Croire et savoir (repères philosophiques)

Publié le par lenuki69

                                            Croire/ Savoir
 
Une opposion nécessaire ?
 
On oppose facilement ce qui est du domaine de la foi et ce qui est du domaine du savoir.
 Le savoir correspondrait à l’objectivité de connaissances certaines, parce que démontrées (preuves rationnelles, expérimentations) alors que la foi désignerait une attitude plus décidée, mais subjective.Or le savoir objectif n’est-il pas relatif à des théories que l’on sait pouvoir être remises en question ? La certitude n’est-elle pas alors approchée, relative à des instruments de mesure ? Autre opposition : celle des activités privées intérieures et celle des activités publiques extérieures (résultats vérifiés et vérifiables).
On peut vouloir accorder aussi davantage à l’acte de croire qu’au savoir : le savoir serait relatif, limité par des conditions de connaissances, alors que la croyance posant l’adhésion à des vérités absolues nous donnerait d’emblée le sens de l’absolu, tandis que la science ne donnerait que celui du relatif.
 
La problématique de Kant
 
« Je dus donc abolir le savoir afin d’obtenir une place pour la croyance » (Kant)
Les trois objets de la croyance sont l’existence de Dieu, l’affirmation de l’immortalité de l’âme et celle de la liberté. Ils ne peuvent pas être connus par le savoir, puisque ces objets ne peuvent pas être donnés dans une expérience sensible, car ils dépassent les données spatio-temporelles : Dieu comme l’immortalité de l’âme sont en dehors de l’espace et du temps, alors que nous ne pouvons pas faire l’expérience de la liberté, mais seulement d’actes qui sont soumis à des conditions (et non pas d’actes totalement indépendants et absolus). En revanche, nous posons ces trois concepts comme fondements de notre action morale, car c’est l’adhésion de notre volonté à ces concepts qui fonde la moralité de nos actes. D’un côté donc une foi inspiratrice de nos actes et de l’autre la raison limitée dans son exercice, mais capable néanmoins de formuler les lois de la nature.
 
L’expérience humaine de la croyance
 
L’homme cherche la vérité. Or cette recherche s’opère de manière interpersonnelle, parce que l’homme a besoin de confiance, de placer sa confiance en celui qui, plus expérimenté, pourra lui apprendre quelque chose. Dans une grande partie de notre vie, nous passons notre temps à croire, à mettre notre confiance en autrui pour entrer en relation avec lui : relation maître/disciple, relation parents/enfants, etc…autant de situations existentielles qui sont des modalités de l’amitié, des relations interpersonnelles fondées sur la confiance, sur le fait de croire en quelqu’un, avec quelqu’un, pour quelqu’un. Ainsi la recherche de la vérité ne se fait pas d’abord dans la solitude du sujet pensant et absolument autonome. Les sagesses antiques nous apprennent que l’amitié et le dialogue sont aussi des conditions de la recherche. De même, qu’on apprenne à penser avant de penser par soi-même ne déforme pas notre pensée, mais au contraire la « forme » et l’informe (c’est-à-dire lui donne une forme).
 
L’acte de croire, constitutif de l’expérence humaine
 
Ainsi le fait de croire n’a pas pour seul objet les trois concepts de Kant, mais il est constitutif de la nature humaine au même titre que le savoir. Si les sages peuvent transmettre leur expérience, c’est bien que nous avons confiance en la vérité qu’ils transmettent, que nous savons qu’elle est marquée du sceau de leur expérience vivante, éprouvée. De plus le fait de croire précède et accompagne tout acte de connaissance, quel qu’il soit. Donner sa confiance, c’est donner sa foi à quelqu’un en vue de trouver, par lui, avec lui, pour lui, la vérité que l’on recherche. Croire n’est donc pas l’opposé du savoir mais croire peut être, dans notre expérience humaine, un chemin qui peut répondre aux questions posées par notre connaissance, c’est-à-dire par notre savoir.
 
Savoir
 
Le verbe savoir désigne l’acte de la pensée par lequel un objet ou une proposition sont posés comme réels, à condition que la connaissance ainsi obtenue soit susceptible d’une vérification et d’une attestation intersubjectives. Le savoir se présente en général sous la forme d’une théorie, liée à des degrés très variables à l’expérience sensible. Il contient généralement les éléments suivants :
·        Une justification qui lui procure une certaine évidence et permette d’identifier clairement sa vérité
·        La vérité elle-même conçue selon les cas comme correspondance du jugement au réel ou comme cohérence du système des propositions constituant le savoir
·        La croyance, qui implique que quiconque comprend la connaissance la considère comme vraie.
 
Croire/ Savoir
 
Si l’on s’en tient à une définition aussi neutre que possible de la croyance -un assentiment à une proposition tenue pour vraie- on ne voit pas quelles pourraient être les raisons de la distinguer essentiellement du savoir. On peut certes insister sur le caractère rationnel et vérifiable du savoir ou dire que le savoir s’ouvre à la critique et à la remise en question, qui sont absentes de la croyance. Mais Hegel a souligné à quel point une telle opposition pouvait être stérile. Ne doit-on pas, néanmoins, maintenir l’exigence d’une rationalité capable d’aller aussi loin que possible dans l’élaboration de la connaissance ? Le saut dans la foi ne doit-il pas être réservé au seul lieu de pleine légitimité, le rapport singulier d’un individu à la transcendance ? A cette condition, l’acte de croire n’est plus une connaissance déficiente, mais le propre de l’acte religieux. Tant la foi que la science n’ont-elles pas intérêt à ce strict partage des tâches ?
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