Désir et Emulation (Spinoza)

Publié le par lenuki

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Le désir mimétique (Spinoza)


Nous désirons souvent une chose, non pas pour elle-même, mais pour ce qu’elle représente aux yeux des autres, c’est-à-dire parce que quelques autres la désirent (cf. les phénomènes de mode, qui manifestent bien ce caractère mimétique du désir ) :
« et par suite, de ce que nous imaginons une chose semblable à nous affectée d’un certain affect, nous sommes affectés avec elle d’un affect semblable »
                                                                                           Spinoza Ethique Partie III proposition 27


C’est ce que Spinoza nomme « imitation des affects » :
« Cette imitation des affects, quand elle se rapporte à la Tristesse, s’appelle Pitié... ; mais, rapportée au Désir, elle s’appelle Emulation, laquelle, partant, n’est rien d’autre que le Désir d’une certaine chose qu’engendre en nous le fait que nous imaginons que d’autres, semblables à nous, ont le même Désir » 
                                                                                          Spinoza Ethique Partie III  prop 27 scolie


L’émulation désigne l’imitation des désirs des autres. Ainsi, la mode, l’envie, la jalousie, la compétition, le conformisme social sont autant de manifestations de celle-ci. Donc pour que nous désirions une chose, il suffit que nous imaginions qu’autrui la désire : il n’est donc pas nécessaire qu’il la désire effectivement… Aussi notre désir peut-il être engendré par notre projection d’un désir en autrui, désir que nous reproduirions ensuite, phénomène qu’ont bien compris les publicitaires. En effet, la publicité ne se contente pas de vanter une marchandise, elle l’accompagne de l’air réjoui (et parfois même béat) de qui la possède : si elle le rend heureux, pourquoi pas moi, qui suis semblable à lui ?
Le vrai moteur du désir, ce ne serait donc pas l’objet lui-même, mais autrui, son désir et son plaisir. Nous ne désirons donc pas l’objet par besoin, mais par jalousie et rivalité. Sinon achèterions-nous autant de gadgets inutiles ?
Or si nous désirons ce qu’autrui désire, ne serait-ce pas parce que nous cherchons à lui ressembler ? En ce sens, avoir les mêmes chaussures de foot que Messi, ne serait-ce pas un peu lui ressembler, emprunter de son génie, bref "s’y croire ou se la jouer", comme on dit trivialement ? (cf. la thèse de René Girard que nous développerons ultérieurement).

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Publié dans philosophie générale

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