Etre amoureux, est-ce nécessairement aimer?

Publié le par lenuki

 

Amour : désigne trois choses :

+ le fait d'être attiré par quelque chose ou quelqu'un au point d'être pris par ce qui attire ainsi

+ le fait de vouloir attirer quelque chose ou quelqu'un à soi, au point de vouloir le prendre

+ le fait, non pas d'être pris ou de vouloir prendre, mais de se considérer et de considérer les choses et les êtres pour eux-mêmes en faisant quelque chose d'utile pour soi et pour eux

Tout le sens de la philosophie réside dans le fait d'apprendre à aimer en passant de la violence des rapports où les hommes sont pris et prennent, à l'invention de rapports où personne ne capture personne, ni n'est capturé, parce que à la passion succède le fait de penser à l'autre.

Définition de l'amour : Préférence durable, plus ou moins justifiée et fondée  en réalité, envers un être humain singulier ( ou une entité personnifiée ) considéré comme unique et présenté comme le principe du privilège ainsi dévolu. Cette préférence pousse à vouloir s'unir à son objet et à lui donner ce que l'on croit le bien, cœur, corps, âme.

 

Plan détaillé.

 

  1. Tel « épris » qui croyait prendre.

L'illusion amoureuse : la cristallisation ( cf. Stendhal )

Aliénation, dépossession de soi par volonté de posséder un autre

Les amoureux désirent l'union, voire la fusion en un seul être, comme s'ils constituaient les deux parties d'un même tout, mais avec le sentiment quasi métaphysique que cette unité a toujours existé et qu'il s'agit de ré-unir deux êtres séparés par hasard, de reconstituer une unité par delà les contingences de la séparation, une unité éternelle, d'une nécessité absolue et transcendante.

Cf. mythe de l'androgyne ( discours d'Aristophane, in le Banquet de Platon ).

Ambiguïté de l'état amoureux ( cf. naissance d'Eros ) : un amoureux se doit d'être entreprenant ( Poros ) mais en même temps il éprouve ce qu'il ressent comme une force contraignante, un envoûtement dont il se déclare la proie ( « Phèdre à sa proie enchaînée »).

D'où un mixte de passivité et d'activité, ou plutôt une activité suspendue à une passivité fondamentale.

Centrement sur soi ou sur l'autre ( entre fascination et narcissisme ).

 

  1. De l'illusion amoureuse à l'amour vrai.

Or au-delà de la singularité, l'amour au sens le plus fort veut non seulement le Bien en général, mais un bien justement différent du mien, celui de l'autre.

Cf. amour de bienveillance et amour de concupiscence.

C'est autrui que l'on aime. Découverte de sa singularité, l'amour est aussi découverte de l'altérité d'autrui, de sa différence intrinsèque, de sa liberté irréductible et réfractaire à la mainmise de  mon désir. Aimer vraiment, c'est alors consentir à se décentrer, d'où un transfert de soi vers l'unité avec l'autre.

Aimer, c'est vouloir un bien, mon bien, mais vouloir un bien au moins commun, notre bien, et donc son bien.

Je ne peux pas seulement vouloir posséder un bien, mais aussi donner ou, si l'on veut, partager.

Cf. partenaire : celui qui participe d'un bien commun, celui qui partage, donne et reçoit sa part d'un bien en communauté.

Or,dans l'amour,autrui n'est pas celui à qui je m'aliénerais, mais un partenaire.

Trouver son bien dans ce qu'on donne à l'autre. Avoir, chercher un bien et, du même coup, se donner et faire du bien.

Réaliser, mettre en action,en mouvement,un sentiment.

Cf. sens du mariage : garantie institutionnelle qui prévoit la menace, limite ou règle les conséquences de l'illusion amoureuse telles que l'inconstance, l'infidélité, la rupture, la séparation ou le divorce.

 

  1. Aimer vraiment, ne serait-ce pas apprendre à aimer ?

Illusion fondamentale de l'amoureux : croire qu'il sait aimer. Or le sait-on jamais ? L'amour pourrait-il constituer un savoir qui serait définitivement achevé ?

Ne serait-il pas, au contraire, ce qui s'expérimente et s'expose au péril du temps et de la durée ?

Aimer vraiment, ne serait-ce pas inscrire l'éternité pressentie dans la vie quotidienne ( on imagine mal Roméo et Juliette faisant la vaisselle, Tristan et Iseut leurs courses au supermarché...) ?

Or Platon n'a-t-il pas pensé une pédagogie de l'amour dans le Banquet ( dialectique ascendante) ?

Selon lui, ne convient-il pas de passer du corps à l'âme, de la beauté incarnée à l'Idée de Beau en soi à laquelle elle renvoie, sans omettre le retour dans la caverne, c'est-à-dire l'inscription, dans le présent de la vie à deux, de cette transcendance et de son éternité ?

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