Le sujet: Quelques réflexions

Publié le par lenuki

Réflexions à propos de la notion de sujet

 

Face aux autres, nous nous posons (sans le savoir ni même y penser, ce qui peut apparaître paradoxal) comme des sujets, revendiquant implicitement ou explicitement notre autonomie (de pensée, de jugement, d’action, etc…), conscients que nous sommes de notre valeur d’êtres uniques et donc irremplaçables comme tels. Etre un sujet, n’est-ce donc pas d’abord être conscient de ce que l’on est (conscience de soi) ? Ainsi faut-il se demander : + Qu’est-ce qu’être conscient ? Prendre conscience ? Ne pas avoir conscience ? Faire preuve d’inconscience, etc… ? Il est à remarquer que la notion de sujet en son sens philosophique n’appartient pas au langage courant. Ainsi, dit-on, par exemple : « C’est à quel sujet ? » sans renvoyer au sujet philosophiquement parlant, mais à un objet de pensée ou de discours…. Ainsi un sujet de dissertation sera-t-il pour vous un objet de pensée… ! D’où des premières distinctions à opérer, parce qu’elles sont importantes :

+ sujet au sens grammatical : celui auquel on attribue une qualité par l’intermédiaire d’une copule (Socrate est sage par exemple, Socrate étant le sujet, sage le prédicat ou attribut, le verbe être étant enfin la copule).

+ sujet au sens rhétorique : le thème du discours (le sujet d’un texte philosophique, par exemple).

Photo: Kant

+ sujet substantiel : la substance est, en philosophie, ce qui se maintient (stans en latin: se maintenant) en-dessous (sub, en latin), donc ce qui soutient les apparences ou les changements d’une réalité. Cf : je suis un autre (j’ai changé) mais ce « je » auquel renvoient ces changements est toujours d’une certaine manière le même (sans quoi ces changements ne pourraient appropriés à quelqu’un ou quelque chose). N’est-ce pas ce qu’on nomme l’identité d’un être (attention : ce terme désigne tout ce qui est, donc pas seulement l’être humain, mais toute réalité existante). Ainsi « Je » est une substance, ou une forme, ou encore une condition de tout ce que je suis. D’où : être un sujet, c’est avoir le pouvoir de dire : « je », ce qui renvoie au sujet au sens de Kant : + sujet transcendantal : le je qui accompagne toutes mes représentations en tant que je me les approprie, les faisant miennes (elles sont de moi et pas d’un autre), ou encore le cum de conscience (cum en latin signifiant avec), c’est-à-dire le savoir qui accompagne toutes mes représentations (désirs, sentiments, pensées, volitions, etc..). Cf. « cum-scientia : avec connaissance ou savoir). Je ne peux pas penser vraiment sans savoir que je pense (ce qui ne veut pas dire pour autant que je sache vraiment ce que je pense… !).

+ sujet de la connaissance : le savant comme auteur de son savoir, comme chercheur, en toute objectivité.

+ sujet politique : celui qui est soumis (au Roi, ou à la loi) mais aussi le citoyen qui est à l’origine de cette loi par la médiation de ses représentants (ce qui suppose initiative de sa part).

+ sujet moral : le je comme personne à part entière, responsable de ce qu’elle est ou fait, et en ce sens pouvant exercer son autonomie ou sa liberté. Ces différentes significations du terme de sujet nous montrent à quel point il est difficile à appréhender dans son sens philosophique, car dès que l’on veut l’aborder expérimentalement (au travers de l’expérience que l’on peut en avoir ou de la manière dont on l’éprouve comme tel), on en fait un objet pour soi, ou encore une réceptivité qui n’évoque pas vraiment l’auteur que l’on veut être de sa propre existence… !  

S’interroger sur le sujet en son sens philosophique, est-ce alors se demander ce que l’on est ou qui l’on est ?

Ce que je suis désigne les qualités que l’on me prête ou que je m’attribue, et en ce sens renvoie plutôt à l’individu que je suis.

Qui je suis désigne en revanche mon être propre, dans sa singularité, qui a une identité non interchangeable (personnelle) et renvoie donc à la personne que je suis. Cf. : l’individualité est ce qui caractérise un être vivant comme constituant une unité biologique et physiologique (l’unité d’un organisme) mais ne permet pas de le distinguer des autres êtres appartenant à la même espèce. Ainsi je suis un homme (individu appartenant à l’espèce humaine), ce qui ne me distingue pas fondamentalement voire essentiellement des autres hommes. Etre un sujet, c’est en effet penser, parler, agir en première personne. On ne parle alors plus seulement d’unité, mais encore d’unicité (fait d’être unique ou de s’appréhender comme tel, comme un être singulier distinct absolument de tous les autres). Je suis alors celui qui, seul, répond à mon nom et peut aussi répondre de moi. Enfin la notion de sujet « chapeaute » (cf. le programme de philosophie) un certain nombre de notions que nous avons déjà plus ou moins abordées sans le dire, et que nous pouvons expliciter pour terminer (en nous servant de l’altérité, c’est-à-dire du fait d’être autre, comme médiation pour amener ces notions) :

+ La conscience : aurais-je pu dire : « je » sans un autre me traitant comme tel, en me disant : « tu » ?

+ Autrui comme « médiateur entre moi et moi-même » cf. Sartre

+ Le désir comme signe de la présence de l’autre en moi (l’autre comme objet, chose, ou encore comme autre sujet) + L’inconscient comme autre en moi : « Je suis un autre »

+ Le temps et l’existence. En effet, je ne reste pas le même, je change dans le temps (je deviens autre), ce qui est ma manière d’exister, c’est-à-dire de sortir de moi pour aller vers le monde ou les autres pour devenir ce que je suis, ce qui ne serait pas possible sans :

+ La perception, c’est-à-dire l’autre que je vois ou sens, et grâce auquel je peux penser quelque chose, en l’appréhendant par l’intermédiaire des sens.

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