Le "miracle" des cellules-souches
Le miracle des cellules souches
Pourrons-nous bientôt nous autoréparer ? Remplacer nos cellules défectueuses ou malignes par d'autres, toutes neuves, issues de notre propre corps ? Soigner avec de nouvelles méthodes les maladies les plus graves ou encore incurables ? Plusieurs chercheurs en thérapie cellulaire ont annoncé ces derniers jours des avancées décisives. Elles soulèvent d'immenses espoirs et pourraient mettre fin à la controverse éthique sur le clonage. Elles aiguisent aussi les appétits financiers et relancent la guerre des labos. Enquête de Fabien Gruhier, Michel de Pracontal et Bruno Birolli
A-t-on enfin trouvé le secret de la jouvence éternelle ? Le corps humain pourra-t-il se régénérer, s'autoréparer, se perfectionner en puisant dans ses propres
ressources ? On n'en est pas encore là. Mais les récentes découvertes sur les cellules souches laissent augurer de formidables avancées médicales. Ainsi, ce 20 novembre, le Japonais Shinya
Yamanaka (Université de Kyoto) et l'Américain James Thomson (Université du Wisconsin) annonçaient simultanément avoir réussi à faire revenir de banales cellules de peau (fibroblastes) à l'état
virginal de cellules embryonnaires indifférenciées - dotées d'une faculté de multiplication à l'infini. Ce n'était pas tout à fait une surprise, car le Japonais avait déjà, l'an dernier, réalisé
la même fantastique «manip» avec des cellules de souris. Mais sa répétition fructueuse avec des cellules humaines constitue un événement bien plus retentissant. Car désormais il semble possible,
à partir d'un prélèvement anodin, de recréer puis de multiplier à volonté ces merveilleuses cellules «totipotentes» - susceptibles d'être ensuite retransformées en n'importe quel type de
cellules spécialisées réparatrices. Susceptibles surtout d'être greffées sans risque de rejet, puisqu'elles seront porteuses du patrimoine génétique du patient, dès lors que les fibroblastes
d'origine proviendront de son épiderme.
Ces cellules souches miraculeuses ne sont encore que pseudo-embryonnaires. Pour les obtenir, il a fallu infliger un formidable coup de jeune à des cellules adultes et spécialisées, dites
somatiques, notamment en réintroduisant, à l'état fonctionnel, les gènes de la juvénilité cellulaire, qui sont inhibés lors de l'évolution vers l'état différencié. Les chercheurs ont dû user de
diverses ruses un peu inquiétantes. Il a même fallu y caser un gène caractéristique des cellules cancéreuses, pour leur assurer un pouvoir de prolifération infinie. De plus, ces introductions ont
été faites à l'aide d'un vecteur assez peu sympathique : le virus du sida, dont on a mis à profit la capacité infaillible de pénétration au sein du génome à modifier. Enfin, de pareilles
manipulations sont loin de réussir à tous les coups : il a fallu traiter en moyenne environ 5 000 cellules de peau (dans le cas du Japonais), ou 10 000 (dans le cas de l'Américain), pour chaque
cellule souche obtenue.
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Pour toutes ces raisons, de telles cellules ne sauraient pour le moment être utilisées dans des essais cliniques sur l'homme. D'autant qu'il faudrait auparavant les pousser à évoluer en cellules spécialisées (du coeur, du rein, de moelle épinière, etc.), chose que l'on reste très loin de savoir faire. N'empêche, on a aujourd'hui la preuve qu'il est possible de faire régresser les cellules vers le stade complètement indifférencié où elles se trouvaient dans l'embryon. Et donc d'obtenir un matériau d'une plasticité absolue, sans le recours (controversé) à des embryons véritables qui sont alors détruits. Les récentes publications de Yamanaka et de Thomson, qui «respectent le caractère sacré é la vie», ont d'ailleurs été immédiatement saluées par le Vatican et par la Maison-Blanche. Il ne reste donc plus qu'à obtenir le même résultat avec des méthodes, n'impliquant ni gènes ni virus suspects. Ce que beaucoup de biologistes jugent tout à fait réalisable.
Alors, ce sera la porte ouverte à la thérapie cellulaire, au remplacement des tissus lésés. Particulièrement enthousiaste, Ian Wilmut, le «père» de la brebis Dolly, déclarait dès le 21 novembre : «Nous pouvons maintenant envisager le moment où une méthode simple pourra être utilisée pour générer n'importe quel tissu à partir d'un tout petit échantillon pris sur n'importe lequel d'entre nous.» Des tissus, voire des organes de rechange entiers, que l'on saurait reproduire à l'identique, par une sorte de bouturage in vitro - tout comme le lézard voit repousser sa queue arrachée. En ligne de mire, à moins long terme : de nouveaux traitements contre le cancer, les affections dégénératives, alzheimer, parkinson, le diabète, l'arthrite, les maladies cardio-vasculaires, les brûlures, les lésions de la moelle épinière, etc. Ces promesses semblent dignes de la science-fiction. Pourtant elles font l'objet de centaines de brevets, attisent les fièvres boursières, recueillent d'importants investissements. Plus que jamais, on a donc le droit d'y croire.