ce me semble, entièrement essentiel, étant impossible à quelque Être que ce soit d'apercevoir sans apercevoir qu'il aperçoit. Lorsque nous voyons, que nous entendons, que nous flairons, que nous goûtons, que nous sentons, que nous méditons, ou que nous voulons quelque chose, nous le connaissons à mesure que nous le faisons. Cette connaissance accompagne toujours nos sensations et nos perceptions présentes : et c'est par là que chacun est à lui-même ce qu'il appelle soi-même. [...] Car puisque la conscience accompagne toujours la pensée, et que c'est là ce qui fait que chacun est ce qu'il nomme soi-même, et par où il se distingue de toute autre chose pensante : c'est aussi en cela seul que consiste l'identité personnelle, ou ce qui fait qu'un Être raisonnable est toujours le même. Et aussi loin que cette conscience peut s'étendre sur les actions ou les pensées déjà passées, aussi loin s'étend l'identité de cette personne : le soi est présentement le même qu'il était alors : et cette action passée a été faite par le même soi que celui qui se la remet à présent dans l'esprit."

         Locke, Essai philosophique concernant l'entendement humain(1690)

 

Thème du texte : La définition de la notion de personne (ou sujet). Mais le choix du terme de personne est significatif. En effet, le sujet (sub-jectum : ce qui est jeté en-dessous) renvoie au concept de sub-stance (sub-stare : se tenir en-dessous). Or Locke, remet en question toute perspective substantialiste pour définir le sujet, puisque la conscience de soi y suffit.

Dans ce texte, Locke cherche à définir l’identité personnelle, c’est-à-dire le fait que chacun puisse s’appréhender comme étant le même malgré tous les changements qu’il subit, physiquement et moralement, en des lieux et des temps différents. En effet, chacun ne se perçoit pas seulement comme un homme, mais aussi comme un « soi » (self) unique et donc irréductible à tous les autres « soi ». Comment alors définir la personne, c’est-à-dire cette identité dans le temps et l’espace, sans recourir pour ce faire à une notion métaphysique telle que la substance ?

Thèse du texte : La personne « … est, à ce que je crois, un Être pensant et intelligent, capable de raison et de réflexion, et qui se peut consulter soi-même comme le même, comme une même chose qui pense en différents temps et en différents lieux ; ce qu'il fait uniquement par le sentiment qu'il a de ses propres actions, lequel est inséparable de la pensée, et lui est, ce me semble, entièrement essentiel, étant impossible à quelque Être que ce soit d'apercevoir sans apercevoir qu'il aperçoit ».

 Locke semble reprendre ici la conception classique de la personne comme être doué de raison ou (cf. Descartes) comme « chose qui pense ». Or Locke critique cette dernière conception : la personne n’est pas une chose, parce que la conscience de soi n’en est pas une (mais constitue un acte). C’est la conscience qui définit le sujet, mais ce n’est pas une substance.

Le sujet, c’est celui qui peut se percevoir comme un « soi ». Ainsi le « soi » dépend d’un acte de perception (donc d’un acte de conscience). Cela implique que le sujet n’est pas une substance pouvant exister indépendamment de ses accidents et de ses perceptions. Le sujet est dans la mesure où il a conscience de soi. Qu’il cesse de se percevoir, il cesse du même coup d’être ce sujet ou cette personne. On voit donc l’importance du terme de conscience qui passe ainsi d’un sens moral (comme dans « bonne ou mauvaise conscience », sens prévalant jusqu’à la Renaissance) à un sens spirituel ou psychologique comme représentation de soi. La conscience est donc au sujet ce qui lui permet de se définir comme tel, ce qui lui permet d’être un « soi » et d’avoir le sentiment de soi, « … étant impossible à quelque Être que ce soit d'apercevoir sans apercevoir qu'il aperçoit. ». Éprouver sensation ou sentiment, c’est donc savoir qu’on les éprouve. Sans ce savoir de soi, l’homme vivrait dans l’inconscience de ce qu’il est et fait, il n’aurait aucun sentiment de soi. Toute pensée implique un savoir de soi et c’est ce savoir qui permet à chacun de se percevoir comme une personne. Grâce à cette conscience, nous pouvons rapporter sensations et sentiments à un « soi ». Par là, la conscience de soi est bien au fondement de l’identité, assurant une certaine continuité dans l’espace et le temps (en dépit de la variabilité des sensations et des sentiments).

La personne est donc un être qui possède une certaine permanence dans l’espace et le temps, ce qui est aussi une caractéristique de la substance. On peut donc se demander si Locke n’opérerait pas subrepticement un retour à la conception classique du sujet. Mais que serait un être qui changerait tout le temps, sans rien de permanent ou de stable en lui ? Pourrait-il même prendre conscience de ses propres changements ? Car dans quelle mesure pourraient-ils être les siens ? 

Pas de personne, donc, sans une certaine continuité. Mais cela n’implique pas que cette continuité soit totale : la conscience connaît des oublis, des problèmes de mémoire, des états plus ou moins conscients. Mais il suffit qu’elle se reconnaisse comme étant la même, d’un jour à l’autre, pour l’être effectivement, même si elle a tout oublié durant la nuit. Ainsi la notion de substance n’est pas nécessaire pour définir la personne, car la conscience de soi permet d’assurer la continuité entre des lieux et des temps différents qui provoquent des changements en nous.

L’identité personnelle dépend donc de la conscience seule. En rejetant la conception substantialiste du sujet, Locke ouvre la voie à des définitions nouvelles de celui-ci (cf. Sartre qui définit le sujet comme « pour-soi » par exemple).

 

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L
Le soi est ce qui subsiste en vous de permanent, malgré tous les changements qui se sont opérés en vous depuis votre naissance et qui fait que vous pouvez vous reconnaître dans un acte ou une pensée passés, ou encore sur une photo de votre prime enfance. de même, si on change queques pièces de votre téléphone, vous ne direz pas que c'est un autre téléphone, mais le même que celui que vous aviez auparavant, car vous le reconnaîtrez comme vôtre. le soi, c'est donc l'identité personnelle, par-delà tous les changements du moi.
J'espère avoir été assez clair pour vous.
Cordialement et à bientôt
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T
En revanche j’ai une question dont je n’ai pas la la réponse c’est : d. « Le soi est présentement le même qu’ils etait alors »
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T
Franchement je trouve votre document commenté parfait en plus le meme jour on ma Donne un devoir de philo par ent avec deux partie je suis en terminales et je dois m’en le entre demain vendredi 10 novembre à m’avoir prof, franchement merci beaucoup pour toutes les reponse j’espère que nous allons nous recontacte pour avoir des réponse à mes futur dm
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parle francais
L
Permettez-moi de vous remercier pour votre commentaire, car il est très encourageant.
Quant à de futurs contacts, pourquoi pas, s cela peut vous aider.
Cordialement