L'avenir de la culture française

Publié le par lenuki

 

Chronique

Culture française, la grande illusion ?

LE MONDE 2 | 19.09.08 | 11h36

 

a polémique sur le déclin du rayonnement culturel de la France, entamée fin 2007 dans Time puis dans Le Monde" par Donald Morrison et Antoine Compagnon, se poursuit dans un livre important.

Publié le 3 décembre 2007 dans l'édition européenne du magazine américain Time, un article sur le déclin de la France en tant que puissance culturelle internationale avait déclenché une très vive polémique. Titrée "La mort de la culture française", cette enquête du journaliste Donald Morrison était sous-titrée non moins sobrement : "Qui peut citer le nom d'un artiste ou d'un écrivain français vivant qui ait une dimension internationale ?"

Scandale dans le -landerneau parisien. Un Américain osait s'en prendre au génie français. Quelques jours plus tard dans Le Monde, l'un des universitaires français les plus prestigieux, Antoine Compagnon, tentait dans un article intitulé "Le déclin français vu des Etats-Unis" de faire retomber cette poussée de fièvre. Sans succès. Reprenant à son compte une partie de l'argumentation de Morrison, il avait en outre le culot d'avouer qu'il "lisait le dernier Philip Roth, Pynchon ou DeLillo plus volontiers que la dernière autofiction germanopratine, facétie minimaliste, ou dictée postnaturaliste"...

Quelques mois ont passé. A la demande des éditions Denoël, Donald Morrison et Antoine Compagnon, dans un livre (216 p., 13 €) à paraître le 25 septembre, ont accepté, chacun de leur côté, de revoir leur copie. Plus nuancé sur la forme - son titre est cette fois interrogatif : Que reste-t-il de la culture française ? -, Morrison ne cède en rien sur le fond. Après avoir passé au crible la plupart des secteurs de la création artistique (la littérature, le cinéma, le théâtre, la peinture, la photographie, l'architecture, la musique), il persiste et signe : la France est dans une phase de déclin culturel.

Un déclin qui, selon lui, trouve pour une bonne part son origine dans la posture "subventionniste" de l'Etat vis-à-vis de la culture. Avec, en prime, ce corollaire : "Le clientélisme et la distribution de faveurs suivant des logiques de réseaux plutôt que des critères de mérite."

Méthodiquement, Antoine Compagnon revisite lui aussi l'ensemble du système culturel français pour aboutir à des conclusions finalement assez proches de celles de Morrison. Mais avant cela, il s'interroge sur les raisons de cette polémique. "Dans notre misèreous, écrit-il, nous revendiquons la grandeur de proclamer nous-mêmes notre fin (...). On peut tout dire entre nous, mais, comme avec les secrets de famille, dès qu'un étranger prétend nous faire la leçon, quand la prophétie du désastre vient du dehors et, qui plus est, de cette Amérique amie-ennemie, perçue comme seule rivale dans l'ambition universaliste, alors la réaction chauvine ou même cocardière est vive."

Et de conclure : "Au risque de nous froisser, Donald Morrison nous remet à notre place de puissance culturelle moyenne à l'échelle mondiale (...). Il nous rappelle à la réalité de l'isolement croissant des arts français sur la scène mondiale."

Il faut maintenant lire, discuter, critiquer évidemment, ces deux textes importants. Loin d'un narcissisme culturel béat et stérile, ils devraient servir de base à un vaste débat public incluant des sujets aussi importants que l'enseignement des arts à l'école, la réforme du système universitaire ou encore l'action culturelle extérieure. Première destination touristique mondiale, en voie de "muséification" générale, la France ne vivrait-elle pas, s'agissant de son rayonnement culturel contemporain, dans une sorte de grande illusion ?

 

Franck Nouchi

 

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article