Critiques de l'Etat
Critiques de l'Etat
Cette insistance sur le caractère rationnel de l’État n’efface pas son caractère contraignant : elle affirme plutôt que la contrainte de la loi, pourvu qu’elle formule ce que
Rousseau nomme la "volonté générale", est librement acceptée par un citoyen de plus en plus moral. Mais d’autres théoriciens considèrent au contraire que l’État n’est qu’une machine inégalitaire,
ou susceptible de broyer l’individu.
Du point de vue de Marx, l’idée même d’universalité reflète l’idéologie bourgeoise. Dans cette optique, l’État ne représente que les intérêts de la classe dominante, et non l’intérêt de tous. C’est pourquoi ce dernier ne pourra émerger qu’au terme de processus révolutionnaires supprimant les classes sociales et entamant un dépérissement de l’État, devenant progressivement superflu, dès lors que tout homme sera capable de penser en priorité à la collectivité, et non plus à ses intérêts égoïstes. L’État "socialiste" serait ainsi le dernier, assurant la transition vers un "homme communiste" entièrement nouveau. L’échec du régime soviétique et de ses "démocraties" satellites invite évidemment à tempérer cet optimisme en s’interrogeant au moins sur la transformation du "socialisme" en bureaucratie totalitaire.
Pour les anarchistes (de Stirner à Bakounine ou Proudhon), l’État représente une structure qui opprime la liberté créatrice des individus. Il n’est alors pas question de le transformer en espérant son extinction finale. Il faut lui substituer des types d’associations plus modestes, susceptibles de se fédérer, mais sans jamais atteindre les dimensions ou le pouvoir d’un "monstre froid".
En fondant des droits, l’État impose des devoirs, que le citoyen n’accepte pas toujours avec plaisir (personne n’aime payer ses impôts). Le "bon" État est alors celui qui parvient à équilibrer de façon satisfaisante avantages et contraintes. Il est surtout celui qui fait comprendre que les premiers sont l’envers des secondes.
Du point de vue de Marx, l’idée même d’universalité reflète l’idéologie bourgeoise. Dans cette optique, l’État ne représente que les intérêts de la classe dominante, et non l’intérêt de tous. C’est pourquoi ce dernier ne pourra émerger qu’au terme de processus révolutionnaires supprimant les classes sociales et entamant un dépérissement de l’État, devenant progressivement superflu, dès lors que tout homme sera capable de penser en priorité à la collectivité, et non plus à ses intérêts égoïstes. L’État "socialiste" serait ainsi le dernier, assurant la transition vers un "homme communiste" entièrement nouveau. L’échec du régime soviétique et de ses "démocraties" satellites invite évidemment à tempérer cet optimisme en s’interrogeant au moins sur la transformation du "socialisme" en bureaucratie totalitaire.
Pour les anarchistes (de Stirner à Bakounine ou Proudhon), l’État représente une structure qui opprime la liberté créatrice des individus. Il n’est alors pas question de le transformer en espérant son extinction finale. Il faut lui substituer des types d’associations plus modestes, susceptibles de se fédérer, mais sans jamais atteindre les dimensions ou le pouvoir d’un "monstre froid".
En fondant des droits, l’État impose des devoirs, que le citoyen n’accepte pas toujours avec plaisir (personne n’aime payer ses impôts). Le "bon" État est alors celui qui parvient à équilibrer de façon satisfaisante avantages et contraintes. Il est surtout celui qui fait comprendre que les premiers sont l’envers des secondes.
Nietzsche « L’Etat, le plus froid des monstres froids »
Le fait que l'Etat veuille se présenter comme la manifestation de la souveraineté populaire n'est pas suffisant pour en assurer la légitimité : il y a toujours un
écart entre le discours et les faits, entre les projets et leurs réalisations. Nietzsche se livre ici à une critique de l'Etat sous forme métaphorique en insistant sur sa monstruosité et sa
froideur et, à cet égard, il pressent les dérives totalitaires que le XXème siècle à pu connaître aussi bien dans le système soviétique que dans le fascisme ou le nazisme par exemple. Dans les
deux cas, c'est au nom du peuple que l'on assiste à la corruption de la politique qui se compromet avec le mal. "Ein Reich, ein Volk, ein Führer" disaient les Nazis : un Etat, un peuple, un chef,
comme si ces trois entités étaient effectivement confondues. Les communistes visaient à établir la "dictature du prolétariat" en U.R.S.S., et le résultat de ces deux idéologies se réclamant de la
volonté populaire a donné lieu aux plus grandes tragédies de notre histoire. L'Etat peut donc à tout moment être instrumentalisé pour être mis au service du totalitarisme, et la perversion est
d'autant plus efficace qu'elle passe pour l'expression de la volonté populaire. Il ne faut donc pas perdre de vue le fait que l'Etat n'est pas le peuple et rester vigilant face à la tentation de
confondre un parti, une idéologie ou un système, avec le bien commun dont il serait comme l'expression nécessaire. A ce titre, l'éducation des citoyens est fondamentale pour qu'ils soient
capables de ne pas tomber dans les pièges du populisme ou de la démagogie. Dans la même optique, il est capital que les institutions équilibrent les pouvoirs en les divisant (législatif,
exécutif, judiciaire) et qu'il règne dans l'espace publique une vraie liberté d'expression. Quoique Nietzsche ne soit pas un démocrate, il dénonce ici un travers inhérent à la politique et à
l'Etat en particulier, travers que la démocratie doit admettre comme une menace qui n'est jamais vraiment écartée de son horizon. Pour autant, il serait dangereux de contester systématiquement la
valeur de l'Etat et faire l'apologie de l'anarchie, par exemple, parce que la société ne peut subsister sans institutions.
Critique marxiste de l’Etat
« C’est justement cette contradiction entre l’intérêt particulier et l’intérêt collectif qui amène l’intérêt collectif, à prendre en qualité d’État,
une forme indépendante, séparée des intérêts réels de l’individu et de l’ensemble et à faire en même temps figure de communauté illusoire, mais toujours sur la base concrète des liens dans chaque
conglomérat de famille et de tribu, tels que liens existants du sang, langage, division du travail à une vaste échelle et autres intérêts ; et parmi ces intérêts nous trouvons en
particulier, comme nous le développerons plus loin, les intérêts des classes déjà conditionnées par la division du travail, qui se différencient dans tout groupement de ce genre et dont l’une
domine l’autre » Marx et Engels, l’Idéologie allemande.