Première citation de Confucius: brève analyse

Publié le par lenuki

Il est bien évident que le choix fait des citations de Confucius n’est pas neutre : il prétend pouvoir nous dire quelque chose sur ce qu’est la réflexion philosophique. Et ce indépendamment de toute connaissance de la pensée de Confucius lui-même, qui ne ferait que nous éloigner de notre propos qui est de déterminer en quoi consiste, dans une première approche, la philosophie.

Aussi, que nous dit de la réflexion philosophique cette première citation :

« Je ne cherche pas à connaître les réponses, je cherche à comprendre les questions » ?

Tout d’abord, la philosophie est moins dans les réponses que dans les questions qu’elle pose, et chaque philosophe a, en ce sens, un questionnement qui lui est propre, une démarche et une méthode personnelles. Et ce sont ces questions posées et reprises au fil du temps qui importent, plus que les réponses qu’y ont apportées les philosophes. Il sera donc primordial de repérer ces questions et de les reprendre à votre compte, pour en appréhender, par une réflexion personnelle, toute la pertinence. Un rappel : deux sujets sur trois à l’épreuve de philosophie au bac sont libellés sous forme de question, à partir desquelles il s’agira pour vous d’établir une problématique. N’est-ce pas significatif ? Et même à propos du texte (troisième sujet), il s’agira d’énoncer ou de synthétiser la question essentielle qu’il pose et à laquelle il tente d’apporter une ou plusieurs réponses… !

Cet accent mis sur les questions plutôt que sur les réponses est ce qui distingue la philosophie du mythe d’une part et de la religion d’autre part. D’où l’importance accordée au « logos », c’est-à-dire à la raison, au langage, et à une démarche méthodique (cf. à ce propos l’importance du dialogue dans la philosophie de Platon).

De plus, Confucius semble établir une distinction entre connaître et comprendre. Ici, on peut se demander si cela ne différencie pas la philosophie (qui cherche à comprendre) de la science (qui cherche à savoir ou à connaître). La connaissance en effet implique à la fois l’objectivité et la distance différenciée entre le sujet connaissant et l’objet connu, alors que la compréhension requiert l’intervention de la subjectivité (qui assume sa démarche, voire ce qu’elle analyse) et une certaine parenté entre le sujet qui comprend et l’objet qu’il cherche à comprendre.

« Le mot grec « philosophie » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir, par différence avec celui qui, possédant le savoir, se nomme savant. Ce sens persiste encore aujourd’hui : l’essence de la philosophie, c’est la recherche de la vérité, non sa possession, même si elle se trahit elle-même, comme il arrive souvent, jusqu’à dégénérer en dogmatisme, en un savoir mis en formules, définitif, complet, transmissible par l’enseignement. Faire de la philosophie, c’est être en route. Les questions, en philosophie, sont plus essentielles que les réponses, et chaque réponse devient une nouvelle question. »

                                                           Karl Jaspers, Introduction à la philosophie

Mais pourquoi est-il si difficile de privilégier les questions, par rapport aux réponses ? N’est-ce pas parce que la plupart de ces dernières sont le plus souvent toutes faites, disponibles  et qu’il n’y a donc pas besoin de penser par soi-même pour  les établir ? Ne serait-ce pas aussi parce que l’homme est moins épris de la vérité que de la certitude, sur laquelle il peut fonder son existence, voire lui donner un sens préétabli ?

« Les croyants et leur besoin de croyance.- On mesure la force d'un homme, ou, pour mieux dire, sa faiblesse, au degré de foi dont il a besoin pour se développer, au nombre des crampons qu'il ne veut pas qu'on touche  parce qu'il s'y tient. Le christianisme, en notre vieille Europe, est encore nécessaire à la plupart des gens; c'est pour cela qu'il trouve encore des adeptes. Car tel est l'homme qu'on lui réfuterait cent fois un article de sa croyance, s'il en a besoin il ne cesse de le tenir encore pour "vrai", conformément à la fameuse "preuve de force" de la Bible. Quelques-uns ont encore besoin de métaphysique; mais ce furieux désir de certitude qui se décharge aujourd'hui par bataillons massifs dans la littérature scientifico-positiviste, ce désir de vouloir à tout prix posséder quelque chose de sûr (alors qu'on passe avec grande indulgence, dans le fièvre de ce désir, sur les preuves de cette sûreté), c'est encore un désir d'appui et de soutien, bref un désir de cet instinct de faiblesse qui ne crée sans doute pas les religions, métaphysiques et convictions de toutes sortes, mais...les conserve cependant. »

                                                                                    Nietzsche  Le Gai savoir

En ce sens, la volonté de certitude ne serait-elle pas la volonté de « faire confiance » à quelque chose de définitif ? Ce qui, notons-le, implique que l’on n’est plus « en route » (cf. citation de Jaspers ci-dessus).

Pour Nietzsche, le besoin de certitude est l’expression de la volonté d’avoir confiance (cf. « foi ») dans quelque chose d’immuable : la volonté de Dieu, éternelle :

« La tendance à ne vouloir en ce domaine[i] que des certitudes est la séquelle d’un instinct religieux »

                                                                   Nietzsche Le voyageur et son ombre

 

 

 


[i] C’est-à-dire le domaine moral

 

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R
« Le mot grec « philosophie » (philosophos) est formé par opposition à sophos. Il désigne celui qui aime le savoir,
Non. Sophos veut dire sage
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L
Certes, le philosophe est l'amoureux de la sagesse, ce qui signifie qu'il la désire parce qu'il sait ne pas être sage (cf. Socrate). Mais la sagesse, dans l'Antiquité grecque, a une dimension à la fois théorique (un certain savoir) mais aussi pratique (un savoir être).
Ces deux dimensions doivent donc être prises en compte.
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