Le temps

Publié le par lenuki

 

I)                   La temporalité vecue

- " Le temps est le moyen offert à tout ce qui sera d'être afin de n'être plus " Claudel

- Si nous interrogeons notre conscience, nous voyons qu'elle est composée de regrets, de perceptions présentes ou d'attentes. Le temps qui est en nous est la dimension principale de notre conscience.

- L'expérience du temps est comparable à un courant de pensées qui se succèdent : de cette perception de la succession de nos pensées naît le sentiment immédiat du temps.

- La temporalité vécue est insaisissable, d'où la comparaison avec un fleuve pour exprimer ce flux ou avec une roue si on croit à un recommencement. " On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve " Héraclite

- A l'inverse de l'espace, le temps n'a qu'une dimension : avant, maintenant, après. La temporalité vécue est irréversible.

- Freud, avant Bergson, soutient l'idée de continuité du temps : " Rien dans la vie psychique ne peut se perdre, rien ne disparaît, tout est conservé et peut reparaître dans certaines circonstances favorables. ". Pour Bergson, conscience signifiant mémoire, la conscience totalise tout son passé et donc, dans le moment présent, elle est tout ce qu'elle a été. En s'opposant à la radicale discontinuité du temps, le temps de Bergson n'a rien de douloureux ni de tragique ; il n'est plus désagrégation mais accumulation  d'une force créatrice.

 

II)                Réalité ou idéalité du temps ?

  • Quelle est la réalité du temps?

- Saint Augustin : 3 modes du temps, tous présents à la conscience, et non pas 3 temps. " Ces 3 modes du temps sont dans notre esprit et je ne les vois pas ailleurs. "

La réalité du temps ne pouvant être que pensée, le temps n'a pas d'existence réelle.

- Newton : cadre absolu existant indépendamment des événements qui s'y passent.

- Leibniz : sa thèse repose sur le principe de raison suffisante auquel Dieu est déterminé. " Tout ce qui est a une raison d'être ". Dieu n'a pas créé dans le temps et dans l'espace mais il a créé le monde, et à partir de cette création, l'espace et le temps s'interprètent comme ordre et relation entre les choses.

- Kant :l'espace et le temps sont des données incontournables de notre expérience. Toute expérience suppose comme condition première de se rapporter à des objet et rend donc possible une connaissance. Toute connaissance suppose que l'objet nous soit d'abord donné ; la connaissance a donc pour point de départ une sensation. Pour qu'il y ait connaissance, il faut qu'intervienne l'activité de l'entendement, qui va organiser les impressions sensibles. Par la sensibilité, un objet nous est donné ; par l'entendement, il est pensé. Si tous les phénomènes nous apparaissent comme étant dans l'espace et le temps, c'est qu'il ne peuvent nous être donné qu'en se soumettant à ses formes a priori. Toute perception dure, de même que toute perception est étendue. " Le temps n'a rien d'objectif ni de réel mais il est une condition subjective que la nature de l'esprit rend nécessaire pour percevoir les objets. "

 C'est dans le temps que tout change, mais le temps lui même ne change pas. Donc le temps n'est ni une chose, ni une propriété des choses mais seulement la condition subjective a priori de toutes nos perceptions.

 

III)             Problèmes métaphysiques du temps.

- Le temps est-il un signe de l'impuissance de l'Homme ou de sa puissance ?

- Montaigne traduit l'inconstance humaine qui n'atteint rien de stable, d'où son scepticisme. " Moi à cette heure et moi tantôt sommes bien deux. " ; " Je ne peins pas l'être, je peins le passage " (= impressionnisme)

- Pascal traduit la misère de l'homme dans le temps, incapable de vivre le seul temps qui lui appartienne : le présent. " Tout le malheur de l'homme est qu'il est incapable de rester au repos dans une chambre ". Mais le temps peut consoler aussi des grandes douleurs.

- La pensée grecque, en dehors d'Héraclite, a longtemps refusé le temps. Le devenir serait une forme imparfaite de l'être. D'une façon générale, pour la pensée grecque, la perfection décroît à mesure qu'on s'éloigne des origines. " Au commencement étaient les dieux "

- Hegel est le dernier grand philosophe à essayer de réconcilier l'éternité et le temps ou l'absolu et le relatif.

- Le christianisme est la seule religion où le dieu accepte l'épreuve du temps et en sort beaucoup plus riche que les autres entités restant abstraites.

- Le réel en son fond est rationnel. Ex : le poète ne s'affirme comme tel qu'en niant sa pur rêverie en se soumettant au labeur du travail.

- Hegel ® homme = seul être historique, vit dans un temps où prime l'avenir. Il est mû par le désir créateur qui lui est propre et qui engendre l'Histoire3

- Pour Heidegger, les perspectives du temps sont commandées par le projet. Il y a 2 manières de vivre le temps : l'une qui va du passé au futur et qui correspond à une conception déterministe. L'autre qui va de l'avenir au passé et dont le sens est aussi le sens de notre vie.

- Le sens vrai du temps exprime la condition d'un être dont l'essence est de se faire et la démarche d'une liberté qui cherche à produire son avenir.

 

Conclusion : acceptation du temps

La philosophie de Kant conclut à l'impossibilité de rien savoir de l'éternité. Elle ne nie pas cependant qu'il y ait une part non temporelle de l'homme, celle qui impose le commandement du devoir à travers un impératif catégorique. L'idéal moral ne doit pas rester un objet de contemplation pure, il est à réaliser dans notre vie, dans la temporalité. Pour Kant, la valeur de l'action morale n'attend la sanction d'aucune autorité transcendante et intemporelle. Quant à l'action esthétique, productrice de formes, elle est à la fois dans le temps par ses œuvres et à la fois transcendante au temps parce qu'elle crée une expression durable de beauté.

" Je plains ces hommes qui critiquent l'instabilité de toute chose et qui se perdent en reflexion sur le néant de l'existence terrestre. Ne sommes-nous pas justement placés ici-bas pour donner de la beauté à l'éphémère ? " Goethe.

" L'art transcende le temps " Malraux.

Le temps est souvent synonyme de d'érosion, déclin, décomposition. Il est ce qui fait que tout se défait. Mais le temps est aussi ce qui fait que tout se fait. C'est le temps qui permet la génération, l'épanouissement, la maturité. Et si le temps emporte tout, quoi de plus digne d'un être raisonnable et libre que de savoir prendre congé quand il a fait son temps et de dire comme Kant : " c'est bien ! "

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