Toute vérité est-elle démontrable?

Publié le par lenuki

             

Quelques brèves remarques

Démonstration : Raisonnement par inférence, c’est-à-dire enchaînement logique et nécessaire de propositions (cf. le syllogisme ou le raisonnement mathématique).

Donc si toute vérité est démontrable, elle peut s’exposer selon un raisonnement qui respecte les règles d’inférence de la logique. Mais ces règles, comme principes de la démonstration sont –elles elles-mêmes démontrables ? Si elles ne le sont pas, en quoi seraient-elles vraies ?

Ce que suggère indirectement cette question :

  1. Pour pouvoir être qualifié de vérité il faudrait être démontrable
  2. Mais n’existerait-il pas (cf. toute vérité) des vérités qui ne le seraient pas ? En quoi peut-on alors les qualifier de vérités et quelles sont-elles ?

Vérité : on peut distinguer deux sortes de vérité :

  1. Les vérités formelles (cf. en logique ou en mathématiques) qui reposent sur la cohérence du raisonnement
  2. Les vérités matérielles (empiriques, de fait, expérimentales cf. sciences expérimentales comme physique ou biologie, voire certaines sciences humaines) qui  reposent sur la pertinence, c’est-à-dire la correspondance entre les jugements qu’elles expriment et la réalité.

Problématisation de la question

En ce qui concerne les vérités formelles, la démonstration n’en est-elle pas à la fois la méthode d’établissement et le critère pour les distinguer des autres types de vérité ? Mais concernant les vérités matérielles, ne parle-t-on pas davantage de preuve que de démonstration ? En effet, la preuve qui, plutôt que de parvenir à la certitude, cherche à dissiper le doute, n’est-elle davantage empirique ? Son critère n’est-il pas la correspondance à la réalité ? Peut-on alors dire que toute vérité est démontrable, puisque même en sciences, cela ne semble pas être le cas (cf. sciences expérimentales, qui reposent à la fois sur la déduction partant de l’universel pour aller vers le particulier et l’induction partant du particulier pour aller vers l’universel, démonstration et intuition, voire les sciences de l’homme) ? De plus, même lorsqu’une vérité est démontrable, ne subsiste-t-il pas, pour l’établir, des indémontrables, c’est-à-dire des a priori ou des postulats communs à toute démonstration, sans lesquels cette dernière ne pourrait pas être posée ? Bref, peut-on tout démontrer au sein de la démonstration elle-même ? Et qui plus est (cf. Descartes) n’existerait-il pas des vérités qui n’ont pas à être démontrées (cf. le statut de l’évidence chez Descartes, puisque ce qui est clair et distinct selon lui n’a pas à être démontré) ? Enfin, la déduction est-elle la seule méthode pour parvenir à la vérité ?

Parallèlement aux vérités de raison, n’y a-t-il pas, selon Pascal, des vérités « du cœur » que la raison ignore et qui ne sont donc pas démontrables, puisqu’elles reposent sur des intuitions qui, ensuite, peuvent donner lieu à des argumentations ou des démonstrations? En ce sens, n’y aurait-il pas des vérités en morale, en politique, voire en art qui, inaccessibles à la démonstration (peut-on démontrer la beauté d’un tableau par exemple ou la vérité d’une conviction politique ?) peuvent néanmoins être qualifiées de vérités parce qu’elles correspondent à une interprétation de la réalité ? N’y a-t-il pas des évidences données par intuition, qui ont valeur de principes ? Peut-on alors exclure de la vérité tout ce qui n’est pas démontrable ? Si par exemple, certains faits (cf en histoire) ne sont pas démontrés, cela signifie-t-il pour autant qu’ils ne sont pas vrais ? Doit-on rejeter certaines valeurs sous prétexte qu’elles ne sont pas démontrables ? Ne fonder la vérité que sur la démonstration, ne serait-ce pas faire preuve de dogmatisme et de manque d’ouverture d’esprit ?

 

 

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