Les Frères musulmans et la liberté

Publié le par lenuki

vote en Egypte

J'aimerais vous recommander la lecture d'un article court mais éclairant sur l'avenir de l'Egypte, au vu des premiers résultats des dernières législatives et qui peuvent déconcerter, même si un vote démocratique vaut toujours mieux qu'une dictature, puisqu'il se veut l'expression de la souveraineté d'un peuple:


Les Frères musulmans et la liberté
  | 09.12.11 | 13h35
La liberté est du côté des Frères musulmans". C'est le titre d'une tribune savoureuse signée Hani Ramadan. Il nous invite à ne surtout pas "stigmatiser" l'extrême droite égyptienne. Ni elle ni son fondateur, présenté comme le quasi-précurseur de la démocratie en Egypte. On pourrait en rire, si autant de libertés n'étaient pas menacées par cette propagande.
En 2002, Hani Ramadan a commis une autre tribune, "La charia incomprise", pour nous expliquer que la lapidation était "une forme de purification"et le sida un châtiment divin. Il publie régulièrement des ouvrages pour vomir la libération sexuelle et la laïcité, comme autant de péchés occidentaux à refuser. Selon lui, "les musulmans sont convaincus de la nécessité, en tout temps et tout lieu, de revenir à la loi divine".
Autant dire qu'il rêve d'une démocratie fort peu laïque. Et pour cause. L'homme dirige le Centre islamique de Genève, fondé pour diffuser la pensée de la confrérie des Frères musulmans depuis l'Europe. Son objectif est simple : jouir de la liberté d'expression offerte par le continent européen pour lutter contre "les impies", dans l'espoir de prendre un jour sa revanche en Egypte, berceau historique des Frères musulmans.
La revanche est là. Non pas grâce à Dieu, mais grâce aux jeunes révolutionnaires égyptiens. A leur soif de liberté et à tous ceux qui ont soutenu cette révolution par principe, les yeux ouverts sur ce qui viendrait ensuite. La suite, c'est maintenant. Le raz-de-marée attendu de la confrérie des Frères musulmans. Auxquels il faut ajouter 20 % de salafistes qui lui permettront de jouer à son jeu favori : présenter sa réaction religieuse comme une forme de juste milieu.
Il suffit de lire les écrits de son fondateur, Hassan Al-Banna, pour savoir que la société dont rêvent les Frères musulmans n'a rien d'un juste milieu, et tout d'une théocratie qui ne dit pas son nom. Tout est contenu dans son programme fondateur, celui des cinquante demandes, où il est question de"considérer tout contact mixte en tête à tête comme un crime", d'"interdire la danse" et "la mixité entre étudiants et étudiantes", de "fermer les dancings et les lieux libertins". Liberté, on vous dit.
Ne parlons pas de la nature totalitaire et impérialiste du projet politique des Frères musulmans, décrit dans "Epître aux jeunes", d'Hassan Al-Banna. Une stratégie de conquête par étapes : l'individu, la famille, la nation, puis l'empire. Le fondateur des Frères n'était pas le visionnaire que décrivent ses partisans, mais le Mussolini de l'islam. Comme les partis fascistes européens, il ne croyait aux vertus de l'élection que si elles lui permettaient de l'emporter, après avoir islamisé la société.
C'est chose faite. Et pourtant, il n'y a rien à regretter. La dictature n'a jamais été la solution à l'intégrisme, mais son terreau. Après des années passées à pousser grâce à sa posture de martyr, ce projet politico-religieux n'incarne plus l'alternative, mais le pouvoir.
Toutes ses promesses - de démocratie et de libertés - vont donc pouvoir être jugées. Non plus seulement sur ses discours et ses doubles discours, mais sur ses actes. A condition, bien sûr, de garder les yeux ouverts.

Tariq Ramadan

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