Etudiants et orientation

Publié le par lenuki

 





TÉMOIGNAGE
Ils se sont réorientés, parfois de façon radicale. Souvent grâce aux passerelles entre filières

 Des parcours en zigzags

 De la médecine aux lettres

 Ibtissem,
22 ans
 « Jamais je n'ai vu de conseiller d'orientation, parce que le bu­reau de mon lycée était toujours fermé. Après mon bac, je m'étais inscrite en médecine : il m'a fallu deux mois pour me rendre compte que ce n'était pas du tout ce que je voulais faire. J'y allais en idéaliste, et me suis trouvée dans une am­biance de concurrence malsaine : les redoublants faisaient tout pour qu'on ne puisse pas écouter les cours, par exemple ! C'était dur de décider d'arrêter, mes parents y mettaient beaucoup d'espoir. Je me suis réorientée en biologie au second semestre : cela me plaisait, mais en discutant avec les profs, je me suis rendu compte que les deux seuls débouchés possibles, l'enseignement et la recherche, ne me plaisaient ni l'un ni l'autre. Je n'ai pas terminé le semestre, et me suis réinscrite, sous l'influence de mon père qui est professeur d'éco­gestion, en faculté de sciences économiques. Mais j'ai fait un rejet de tout ce qui était scienti­fique, et j'ai arrêté. Alors, je suis allée dans un centre d'orienta­tion ; c'étaient des rendez-vous à la chaîne : vous venez pour quoi ? vous aimez faire quoi ? vous vou­lez des études courtes ou longues ? On m'a conseillé de m'inscrire en BTS, mais aucun ne me plaisait vraiment. Mon drame, c'est que je suis curieuse de tout, assez bonne dans toutes les matières, sans aucune dominante. Alors, comme en série S je n'avais pas pu faire autant de lettres que je voulais, je me suis inscrite en lettres modernes. Maintenant, je suis en licence, je réussis bien, autant que ceux qui viennent de prépa, et je vais suivre au prochain semestre... un module d'orienta­tion "devenir enseignant" ».
 De la biologie au journalisme

 Olivier,
24 ans
 « On est poussé par la machine : j'étais bon élève, j'ai donc fait S, et puis une prépa scientifique parce que cela ouvrait à tout. On m'a dit qu'il fallait travailler... et j'ai beaucoup travaillé ! Comme les écoles d'ingénieur ne m'inté­ressaient pas, j'ai essayé, et réussi, l'École normale supérieure. Là, me rendant compte que je ne voulais pas être enseignant, j'ai fait des stages dans la recherche. Et vite déchanté: le rythme était trop lent, les manipulations m'en­nuyaient, et le milieu des cher­cheurs est trop inquiet de son avenir. Du coup, je me suis reposé, à 21 ans, les mêmes questions d'orientation qu'en terminale: médecine ? kiné ? journalisme ? En discutant avec des profession­nels, je me suis rendu compte que je recherchais toujours les mêmes choses : la possibilité d'apprendre, de transmettre, la diversité, des évolutions possibles... J'en avais assez des cours magistraux, et cherchais quelque chose de plus dynamique, de plus professionna­lisant. J'ai trouvé une passerelle : un accord signé entre l'ENS et Sciences-Po, pour entrer à l'école de journalisme en master. Mes pa­rents se sont inquiétés de me voir lâcher la fonction publique pour un métier plus aléatoire, mais je ne regrette rien. Je termine l'école cette année ; plusieurs comme moi ont été rattrapés par leurs ques­tionnements, et se retrouvent à 24 ou 25 ans avec des plus jeunes. Je n'ai pas du tout l'intention de me spécialiser dans le journalisme scientifique, je me vois plutôt dans un service société, en radio ou presse écrite, où l'on traite aussi des sujets scientifiques. »
 De la « psycho » au travail professionnel

 Marie,
25 ans
 « J'ai vraiment choisi mes études : je voulais être psychologue pour enfants. Cela marchait, le rythme de la fac me convenait, les sujets aussi. Jusqu'en quatrième année, où l'entrée en master est très sé­lective, et indispensable pour ob­tenir le diplôme. J'ai postulé trois fois, et ai été refusée. J'en veux au système d'orientation : personne ne nous dit que la sélection se fait en fin de cycle, ni qu'il faut com­mencer ces études-là avec plus de maturité ! Je me suis vraiment demandé ce que j'allais faire de ma vie... J'ai fait plusieurs stages, en espérant que cela ajouterait des lignes à mon CV. Et alors je me suis rendu compte que je ne me voyais pas toute ma vie faire passer des tests à des enfants ! Il me fallait aller sur le terrain, aider les gens concrètement. Je n'ai pas de di­plôme, ce qui est dur alors qu'ils sont tellement valorisés, mais je travaille dans une association d'insertion sociale, où je fais vrai­ment ce que j'aime. Je me fiche de ne pas gagner beaucoup d'argent, mais je dis cela parce que je n'ai pas de charge de famille ! »
 De la finance à la géographie

 Martin,
26 ans
 «Mon lycée était assez direc­tif: le professeur principal nous recevait, avec nos parents, pour valider nos demandes d'orienta­tion. J'avais envie d'entrer dans une école d'ingénieurs, parce que j'aimais les maths. Il pensait que je n'avais pas le niveau, et a conseillé une prépa commer­ciale. Après trois ans de prépa, j'ai intégré l'école de commerce de Reims, et j'étais assez content. C'est quand j'ai fait mon premier stage, en contrôle de gestion dans une banque, que j'ai vu la réalité du métier... Au bout de deux mois j'avais fait le tour, je n'apprenais rien, on appliquait des procédu­res. La dernière année, j'ai fait un mémoire d'économie sur un sujet d'aménagement du territoire. En suivant pour cela des cours de géographie à la fac, avec un prof génial. J'ai eu une excellente note, et celui-ci m'a proposé de faire une thèse avec lui. Mes parents, qui avaient financé mes études jusque­là, n'étaient pas d'accord, et m'ont coupé les vivres. Pendant que mes copains d'école de commerce com­mençaient à très bien gagner leur vie, j'ai fait des emprunts, pendant trois ans, en mangeant beaucoup de lentilles! Aujourd'hui, j'ai une "allocation de recherche", et je suis moniteur d'études à l'université, en attendant un poste de maître de conférences, mais je ne regrette rien: je paye le fait d'avoir un métier







Ces étudiants qui changent de cap L'orientation professionnelle ne fonctionne pas bien en France les jeunes choisissent des études et un métier sans bien connaître leurs contenus, dans un système complexe et opaque. D'où de fréquentes réorientations

«L
es vacan­ces de Noël sont passées, on va les voir arriver... », pronostique Élizabeth Devals, conseillère d'orientation à Médiacom, le centre d'orientation de l'enseignement supérieur de Pa­ris. « Les » , ce sont les étudiants qui, au bout d'un semestre, d'une année, voire plus, se rendent compte qu'ils ne sont pas à leur place, et cherchent à se réorienter. Madame Devals con­naît bien ses « clients » : « Il y a les jeu­nes qui, mal préparés par le lycée à l'organisation de l'université, sans encadrement, se retrouvent noyés. Et ceux qui ont fait ce que j'appelle un choix d'orientation-cliché : parce qu'ils aimaient le sport, ils se sont ins­crits en staps (sciences et techniques des activités physiques et sportives), et se retrouvent assis dans une salle à étudier la biologie ; ou bien, parce qu'ils se posaient des questions sur eux-mêmes, ils ont choisi la psycho­logie, et sont perdus dans les matières scientifiques du programme. Et puis encore ceux qui avaient demandé une filière sélective, n'ont pas été pris, et se retrouvent sans l'avoir voulu à l'uni­versité ; même s'ils réussissent bien, ils "craquent" par manque d'intérêt et de débouchés. De même, ceux qui sont passés par des classes prépas, sans réussir de concours, se retrouvent dé­semparés en licence ou DUT, dans des formations qui n'ont vraiment rien à voir avec ce qu'ils espéraient.»
 On le sait désormais, les résultats de l'orientation en France ne sont pas brillants : un étudiant sur deux, voire deux sur trois, échoue en pre­mier cycle universitaire. Un quart en sort sans diplôme. Selon une étude récente (Syntec/Medef 2008), 78 % des jeunes interrogés, engagés dans des études supérieures, ne savent pas dire quel métier ils voudraient exercer. L'inadéquation entre les for­mations et les besoins du marché du travail fait que les diplômes ne préservent pas du chômage. Il faut donc leur permettre de « rebondir ». Mais comment ? C'est la question que se pose Fabien, 20 ans, qui a toujours voulu être médecin, et paye d'une « déprime sévère » ses échecs successifs au barrage de la première année. Mais aussi Fanny, 23 ans, qui au moment de terminer une école de journalisme très sélective, se rend compte qu'elle n'a « vraiment pas la vocation» . Tout comme Anna, 26 ans, qui après quatre ans d'étu­des de marketing et deux ans de vie professionnelle décevante, veut re­prendre des études de stylisme. Ou encore Simon, 24 ans, qui ne trouve pas à employer sa maîtrise d'histoire

 « avec mention, pourtant ».

  En cette période de l'année, ins­criptions obligent, les conversations sont pleines des interrogations suscitées par ces parcours tour­mentés, ou flottants, qui peuvent vite tourner au gâchis de temps, d'argent, de confiance en soi. Les forums d'étudiants sur Internet en débordent aussi: plus d'un million d'occurrences pour le mot «réorientation» (des études) sur Google, reflets mêlés des déficits d'information, des échecs et des dé­ceptions plus ou moins prévisibles, des difficultés à choisir, de l'absence d'objectifs clairs. Une bonne part de ces tâtonnements est normale : en­tre 15 ou 18 ans, l'âge des premiers choix d'orientation, et 20 ou 25 ans, l'entrée dans l'âge adulte, il se fait bien des prises de conscience et des expériences, qui permettent de « réa­juster le tir » en douceur. « Qu'est-ce que je veux faire comme métier plus tard ? » Les jeunes sont aujourd'hui priés de choisir, là où autrefois les générations précédentes reprenaient la boutique de cordonnier, l'élevage de brebis, l'étude de notaire de leurs parents, quitte ensuite à trouver des chemins de traverse plus à leur goût. D'autant qu'aujourd'hui peu d'étu­diants ont au début de leurs études une idée précise de leurs contenus, de leur niveau d'exigence, de leurs débouchés.
  Ce choix ouvert si largement, du moins en apparence, a de quoi don­ner le vertige, et provoquer quelques zigzags ! Dans le maquis des 20 000 formations proposées par le système français, complexe, opaque, des filières très différemment dotées et reconnues, avec des chausse­trappes, il faut tracer un chemin, allier la connaissance du système avec une bonne appréciation des capacités, de la personnalité de l'étudiant, et un suivi individuel au long cours. Ce qui renvoie lar­gement à l'accompagnement des familles. À côté des structures of­ficielles d'orientation, dont on >>>>

 78 % des jeunes interrogés, engagés dans des études supérieures, ne savent pas dire quel métier ils voudraient exercer.

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