Ai-je besoin d'autrui pour être moi-même? Brouillon

Publié le par lenuki

Brouillon du sujet : Ai-je besoin d’autrui pour être moi-même ?

 

Autrui : l’autre en général, tous les autres, mais aussi (et surtout ?) cet autre-ci, en face de moi ou avec moi (cf. Mitsein selon Heidegger). Cet autre-ci avec lequel je peux échanger, communiquer, parce qu’il est un autre moi, et qu’il fait partie du même monde que moi, à la fois proche et lointain, modèle et rival, semblable et différent (et comme tel, capable de m’enrichir ou de s’opposer à moi).

Avoir besoin de : renvoie à l’idée de nécessité (vitale ?). Pour vivre, en effet, ne faut-il pas satisfaire ses besoins élémentaires ? Autrui constitue-t-il un tel besoin (cf. Epicure, la hiérarchie des désirs dans la Lettre à Ménécée, à lire attentivement) ? Faut-il que je passe par autrui (d’où un détour peut-être pas indispensable) pour être moi-même, pour devenir ce que j’ai été, suis ou serai ? Ne puis-je pas être moi-même sans lui (n’est-ce pas l’impression que je peux avoir lorsqu’il me pèse, ou m’insupporte ?) ? Or un besoin est d’ordre vital : pourrais-je survivre sans autrui ? Aurais-je pu être et vivre sans lui ? Cf. Les enfants dits « sauvages », ceux qui ont vécu un moment donné hors de toute présence humaine : se sont-ils développés normalement ?

Etre soi-même : être authentique, devenir ce que je suis, accéder à mon identité, me réaliser pleinement comme sujet, comme homme, comme être moral. Or autrui n’apparaît-il pas souvent comme un obstacle à ma propre réalisation ? Cf. l’ado qui, pour « être lui-même » s’oppose le plus souvent à ses parents… !

Mais aurais-je été (serais-je né) sans autrui ? Ne me préexiste-t-il pas, comme ordonnateur et constitutif du monde dans lequel je suis né ? Chaque objet que je saisis ne témoigne-t-il pas de son travail, et donc de sa présence ? Certes, mais autrui, s’il m’a permis d’apparaître, n’est-il pas devenu, au fil du temps, un obstacle à ma propre affirmation ? Ne faut-il pas que je m’oppose à lui pour être moi-même ? Mais m’opposer à lui, n’est-ce pas encore avoir besoin de lui ? Ne me propose-t-il pas différents modèles que je peux « essayer » jusqu’à ce que je tombe sur celui qui me convient, et que je vais endosser pour un certain temps ? Pourrais-je être authentiquement un homme sans autrui ?

Cf. différence entre être (comme un objet, être là, en face) et exister (surgir hors de soi, se révéler, se manifester) : pourrais-je me révéler à moi-même sans autrui (sans me révéler à lui ?) ? Cf. selon Sartre : l’importance du regard qu’il porte sur moi. Aurais-je un langage, une conscience de moi-même, une culture sans autrui ? Et comment aurais-je pu me réaliser comme homme sans cela ?

Mais ambiguïté d’autrui selon Sartre :

  1. « L’enfer, c’est les autres »
  2. « autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même »

Plan possible :

  1. Serais-je sans autrui ?

Cf. enfance, développement, autrui comme être préexistant, constitutif du monde qui est le mien. Sans lui, je ne serais pas, je ne serais rien.

Cf. accès au langage, à la culture, à la morale. L’exemple des « enfants sauvages » n’est-il pas, de ce point de vue, éclairant ?

Autrui comme interlocuteur indispensable, non pas en face de moi, mais avec moi.

Mais alors, autrui ne constitue-t-il pas une aliénation (passer par un étranger pour être moi-même) ? Un tel détour est-il indispensable ?

  1.  Mais autrui n’est-il pas un obstacle à ma liberté ?

Et donc à l’accès à mon être authentique. Cf. l’hypocrisie inhérente à la vie sociale… !

Autrui ne peut-il pas me peser, m’étouffer, constituer un rival, s’opposer à moi pour m’empêcher de faire ce que je veux ?

Ne faut-il pas que je m’oppose à lui, voire « l’asservisse » pour enfin devenir moi-même ?

Cf. la lutte pour la reconnaissance selon Hegel, où l’un des deux rivaux s’efface devant l’autre (et il vaut mieux que ce ne soit pas moi… !).

Mais (cf. Robinson Crusoë) : ne finirais-je pas par être dans l’illusion, esclave de mes fantasmes, ne sachant s’ils sont réels ou non, si autrui n’existait pas ?

 

  1. Autrui n’est-il pas en moi, plus que je ne le crois, comme tissu de mon être ?

Si je peux être sans autrui (cf. « loup solitaire »), voire survivre en dehors de sa présence, pourrais-je exister sans lui, c’est-à-dire sortir hors de moi pour me réaliser, pour faire surgir les possibilités qui sont en moi ? Autrui n’est-il pas, en ce sens, nécessaire à mon humanisation, du début à la fin de mon existence ? Selon la Bible, « l’homme n’est pas fait pour vivre seul ». Que serais-je en effet sans amour, sans la coopération des autres, sans dialogue avec un être privilégié, un ami ?

Au fond, n’y a-t-il pas une profonde ambiguïté de la présence d’autrui : à la fois médiateur indispensable et obstacle, ambiguïté qui témoigne de ce que je suis, c’est-à-dire de ce que Kant nomme « l’insociable sociabilité » caractérisant l’être humain ?

En ce sens, autrui n’est-il pas toujours présent en moi, dans la conscience que j’ai de moi-même, dans le désir que j’ai de lui voire dans l’aversion ou l’attraction que je peux ressentir à son égard ?

 

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