Eléphants, girafes, fourmis et acacias

Publié le par lenuki

La girafe et l'éléphant sont les garants de l'association entre un acacia et une fourmi
LE MONDE | 11.01.08 | 14h53  •  Mis à jour le 11.01.08 | 14h53

hez certaines fourmis africaines, on a toujours besoin de plus gros que soi. En l'occurrence, d'éléphants, de girafes et d'autres grands mammifères des savanes, révèle une étude publiée le 11 janvier par la revue Science.
Dans cet article, un groupe de chercheurs dirigé par l'Américain Todd Palmer montre comment les grands mammifères jouent un rôle indispensable pour la protection mutuelle entre une plante et des colonies de fourmis. Dans cette interaction entre flore et faune, composante-clé de l'écosystème tropical, un acacia siffleur et différentes espèces de fourmis cohabitent avec profit : l'arbre fournit son nectar pour nourrir les fourmis et ses épines creuses pour les abriter. En contrepartie, les colonies de fourmis protègent la plante en attaquant des insectes herbivores.
"Jusqu'à présent, la stabilité de ce mutualisme était considérée comme uniquement dépendante des interactions entre les plantes et la communauté d'insectes associée", explique Bertrand Schatz, chercheur au Centre d'écologie fonctionnelle et évolutive (CNRS, universités Montpellier, Cirad et SupAgro). Pendant dix ans, Todd Palmer et ses collègues ont éloigné les grands mammifères, qui broutent ces acacias, des arbres de leur terrain d'expérience au Kenya. Ainsi, pour la première fois, ils ont pu prouver l'impact des espèces tiers sur une relation plante-fourmis.
En absence d'éléphants et de girafes, les acacias réduisent considérablement la production de nectar et d'épines. En réponse, les différentes espèces de fourmis changent de comportement dans l'interaction avec leur arbre hôte. Certaines colonies quittent l'acacia, d'autres diminuent leur taille de moitié. A leur place s'installent des espèces concurrentes qui ne dépendent pas des récompenses végétales, ou d'autres fourmis qui prennent le relais des mammifères en coupant les branches d'acacia.
Les arbres souffrent aussi de la perturbation de leur "association". L'acacia siffleur, privé de la protection des fourmis, subit les attaques des larves de coléoptères au niveau de ses racines, ce qui le fragilise et affecte sa survie.
L'étude démontre que les grands herbivores contribuent à l'équilibre de la biodiversité qui les entoure. Selon Bertrand Schatz, ce résultat est "assez inquiétant" pour les écosystèmes tropicaux : "L'extinction progressive des grands mammifères pourrait engendrer des effets en cascade inattendus".

Sarah Brock
 

Publié dans sciences

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