L'homme, animal métaphysique (Schopenhauer)

Publié le par lenuki

 

besoin métaph de l'homme

 

Texte de Schopenhauer: l'homme est un animal métaphysique


"Excepté l'homme, aucun être ne s'étonne de sa propre existence; c'est pour tous une chose si naturelle, qu'ils ne la remarquent même pas. La sagesse de la nature parle encore par le calme regard de l'animal; car, chez lui, l'intellect et la volonté ne divergent pas encore assez, pour qu'à leur rencontre, ils soient l'un à l'autre un sujet d'étonnement. Ici, le phénomène tout entier est encore étroitement uni, comme la branche au tronc, à la Nature, d'où il sort; il participe, sans le savoir plus qu'ellemême, à l'omniscience de la Mère Universelle. - C'est seulement après que l'essence intime de la nature (le vouloir-vivre dans son objectivation (1 ) s'est développée, avec toute sa force et toute sa joie, à travers les deux règnes de l'existence inconsciente, puis à travers la série si longue et si étendue des animaux; c'est alors enfin, avec l'apparition de la raison, c'est-à-dire chez l'homme, qu'elle s'éveille pour la première fois à la réflexion ; elle s'étonne de ses propres ?uvres et se demande à elle-même ce qu'elle est. Son étonnement est d'autant plus sérieux que, pour la première fois, elle s'approche de la mort avec une pleine conscience, et qu'avec la limitation de toute existence, l'inutilité de tout effort devient pour elle plus ou moins évidente. De cette réflexion et de cet étonnement naît le besoin métaphysique qui est propre à l'homme seul".

Arthur Schopenhauer, Le Monde comme volonté et comme représentation (1818)

 

Pour le commentaire de ce texte permettez-moi de vous renvoyer à un article du blog daté du

04 /10/ 2009, qui reconstitue le plan de ce texte, de manière très sommaire.

Ensuite, je vous propose en complément deux articles qui viennent un peu éclairer la problématique de Schopenhauer:

 

                    Schopenhauer : pourquoi philosopher ?

 

                                Schopenhauer développe une philosophie de l'absurde,  fondée sur un pessimisme foncier. 

Pour Platon la philosophie commence par l'étonnement, d’où la surprise devant les choses  et leur existence, découverte émerveillée de la profondeur du monde à travers  le plus banal et le plus anodin.  Pour Schopenhauer, la philosophie commence aussi par l'étonnement  mais celui-ci est une déception, provenant de la découverte que la vie ne tient pas ses promesses et que le bonheur n'est pas au rendez-vous. L'homme ne se met en quête du sens (cf. « pourquoi ? ») que lorsque les choses ne vont pas comme il l'aurait voulu. La philosophie est donc un amour déçu pour la vie.

Mais proposer,  comme le stoïcisme ou l'épicurisme, une sagesse pour permettre à chacun de parvenir au bonheur, c’est spéculer sur la misère humaine, entretenir l'illusion du bonheur.

La philosophie est tout au contraire pour Schopenhauer une école de la désillusion totale et irrémédiable. Son rôle : montrer que le bonheur est un « miroir aux alouettes » et non pas le promettre.

« Il n’existe qu'une seule illusion universelle : celle qui consiste à croire que nous existons pour être heureux ».

Les hommes croient qu'ils seraient heureux si cessaient les causes de leurs souffrances (cf. passion amoureuse). Mais lorsqu’elles cessent, l’homme fait l’expérience, non du bonheur mais de l’ennui (= réfutation expérimentale de l’idée de bonheur). Les conditions du bonheur s’évanouissent en même temps que celles de la souffrance : reste alors le morne ennui… ! Toute vie humaine est alors une oscillation perpétuelle entre souffrance et ennui.

C’est pourquoi l’existence humaine repose sur une dissymétrie fondamentale : l’illusion du bonheur (que les hommes ne cessent de rechercher) et la réalité de la souffrance. La sagesse consiste donc à en prendre conscience et surtout à en prendre son parti. Découvrir cela, c’est découvrir le moteur de toutes les actions humaines : moins rechercher le bonheur que fuir la souffrance. Et la volonté humaine est tout entière au service de cette tâche.

Mais là encore, ce n’est qu’une illusion : si l’homme est libre de faire ce qu’il veut, il n’est pas libre de vouloir ce qu’il veut. L’homme ne choisit ni ses  volontés, ni ses désirs : il les constate et les subit. Mais si la volonté ne provient pas des individus, d’où provient-elle ? De la nature et de l’espèce.

La volonté, pour Schopenhauer, est une sorte d’instinct implanté par la nature en nous et qui nous pousse à accomplir ses fins en nous donnant à croire que c’est nos propres fins que nous poursuivons librement (= ruse de la nature). Cf. l’instinct sexuel : l’homme croit poursuivre ses propres désirs et ne tendre qu’au plaisir alors qu’il ne fait qu’obéir aux lois de l’espèce qui, se servant des individus, assure sa propre continuité :

« L’inclination croissante de deux individus n’est en réalité déjà que la volonté de vivre du nouvel individu qu’ils peuvent engendrer »

La philosophie, en ce sens, est le refus de l’individu d’être la dupe de l’espèce, elle consiste à dévoiler le jeu de la nature. Après l’illusion du bonheur, l’illusion de la liberté : la volonté n’est rien d’autre que la voix de l’espèce en nous… Elle n’est donc pas une réalité personnelle, mais impersonnelle, anonyme, aveugle, soumise tout entière aux intérêts supérieurs de l’espèce. Cet instinct prend deux formes :

+ le vouloir-vivre : instinct de conservation de l’individu

+ l’instinct sexuel : celui de l’espèce

C’est donc l’espèce qui manipule l’individu pour lui faire poursuivre ses fins, qui ne sont rien d’autre que sa perpétuation et son élévation.

Comment, au sein de cette prise de conscience, l’individu peut-il réagir ? Pas par un sursaut de la volonté, puisque prendre conscience consiste à découvrir que ma volonté n’est pas mienne, qu’elle est au service de l’espèce. C’est donc, au contraire, en se déprenant de la volonté que l’individu va pouvoir se soustraire  au jeu des instincts pour le mettre à distance,  se retirer de ce jeu et le considérer comme un spectacle étranger, extérieur. Ce détachement à l’égard du vouloir-vivre  va pouvoir prendre trois formes :

+ la morale : surmontant l’illusion du caractère personnel de la volonté, l’homme va découvrir que c’est la même volonté qui meut tous les hommes et même tous les êtres vivants. Cette prise de conscience place au-dessus de tous les conflits entre les hommes, chacun croyant défendre sa propre volonté, ses propres intérêts. Naît alors un  sentiment de pitié  ou de compassion à l’égard de tous les hommes, prise de conscience d’une solidarité dans le malheur, qui fait qu’aucun homme ne peut tout à fait être mon ennemi, dans la mesure où c’est la même volonté qui nous meut. On accède alors à la sagesse.

+ l’art : à travers l’expérience esthétique, l’homme se trouve délivré provisoirement du fardeau perpétuel du vouloir-vivre : il parvient à se détacher des préoccupations qui bornent son horizon quotidien. Le plaisir esthétique provient du fait que le lien qui enchaîne ordinairement notre sensibilité à la poursuite de l’utile se trouve pour un instant suspendu et la contemplation esthétique est l’expérience privilégiée d’une contemplation désintéressée, c’est-à-dire qui ne s’accompagne pas de la souffrance qui s’attache à tout désir. Mais l’expérience esthétique n’est pas celle d’un impossible bonheur, mais au contraire celle du soulagement que constitue la délivrance complète, mais éphémère, à l’égard de la course au bonheur.

+ la philosophie qui consiste à comprendre le jeu de la nature et en le comprenant à s’en déprendre. En révélant le dessous des cartes, en mettant à nu le ressort caché de toutes les actions humaines, la philosophie nous permet de nous retirer du jeu en faisant de nous des spectateurs, mi amusés, mi compatissants, des affres qui font le quotidien de nos semblables.

 

schopenhauer et nietzsche

 

L’homme comme « animal métaphysique » selon Schopenhauer


Tout corps doit être considéré comme une incarnation de la volonté, comme un vouloir-vivre individualisé et qui ne cesse de s’affirmer aveuglément comme tel. Quant à l’intellect, il n’est pas le propre de l’homme : tout animal doté d’un cerveau, même rudimentaire, est capable de se représenter en quelque façon le monde dans lequel il vit, et donc de s’y adapter. C’est cette adaptation que Schopenhauer appelle la « sagesse » de la nature. Avant l’homme, l’intellect (« l’intelligence ») n’est d’abord qu’un moyen au service du vouloir-vivre.

Mais avec l’homme survient le langage et avec le langage la réflexion et la conscience de soi. L’homme peut prendre du recul sur l’expérience immédiate à laquelle les autres êtres vivants restent attachés ; il peut penser non seulement le présent, mais aussi ce qui n’est plus ou ce qui n’est pas encore. Il y a là une supériorité de l’intellect humain ; mais désormais la raison humaine prend conscience des limites du vouloir-vivre individuel, et de la mort. C’est alors que naissent les interrogations métaphysiques et religieuses. Schopenhauer renouvelle ainsi le vieux thème de l’étonnement philosophique qui n’est plus seulement désir de connaître les choses et leurs principes, mais surtout conscience tragique d’être mortel dans un monde soumis à une volonté de vivre elle-même sans cause et sans fin. Nietzsche dira que Schopenhauer est le premier philosophe à s’être posé radicalement la question du sens de l’existence.

Publié dans philosophie générale

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Voici un exemple de dissertation sur le besoin métaphysique de philosopher de Schopenhauer:
La mort, au sens biologique du terme, n'est pas propre aux hommes, elle est le fait de tout être vivant, du simple unicellulaire au plus complexe des organismes.
Mais la conscience de la mort et le savoir de l'existence semble bien être l'apanage des hommes, au point que le qualificatif de "mortel" vient, dans les anciens récits, désigner sans équivoque les humains. Mais pourquoi seuls les êtres humains s'interrogent ainsi sur leur existence?
Schopenhauer répond à cette question en considérant l homme comme un être profondément métaphysique, s'étonnant devant le monde et aspirant à l'absolu. Les autres êtres de la nature, selon lui, ne se posent pas la question de l'existence car ils ne sont pas étouffés par la conscience de leur mort en tant que disparition individuelle. Par contre l'homme vit meurtri par la conscience de sa mort et la difficulté de savie qui le pousse à la réflexion. La raison est propre à l'homme et fait de lui un "animal métaphysique". Porté par la mort et la douleur, l'homme s'étonne de son existence et cherche une explication au monde dans lequel il vit.


De la ligne 1 à 11, Schopenhauer distingue clairement l'homme du reste des êtres et explique la relation de la nature avec son existence. Seul l'homme est perplexe devant l'idée d'exister, le reste des hommes de la nature ne s'interroge même pas sur le pourquoi et le devenir de leur vie. Pour tous sauf pour l'homme, l'existence est une chose naturelle, évidente et inévitable qui ne mérite pas que l'on y prête attention puisqu'elle est déterminée et qu'elle concerne tout aussi bien ce qui est abstrait que ce qui est concret. Toutes les choses présentes existent puisqu'elles ne sont pas rien. L'auteur voit implicitement l'existence d'une manière très large puisque selon lui tout être existe. Pour lui, exister signifie avoir une forme, être quelque chose que ce soit une chose concrète, un sentiment ou une force déterminée. L'existence est banale et ne soulève aucun problème pour la nature. Celle-ci l'aborde avec sérénité, par exemple, chez l'animal, le désir inextinguible de vivre et la faculté de le faire forme un tout harmonieux qui n'entraînent pas d'interrogations sur la raison de la vie. La volonté de l'animal se ressent dans la puissance aveugle de la vie et l'intellect ne se présente pas comme une barrière à cette volonté mais s'allie avec elle pour former une symbiose. L'animal se contente de vivre sas se demander pourquoi il le fait car il n'a pas la conscience de vivre en tant qu'individu périssable. Il appartient à un tout qu'est la "mère universelle" et ne vit que dans l'optique de compléter ce tout sans pour autant en être conscient. "L'omniscience de la mère universelle" englobe ainsi toutes les choses du monde et n'ont pas plus conscience de leur existence que les choses elles mêmes. Elle est poussée par la volonté de vivre, universelle, aveugle et irrésistible. Cette force est la substance intime de toutes choses, elle est à la fois le fait de vivre et le mécanisme de tout ce qui appartient au monde. Ainsi, toutes les choses et les êtres vivent avec plénitude une existence inconsciente.
L'auteur remonte à la source du monde, la "mère universelle" et arrive jusqu'au "règne des animaux pour expliquer chronologiquement l'existence des choses. Toute la nature possède donc une existence qu'elle ignore, cette ignorance fait la force de sa vie et l'empêche de s'étonner devant le monde et de souhaiter l'immortalité. La Nature a l'avantage de vivre en dehors du temps psychologique ce qui lui permet de vivre pleinement sans crainte et sans angoisse.
En remontant dans les différentes étapes de la vie biologique, l'auteur arrive à l'apparition de l'homme et de sa raison.


De la ligne 12 à la ligne 17, l'auteur démontre l'absurdité de la vie humaine. L'homme est le seul être à avoir pleinement conscience qu'il existe et que son existence est limitée dans le temps. Cette certitude fait naître chez lui un étonnement qui contient des degrés de crainte, de surprise, d'ébranlement et de douleur. Il vit tout en sachant que sa vie va prendre fin et il est terrifié par sa mortalité. Cette peur l'entraîne à se poser des questions sur son existence, cherchent un sens à un monde quelque peu absurde. La conscience que nous avons de notre finitude nous enferme dans une sorte de paresse, le moindre effort paraissant inutile puisque la vie est limitée et sans aucun sens. Nos jours s'ecoulent sans espoir, sans but dans un monde dépourvu de cohérence.
Dans la même oeuvre philosophique , Schopenhauer va plus loin dans son raisonnement de l'absurde en affirmant que la "vie de l'homme n'est qu'une lutte pour l'existence avec la certitude d'être vaincu." Cette citation montre une vision quelque peu pessimiste de l'auteur sur l'existence humaine. L'homme passe sa vie à lutter contre la mort en cherchant un sens à son existence alors qu'il ne peut pas échapper à sa fin.
La réflexion serait donc la conséquence de la conscience de la mort et la recherche d'un échapatoire à travers la pensée. C'est la peur de la finitude qui nous pousse à une multitudes de questions sur le sens du monde et de l'existence. Nous sommes inférieurs aux animaux dans le sens où nous ne sommes pas capables d'affronter la vie avec le même calme qu'eux.
Schopenhauer pense que "la vie n'est pas là pour qu'on en jouisse mais pour qu'on la subisse, qu'on s'en acquitte", c'est pourquoi la position neutre et sereine des animaux est bonne car elle est poussée par une forte volonté de vivre plutôt que par une constante remise en question de l'existence. D'un côté, la réflexion propre à l'homme nuit à l'attente passive qu'il devrait avoir face à sa vie, mais d'un autre côté, l'homme sachant sa vie en danger, ne peut ignorer sa mort et la pensée est son seul recours pour s'y préparer.
La raison humaine est donc à la fois la conscience que l'existence possède un début et une fin et une interrogation sur soi. L'homme aborde sa vie avec la constante menace de la mort et toute son existence se résume à l'attente de sa fin, assommé par l'absurdité incompréhensible du monde. Il lui parait alors totalement inutile de faire le moindre effort. Il cherche par contre à comprendre pourquoi il est condamné à vivre une vie sans aucun sens et il cherche des réponses notamment dans la métaphysique et la philosophie.


De la ligne 17 à la ligne 22, l'auteur confirme la différence entre l'homme et le reste de la nature en expliquant d'où lui vient le besoin métaphysique du monde. Selon lui, l'émerveillement constant de l'espèce humaine devant le cycle de la vie, la pousse à chercher des réponses métaphysiques et philosophiques.
La métaphysique est enracinée dans l'étonnement de l'existence. Seul l'homme ressent le besoin d'expliquer les choses et leurs causes premières car lui seul s'étonne d'exister. En tant qu'être conscient de notre mortalité nous n'arrivons pas accepter le monde. L'auteur résume notre condition dans la phrase clé du texte, "l'homme est un animal métaphysique". Nous sommes des animaux mais des animaux conscient de devoir vivre ou mourir. Le terme de métaphysique est ancien, ce fut le nom donné par un commentateur d'Aristote à l'ouvrage d'Aristote, placé après la physique. Ainsi la métaphysique un type de spéculation prétendant s'élever au dessus des enseignements de l'expérience.
L'homme est un animal différent des autres car il exprime le besoin d'avoir des explications sur le monde. Il est déchiré entre le désir de vivre et celui de comprendre pourquoi il existe avec en plus la menace grondante de la mort qui accroît sa crainte et multiplie ses interrogations.
L'essence de la philosophie serait la connaissance des choses de la mort, c'est à dire la conscience que la vie n'est pas éternelle et la "considération de la douleur et de la misère de la vie". Le besoin métaphysique et philosophique naît de l'alchimie entre la menace de la mort et la souffrance que l'être subit tout au long de sa vie. Ce mélange douloureux provoque chez l'espèce humaine une soif de la compréhension du monde et la négation de la possibilité que l'existence aussi dure soit-elle puisse ne pas comporter de sens. L'homme souffre toute sa vie et pourtant il appréhende la mort.
La pensée philosophique et l'explication métaphysique tente de donner des réponses aux questions qui harcèlent tout être humain.
L'imperfection de la vie nous pousse à nous interroger sur la raison de nos existences misérables et à chercher un sens à un monde qui n'en a pas.


De la ligne 22 à la ligne 25, l'auteur conclut en supposant que la vie soit éternelle et parfaite. Nous n'aurions alors aucune raison de chercher un sens à notre existence puisque le seul fait de vivre en serait un. Nous ne nous interrogerions pas sur le pourquoi de la forme du monde puisqu'il nous paraîtrait parfait comme ça. De toute évidence cette supposition montre que le problème vient du fait que nos vies sont des vies de souffrance et que si nous etions sereins, nous n'aurions pas à nous poser des questions sur le sens de notre existence. "La mort est le génie inspirateur, le musagète de la philosophie, sans elle on eut difficilement philosophé..." (Schopenhauer) L'homme se sent étranger au monde et développe son malaise dans des interrogations existentielles.
Comme le développe Sartre dans La Nausée, il ne trouve pas de réconfort chez les autres et il ne peut donc pas trouver un sens à la vie dans la communauté humaine puisqu'il est fondamentalement seul. "L'homme sans aucun appui et sans aucun secours et condamné chaque instant à inventer l'homme".
La théorie de Sartre rejoint sur un certain plan celle de Schopenhauer, l'homme seul face au monde se replie sur la philosophie et la métaphysique pour tenter de se rassurer. Sartre possède une vision très pessimiste de la condition humaine et du monde, vision que Schopenhauer n'atteint pas dans sa totalité. Les deux auteurs soulignent le néant et la souffrance qui accompagne l'existence, expliquant la naissance de la philosophie et de la métaphysique dans la réflexion des hommes.
Schopenhauer pense que l'homme est destiné à souffrir toute sa vie avec la conscience de se rapprocher chaque jour de sa mort.
L'intérêt philosophique du texte de Schopenhauer est donc d'expliquer la cause d'un tel besoin d'explication du monde chez l'homme. La souffrance de la vie et la conscience de la mort nous projette dans un sentiment d'absurdité et d'incompréhension. L'existentialisme de Schopenhauer est une philosophie du désespoir, il a une vision très pessimiste de la condition humaine qu'il souligne dans sa misère et qu'il réduit à une attente douloureuse de la mort. Il établit un contraste entre l'homme et les autres êtres du monde tout en leur attribuant une existence.
Cette position s'oppose à la vision habituelle. Nous avons tendance à n'attribuer une existence qu'aux êtres humains en partant du principe que l'existence s'applique aux êtres capables de projeter leur propre anéantissement, hors seul l'être humain est doté de cette capacité.
Mais la définition de l'existence peut prendre un sens beaucoup plus large s'en appliquant à toute chose qui possède une forme et c'est la définition qu'utilise l'auteur dans son texte.
Schopenhauer a une vision pessimiste et absurde du monde. Il présente la vie humaine comme perpétuelle souffrance accompagnée d'une attente terrorisée de la mort. La recherche de sens au monde, selon lui, restera vaine et il pense que nous devons prendre définitivement conscience que le monde nous restera incompréhensible.
Il fait parti des auteurs existentialistes les plus pessimistes et les moins humanistes car malgré le fait que l'existentialisme nie l'existence de tout principe supérieur chez beaucoup d'auteurs c'est en fait une doctrine optimiste qui déclare l'homme absolument libre, seul responsable de lui-même. "L'homme n'est rien d'autre que ce qu'il fait. Tel est le premier principe de l'existentialisme" (Sartre).
La thèse de Schopenhauer sur la cause de la recherche d'explication du monde comporte donc des limites dans le sens où elle restreint la vie humaine à une accumulation de douleur et de souffrance, ne voyant en la vie aucun aspect positif. Contrairement à Albert Camus qui est aussi un philosophe de l'absurde il ne cherche pas à faire réagir l'homme sur le néant de sa vie et l'obliger à vivre sa vie avec passion, il se contente de présenter le monde tel qu'il le conçoit dans toute son absurdité et son incompréhension.


Sa thèse est véridique, l'homme souffre de la conscience qu'il a de sa mort et s'interroge sur le sens de son existence. L'auteur met en avant l'importance de la métaphysique et de la philosophie pour aider l'homme à accepter le degré d'absurdité du monde. Si la vie était éternelle et paisible, personne n'aurait recours à l'existentialisme et de façon plus générale à la philosophie car ce sont les inquiétudes et les incompréhensions qui nous poussent sur la voie de la réflexion.


Schopenhauer présente la philosophie comme une tentative désespérée de comprendre la vie et la mort. La philosophie est une façon d'assumer sa finitude, dans Le Phédon de Platon, Socrate semble en témoigner de façon exemplaire, conversant une dernière fois avec ses disciples avant de boire la cigüe, "ceux qui s'appliquent à la philosophie et s'y appliquent droitement ne s'occupent de rien d'autre que de mourir et d'être morts". Cette citation confirme l'idée de Schopenhauer sur la solution de recourir à la philosophie pour se rassurer et se préparer à sa mort.
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D
Il me semble que la première phrase peut être retenue avec profit. Cf aussi Platon et Aristote qui font de l'étonnement l'origine de la philosophie.
Je vous ai répondu précédemment, mais ai effacé par erreur votre message et ma réponse, voulant effacer un autre message parasitaire. Pardonnez-moi.
Cordialement
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