Enseigner la morale à l'école ?

Publié le par lenuki

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Le retour de l'enseignement de la morale laïque à l'école, prôné par le ministre de l'Education nationale Vincent Peillon, a fait couler beaucoup d'encre, ces derniers temps, alors qu'on ne sait pas encore très bien en quoi pourrait consister un tel enseignement, quels seraient son programme et ses modalités d'évaluation, puisque la morale est de l'ordre de l"action, c'est-à-dire tient davantage du comportement que d'un savoir préétabli. De plus, pour parler en termes kantiens, quelles sont les condtions de possibilité d'un tel enseignement?

Au fond, ne faudrait-il pas s'inspirer du questionnement platonicien, dans le Ménon: la morale peut-elle s'enseigner ?

Aussi, pour éclairer le débat, je vous propose une interview du philosophe Peña-Ruiz, dans le Journal du Dimanche :

 

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T
"la tendance naturelle de tout individu n'est -elle pas à la complaisance à soi, au narcissisme et à l'égocentrisme?"
Rousseau aurait des choses à dire concernant ces traits humains.
"Ne faut-il donc pas éclairer la liberté (pour pouvoir opter en connaisance de cause) et éveiller l'individu à l'intérêt bien compris, qui implique la mediation d'autrui?

Tout cela ne nécessite-t-il pas, pour le moins, une éducation (familiale) et un enseignement aussi diversifié que possible concernant les grandes conceptions morales, permettant la mise en place
d'une réflexion personnelle et approfondie?"
Eveiller, connaissance de cause, médiation d'autrui, enseignement, conceptions morales...donc il faut pour que la moralité existe, un éclairage extérieur, une information et un informateur. Mais
alors c'est de libre-arbitre que vous parlez :

Une liberté n'a-t-elle pas besoin d'un contenu pour pouvoir s'exercer et ne pas tourner à vide?
(personnellement je ne connais que le libre-arbitre)

Là est le problème. On en vient, avec ces idées, insensiblement, au fait que la morale est préétablie, et qu'elle s'impose comme une vérité objective. C'est ce que je récuse catégoriquement.
Ne serait-ce (pour introduire un autre élément) que parce que je ne vois pas que la morale devrait s'appliquer ou appartenir à "l'homme" en général, à une "idée" de l'homme présente en chacun -et
qui déclencherait une série de devoirs inculqués - mais à chaque cas particulier dans la situation particulière.
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L


Merci pour ce commentaire, à propos d'un article sur l'enseignement de la morale à l'école.


Vous y affirmez deux choses, mais sans les argumenter:


1. il n'y a que le libre-arbitre


2. la morale est innée (auquel cas effectivement l'enseigner devient inepte...).


Tout d'abord, en ce qui concerne le libre-arbitre (ou pouvoir de choisir en toute indifférence), il me semble qu'il est largement mis à mal par tous les déterminismes qui pèsent sur l'homme
(bilogiques, physiques, psychologiques, sociologiques, etc.) et dont il ne peut que tenter de se libérer, par la connaissance des causes qui déterminent son comportement. Or une telle
connaissance suppose un enseignement (et je ne vois pas au nom de quoi la morale en serait absente).


Ensuite, la morale peut supposer un sens inné du bien et du mal (dans la mesure où un tel sens se retrouve dans toutes les sociétés), mais ce sens est vide tant que la société à laquelle nous
appartenons ne lui a pas donné un certain contenu, dont on peut ensuite discuter les fondements ou les présupposés. Là encore, une telle critique suppose un enseignement.


On le voit: si la morale effectivement présuppose la liberté, cette dernière ne peut être conçue sur le mode du libre-abitre, puisqu'une telle liberté ne permet pas de choisir entre le bien et le
mal en connaissance de cause et la morale devient l'affaire de sentiments ou d'intuitions qui sont tout sauf libres....! Bref, cela conduit à la négation de toute morale...


Rappelons enfin que la morale n'a de sens que social : une morale de Robinson Crusoë seul sur son île n'aurait pas de sens. Comment en ce cas la société n'aurait-elle pas un rôle à jouer dans
l'éducation morale?


Cordialement  



T
Merci pour votre réponse et mes meilleurs voeux également.
Les positions limites peuvent permettre de réfléchir sur l'espace dont il est question.
Je ne vois pas comment on pourrait, dans cette affaire, nier les deux points suivants :
- in fine, le but, n'est pas la défense ou le triomphe d'un concept, d'une vertu définie, d'un principe etc mais bien l'individu lui-même. (ce qui donne sens à l'honnêteté par exemple, c'est
l'honnêteté de X ou de Y) Le but de la morale est la valeur, la dignité de l'individu.
- le sens de la morale, in fine, c'est la responsabilité individuelle. Il s'agit d'être, sincèrement et librement "moral", c'est à dire librement et sincèrement respectueux des autres. Or, la
responsabilité implique la liberté, le choix, la conscience personnelle par rapport à tous les principes, concepts, vertus que l'on voudra.
Répondre
L


Que le but de la morale soit la dignité de l'individu, qui pourrait en douter? De plus, un concept moral ne prend de sens que par rapport à celui qui le porte, ou se comporte en le prenant pour
référebce de sa morale personnelle.


Que la liberté soit une condition sine qua non de la morale, là encore qui pourrait en douter? Un acte n'est véritablement moral que s'il est librement consenti.


Mais, si l'on en croit Descartes, le libre-arbitre n'est-il pas le plus bas degré de la liberté? De plus, la tendance naturelle de tout individu n'est -elle pâs à la complaisance à soi, aéu
narcissisme et à l'égocentrisme? Ne faut-il donc pas éclairer la liberté (pour pouvoir opter en connaisance de cause) et éveiller l'individu à l'intérêt bien compris, qui implique la mediation
d'autrui?


Tout cela ne nécessite-t-il pas, pour le moins, une éducation (familiale) et un enseignement aussi diversifié que possible concernant les grandes conceptions morales, permettant la mise en place
d'une réflexion personnelle et approfondie? Une liberté n'a-t-elle pas besoin d'un contenu pour pouvoir s'exercer et ne pas tourner à vide?


Cordialement



T
Il était une fois un simple d'esprit qui, voyant une vache marron dans un champ, alors qu'il venait juste d'entrer en France, déclara à ses proches : regardez, en France, les vaches sont
marron.
Je me doute que les Français sont majoritairement (et naïvement) favorables à l'enseignement de la morale à l'école ; je les entends d'ici : quand on voit comment les enfants des autres sont
élevés, quand on voit ce qui se passe, cela ne peut que leur faire du bien.
Je doute qu'ils restent longtemps sur cette position si on leur annonce que l'on va enseigner la même morale partout, donc une morale officielle, ou si on leur dit que c'est à chaque enseignant de
trouver la morale qu'il veut enseigner. Car il leur viendra certainement à l'esprit que ce n'est pas celle qu'ils transmettent à LEUR enfant.
Il n'y a pas UNE morale, objective, objet d'un savoir reconnu - comment un philosophe distingué peut-il encore ignorer cela ?. On n'est pas tous d'accord sur ce qu'il faudrait enseigner et pas tous
d'accord sur comment il faut la présenter.
Ou, pour le dire autrement et plus abruptement : les hommes sont différents. Le bien de l'un n'est pas le bien de l'autre. Point final.
Alors pourquoi ne pas peindre toutes les vaches en marron ?
Répondre
L


Voilà un commentaire intéressant, mais qui me paraît quelque peu péremptoire. Comment pourrions-nous vivre ensemble si nous n'avions pas un minimum de valeurs communes? N'est-ce pas celles-ci que
peut prétendre présenter l'enseignement de la morale à l'école? De plus, les différentes morales peuvent donner lieu à un dialogue fructueux, si elles sont exposées sans parti pris. Il ne s'agit
donc pas de "peindre toutes les vaches en marron" (outre que l'image est fort dicutable), mais de permetttre à tous les individus de partager un espace commun pour devenir des citoyens à part
entière, qui n'auront pas les mêmes opinions, mais qui sauront néanmoins se respecter et les respecter.


Bonne année    Cordialement