L'Oeil et l'Esprit chapitre V Art et temporalité

Publié le par lenuki

 

« Parce que profondeur, couleur, forme, ligne, mouvement, contour, physionomie sont des rameaux de l’Etre, et que chacun d’eux peut ramener toute la touffe, il n’y a pas en peinture de « problèmes » séparés, ni de chemins vraiment opposés, ni de « solutions » partielles, ni de progrès par accumulation, ni d’options sans retour. » (p. 88)

« Pour la même raison, rien n’est jamais acquis. En « travaillant » l’un de ses bien-aimés problèmes, fût-ce celui du velours ou de la laine, le vrai peintre bouleverse à son insu les données de tous les autres. Même quand elle a l’air d’être partielle, sa recherche est toujours totale. » (p. 89)

« L’idée d’une peinture universelle, d’une totalisation de la peinture, d’une peinture toute réalisée est dépourvue de sens. Durerait-il des millions d’années encore, le monde, pour les peintres, s’il en reste, sera encore à peindre, il finira sans avoir été achevé » (p.90)

« (…) que pas plus que celles de la peinture les figures de la littérature et de la philosophie ne sont vraiment acquises, ne se cumulent en un stable trésor, que même la science apprend à reconnaître une zone du « fondamental » peuplée d’êtres épais, ouverts, déchirés, dont il n’est pas question de traiter exhaustivement, comme l’ »information esthétique » des cybernéticiens ou les « groupes d’opérations » mathématico-physiques, et qu’enfin nous ne sommes nulle part en état de dresser un bilan objectif, ni de penser un progrès en soi, que c’est toute l’histoire humaine qui en un certain sens est stationnaire, quoi dit l’entendement, comme Lamiel, n’est-ce que cela ?  Le plus haut point de la raison est-il de constater ce glissement du sol sous nos pas, de nommer pompeusement interrogation un état de stupeur continuée, recherche un cheminement en cercle, Etre ce qui n’est jamais tout à fait ? » (p.92)

« Car si, ni en peinture, ni même ailleurs, nous ne pouvons établir une hiérarchie des civilisations ni parler de progrès, ce n’est pas que quelque destin nous retienne en arrière, c’est plutôt qu’en un sens la première des peintures allait jusqu’au fond de l’avenir. Si nulle peinture n’achève la peinture, si même nulle œuvre ne s’achève absolument, chaque création change, altère, éclaire, approfondit, confirme, exalte, recrée ou crée d’avance toutes les autres. Si les créations ne sont pas un acquis, ce n’est pas seulement que, comme toutes choses, elles passent, c’est aussi qu’elles ont presque toute leur vie devant elles. »

 

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