Ethique de l'environnement

Publié le par lenuki

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L'éthique de l'environnement (ou éthique environnementale) est une branche de l'éthique appliquée qui concerne directement, ou indirectement, les questions d'environnement. En particulier, elle cherche à préciser la nature du lien entre l'Humain et la Nature.

La pensée écologique actuelle est constituée d'une multitude de courants de doctrines diverses, parfois complémentaires, parfois incompatibles. La majorité de ces doctrines donnent une explication éthique aux différentes causes de dégradation de l'environnement : elles accordent priorité aux changements dans les manières de penser plutôt que dans les manières de faire et visent à redéfinir le rapport de l'Homme avec la Nature.

L'éthique de l'environnement peut être définie comme l'ensemble des doctrines écologiques, proposant pour résoudre les crises actuelles, de repenser le rapport Homme/Nature d'un point de vue philosophique, esthétique, voire religieux.

Quatre grandes approches de l'éthique environnementale peuvent être définies

Fondements philosophiques

Pour Aristote[1], la plante et l'animal ne sont que des moyens pour l'homme. Descartes justifie cette utilisation de la nature par son caractère entièrement mécaniste : l'animal n'est qu'une « machine » au fonctionnement remarquable. En sens inverse, Montaigne met en doute la place privilégiée de l'homme dans la nature : quand je joue avec ma chatte, dit-il, qui sait si elle ne me prend comme un passe-temps plus encore que je ne le fais d'elle ? [2]

D'un point de vue philosophique, l'éthique de l'environnement découle de principes éthiques généraux définis entre autres par le philosophe allemand Hans Jonas et l'Écologiste René Dubos (penser global, agir local). En remontant plus loin dans l'Histoire, on peut trouver des philosophes du droit naturel comme John Locke, Samuel von Pufendorf, et Jean-Jacques Rousseau.

La conception moderne des rapports entre l'homme et l'environnement

La plupart des penseurs modernes ne donnent une valeur morale qu'aux êtres libres ou doués de raison, c'est-à-dire aux hommes.

Pour Rousseau, certes l'animal est une « machine ingénieuse », mais son caractère d'être sensible interdit à l'homme de le considérer comme une simple chose et de le maltraiter inutilement[3]. La différence entre l'homme et l'animal, pour Rousseau, n'est que quantitative sur le plan de l'intelligence. Ce qui distingue essentiellement l'homme, c'est sa liberté d'agir ou de ne pas agir ; c'est aussi sa capacité à se perfectionner au cours de sa vie (éducation) et d'une génération à l'autre (histoire).

Kant fonde son éthique sur la volonté et la liberté. Les animaux, qui en sont dépourvus, ne sont donc que des choses et non des personnes : les hommes peuvent les utiliser comme moyens[4].

L'éthique environnementale dans le monde anglo-saxon

L'éthique environnementale, au XXe siècle, s'est surtout développée dans le monde anglo-saxon sous l'influence de deux sources : la pensée utilitariste anglaise et la fascination des Américains, depuis Thoreau et John Muir, pour la nature vierge (wilderness).

À la fin du XVIIIe siècle, Jeremy Bentham s'interrogeait : les animaux souffrent-ils[5] ? Si oui, la perspective utilitariste du « plus grand bonheur pour le plus grand nombre » devrait prendre en compte leur bien-être au même titre que celui des humains.

Au XXe siècle, Peter Singer développe cette thèse. La dignité d'être moral ne dérive pas de la raison, puisque nous l'attribuons à des enfants ou à des fous, mais de la sensibilité, de la capacité à souffrir. Par analogie avec les théories racistes ou sexistes qui refusent la prise en considération égale des intérêts des Noirs ou des femmes, Singer désigne sous le nom de spécisme (speciesism) un comportement qui donne plus de poids aux intérêts humains qu'à ceux des animaux.

Tom Regan, contre l'utilitarisme, place la valeur de l'individu non dans la maximisation des plaisirs, mais dans un certain accomplissement de vie qui fait de l'individu un « sujet de vie » : a une valeur l'être qui a conscience de soi, désire et construit son avenir. Les mammifères et en particulier les primates entrent dans cette catégorie. Cette dignité, dans la tradition kantienne, interdit de le traiter comme un moyen et lui confère des droits moraux. Il en déduit l'interdiction de les chasser, les élever ou de les consommer.

À ces éthiques individualistes s'opposent des éthiques de l'espèce ou de l'écosystème. La land ethic d'Aldo Leopold associe dans une même « communauté biotique » le chasseur, le gibier et le milieu naturel dans lequel ils évoluent. Chasser n'est pas illégitime, mais l'homme doit s'inscrire dans le monde naturel sans le bouleverser comme le fait le fermier ou l'industriel.

Domaines concernés par l'éthique de l'environnement

Les questions environnementales constituant l'un des trois piliers du développement durable (avec l'économique et le social), elles remontent au plus haut niveau de préoccupation éthique, sur des sujets comme la gouvernance mondiale, l'organisation de l'État et des collectivités territoriales, l'éducation, et le pilotage des entreprises.

L'apparition de principes de droit naturel devrait avoir à l'avenir des conséquences importantes dans le droit, en particulier dans la façon d'appliquer le Principe de précaution, tout en cherchant à croiser exigences économiques, sociales et environnementales.

Situation dans plusieurs régions du monde

En France [modifier]

L'éthique de l'environnement est montée au plus haut niveau de préoccupation au sommet de la Terre de Johannesburg en août 2002. On se souvient de l'influence exercée par Nicolas Hulot sur le Président de la République.

Des réflexions ont été menées depuis 2003 pour définir une charte de l'environnement. Après de multiples discussions, cette charte a été adoptée officiellement et a été incluse le 1er mars 2005 dans la constitution française.

Le fait que la charte soit placée au plus haut niveau de la pyramide des normes juridiques laisse présager de fortes évolutions dans le droit.

En Australie et dans le monde anglo-saxon

Une charte dite en:Global Greens Charter a été adoptée par 800 personnalités en avril 2001 à Canberra.

Par ailleurs, des travaux normatifs ont été réalisés en Australie sur la maîtrise des risques. Cette norme est une norme internationale (ISO).

Application pratique de l'éthique de l'environnement

Au sujet de l'éthique de l'environnement, et d'un point de vue pratique, il convient de se poser la question de l'état naturel originel de l'environnement considéré, cela sous tous ses aspects, tant physiques qu'"éthiques", soit : quels êtres vivants vivent dans cet environnement, quel est leur impact sur celui-ci, quel est leur légitimité, voire leur nécessité, à y demeurer ?

Pour une entreprise, on voit que l'analyse fine du contexte est très importante.

Cette question découle du pré-supposé que d'une part l'environnement et d'autre part "la vie qui l'habite" (ou la fréquente habituellement), profitent l'un à l'autre, ou à tout le moins ne se nuisent pas, soit : se supportent harmonieusement.

Notes et références

  1. Aristote, Politique, Livre I.
  2. Michel de Montaigne, « Apologie de Raymond Sebond », Essais (texte sur Wikisource).
  3. Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes, (texte sur Wikisource).
  4. Emmanuel Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs (traduction de Victor Delbos disponible sur Wikisource) : « Les êtres dont l'existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n'ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu'une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses ».
  5. Jeremy Bentham, Introduction aux principes de la morale et de la législation.

Voir aussi [modifier]

Articles sur la philosophie et l'éthique

Articles sur l'environnement

Articles sur le droit

Articles sur la gouvernance

Bibliographie
Liens externes

 

Publié dans Sciences politiques

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