Les médecins et l'infertilité

Publié le par lenuki

Les nouveaux dilemmes des médecins de l’infertilité         L’Agence de biomédecine présente aujourd’hui un bilan de l’assistance médicale à la procréation en France 

P
rès de vingt-six ans après la naissance du premier « bébé­éprouvette» en France, Amandine, en 1982, l’assistance médicale à la pro­création (AMP) s’est largement développée. Selon l’Agence de biomédecine, qui présente ce matin un bilan, 19 026 enfants sont nés dans l’Hexagone en 2005 grâce à une technique d’AMP. Avec un corollaire : ces dernières années, les médecins de l’infertilité sont confrontés à de nouvelles demandes, qui les exposent à des choix éthiques difficiles, principalement du fait de l’âge des couples.
« Il y a plusieurs raisons à ces nouvelles demandes
, explique Nicolas Foureur, médecin du Centre d’éthique clinique, à Pa­ris. L’amélioration des techniques, bien sûr, qui ouvre le champ des possibles, mais aussi une appré­hension différente de la place du patient qui, notamment depuis la loi du 4 mars 2002, a davantage son mot à dire. » Conséquence, les médecins voient arriver en consultation des couples aux demandes « hors norme », pour lesquelles les textes n’apportent pas toujours de réponse claire, en dépit d’un cadre législatif assez strict : selon la loi du 6 août 2004, en effet, seul peut avoir recours à l’assistance médicale à la procréa­tion un couple formé d’un homme et d’une femme « vivants, en âge de procréer, mariés ou en mesure d’apporter la preuve d’une vie commune d’au moins deux ans » , ce qui exclut les célibataires, les couples de même sexe et les fem­mes ménopausées.
Dans la pratique, pourtant, il n’est pas aussi simple d’inter­préter l’expression «en âge de
procréer »
. Concernant les fem­mes, qui se présentent à un âge de plus en plus avancé, « il existe un relatif consensus pour ne pas aller au-delà de 43 ans » , témoi­gne Jean-Marie Kunstmann, le responsable du Centre d’études et de conservation des œufs et du sperme (Cecos) de Cochin. Si le don d’ovocytes ouvre techni­quement la voie à des grossesses très tardives, la Sécurité sociale ne prend en charge la fécondation in vitro (FIV) qu’avant 43 ans.
La question se corse en revanche en ce qui concerne les hommes.
« Depuis quelques années, ils sont un nombre croissant à demander une congélation de leur sperme vers 60 ou 65 ans »
, remarque le docteur Kunstmann. Le dépis­tage plus fréquent du cancer de la prostate y est pour beaucoup : lorsque la maladie est décelée, des urologues proposent aux patients la conservation de leurs gamètes avant traitement, puis­que celui-ci comporte des risques de stérilité. « Il faut y ajouter une évolution de notre société , com­plète le praticien hospitalier.
Aujourd’hui, on se dit qu’il est pos­sible de refaire sa vie après 60 ans,

y compris avec un projet parental. »

À Cochin, l’équipe a récemment été sollicitée par un homme de 75 ans qui avait fait conserver son sperme en 1994, à l’annonce d’un cancer. Père de quatre enfants et de nombreux petits-enfants, il s’était depuis remis en couple avec une jeune femme désireuse d’avoir un enfant, et demandait donc à « récupérer » ses gamètes. « C’est un cas extrême, mais cela arrive régulièrement avec des hommes d’une soixantaine d’an­nées, que doit-on faire alors ? » , interroge le responsable du Ce­cos. À l’hôpital Jean-Verdier de Bondy (Seine-Saint-Denis), Jean­Noël Hugues, chef du service de médecine de la reproduction, est confronté aux mêmes dilemmes.
« Faut-il aider un couple à avoir un enfant lorsque l’homme a 65 ans et a déjà subi quatre pontages car­diovasculaires, avec le risque que cet enfant se retrouve orphelin à cinq ans ? »
, questionne-t-il.L’âge n’est pas le seul en cause. Il y a peu, le cas d’un couple jeune mais dont l’homme et la femme étaient tous deux atteints de mucoviscidose a été soumis au Centre d’éthique clinique de >>>>
« Les hommes sont en nombre croissant à demander une congélation de leur sperme vers 60 ou 65 ans. »

 
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