Le sens du présent

Publié le par lenuki

 

On dit bien que « le temps passe » pour signifier l’écoulement du temps, aussi bien que son irréversibilité : le temps perdu ne se rattrape plus… ! Ainsi, ce qu’on nomme le futur sera un présent, tandis que le passé est un présent qui a été et n’est plus. On peut donc définir le présent par rapport à un passé et un futur. Mais si le passé n’est plus, et si le futur n’est pas encore, seul le présent apparaît comme réel, parce qu’actuel. Or lui-même passe, pour n’être plus ! D’où une question philosophique : qu’en est-il de la réalité du temps ? Celle-ci est-elle objective (le temps comme dimension de tout être) ou subjective (le temps de la conscience  - cf. Bergson – ou celui de l’esprit –cf. Saint Augustin) ? Au fond, diviser ainsi le temps en trois parties distinctes, ne serait-ce pas le réduire à néant ? Qu’est-ce qui constitue le sens du passé et du futur comme tels ? Ne sont-ils pas passé et futur d’un présent qui n’est plus, ou n’est pas encore ? Ne constituent-ils pas, en ce sens, des modalités du présent : le passé a été présent, le futur sera présent, alors que le présent se réfléchit lui-même dans sa propre présence à soi, caractérisée par l’attention, par exemple : à la fois attention aux choses présentes et attention au présent de ces choses.

Mais le passé n’est pas totalement aboli, puisqu’il peut se conserver sous la forme de souvenir : c’est un passé spirituel que je peux recréer au présent. La mémoire est, ainsi, révélation de la conscience ou de l’esprit :

« Qui dit esprit dit, avant tout, conscience. Mais, qu'est-ce que la conscience ? Vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous. Mais sans donner de la conscience une définition qui serait moins claire qu'elle, je puis la caractériser par son trait le plus apparent: conscience signifie d'abord mémoire. La mémoire peut manquer d'ampleur: elle peut n'embrasser qu'une faible partie du passé; elle peut ne tenir que ce qui vient d'arriver; mais la mémoire est là, ou bien alors la conscience n'y est pas. Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s'oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant : comment définir autrement l'inconscience? Quand Leibniz disait de la matière que c'est "un esprit instantané", ne le déclarait-il pas, bon gré, mal gré insensible? Toute conscience est donc mémoire, - conservation et accumulation du passé dans le présent. Mais toute conscience est anticipation de l'avenir. Considérez la direction de votre esprit à n'importe quel moment: vous trouverez qu'il s'occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être. L'attention est une attente, et il n'y a pas de conscience sans une certaine attention à la vie. L'avenir est la; il nous appelle, ou plutôt il nous tire à lui: cette traction ininterrompue, qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement. Toute action est un empiétement sur l'avenir. Retenir ce qui n'est déjà plus, anticiper sur ce qui n'est pas encore, voilà donc la première fonction de la conscience. Il n'y aurait pas pour elle de présent, si le présent se réduisait à l'instant mathématique. Cet instant n'est que la limite, purement théorique, qui sépare le passé de l'avenir; il peut être à la rigueur conçu , il n'est jamais perçu; quand nous croyons le surprendre, il est déjà loin de nous. Ce que nous percevons en fait, c'est une certaine épaisseur de durée qui se compose de deux parties : notre passé immédiat et notre avenir imminent. Sur ce passé nous sommes appuyés, sur notre avenir nous sommes penchés: s'appuyer et se pencher ainsi est le propre d'un être conscient. Disons donc, si vous voulez, que la conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir. »

                                                                                    Bergson    L’Energie spirituelle

Mais le passé peut peser, aussi, et la mémoire, paradoxalement, permet de s’en affranchir, autant et peut-être mieux que l’oubli ! Et nous ouvrir à l’avenir (à distinguer du futur comme prévisible) comme champ du possible qui n’est pas encore, mais qui sera en devenant présent. Au contraire du passé qui se présente comme révolu (et en ce sens nécessaire) l’avenir s’ouvre comme espace de création et de liberté, espace indéterminé rendant l’action possible. Il est contingent, parce qu’il nous réserve des surprises. Il est, selon Bergson, « l’imprévisible nouveauté ». En ce sens, il peut être à la fois excitant (par les perspectives qu’il semble offrir) et angoissant (par les choix difficiles qu’il peut impliquer). On ne peut donc vivre le présent (sans étouffer) que par cette ouverture au possible de l’avenir. D’où le désespoir du « no futur » de ceux qui n’entrevoient, dans leur existence, que la répétition du même, à l’infini, c’est-à-dire d’un malheur présent qui a tendance à s’éterniser. « La première catégorie de la conscience historique n’est pas le souvenir, mais l’annonce, l’attente, la promesse » (Hegel, cité par Aïssa Djebar in Littérature et transmission p. 199).D’où le primat de l’avenir selon Heidegger : « l’avenir est le sens de la temporalité », car c’est lui qui détermine le présent davantage que le passé (qui peut être oublié voire aboli). C’est par l’avenir que chaque être humain constitue ce qu’il est, parce que (dira Sartre) il est projet. Exister authentiquement, c’est ainsi vivre toujours en avant de soi, en se dépassant.

On voit ainsi en quoi le présent est fondement de ce qui a été et de ce qui sera : c’est en lui que passé et avenir s’unissent (pour le meilleur et pour le pire, pourrait-on dire), et se présentent à nous en s’actualisant sous la forme du souvenir ou de l’attente, voire de l’espérance. N’être pas encore, c’est ne l’être pas présentement, de même que n’être plus, c’est ne l’être plus présentement. Il n’y a donc de temporalité possible que dans et par la présentification.

 

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S
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