A propos du désir: Platon et Descartes

Publié le par lenuki


Des beaux corps à l'Idée de Beau en soi: la dialectique du Banquet de Platon

 

Il faut apprendre à aimer, et procéder avec méthode, au sens étymologique du terme, c'est-à-dire en empruntant le bon chemin. Le point de départ e l'ascension érotique, ce sont les multiples beautés d'ici-bas, que l'on perçoit au moyen des sens et qui appartiennent au monde sensible. Son point d'arrivée est une seule et unique beauté, intelligible. Cette ascension implique donc une véritable conversion du regard (cf. allégorie de la caverne) et  n changement d'existence.

Dans sa phase initiale, le désir de l'amant se porte sur un seul beau corps. Afin de ne pas rester prisonnier de son attachement, l'amant doit s'ouvrir à la beauté des autres corps. Puis l'amant doit délaisser les corps pour se tourner vers les âmes (= spiritualisation du désir). D'abord vers les belles occupations, c'est-à-dire les activités qui ont en vue le bien individuel comme le bien de la Cité, et qu'inspire la vertu. Puis vers la contemplation des activités scientifiques et, enfin, vers la science du beau lui-même qui n'est autre que la connaissance de l'absolu, du principe suprême...

Qu'est-ce que le Beau en soi ? Qu'est-ce que cette beauté qui réside en elle-même, à la différence d'une beauté qui se trouve en une autre chose : un temple, un corps, un discours, etc. ? Elle est, nous dit Diotime, la source d'une félicité sans pareille et qui, seule, justifie véritablement l'existence. Aussi cette expérience est-elle sans commune mesure avec les émotions que peuvent connaître les amants dans la contemplation des beautés du monde sensible. En effet, à la différence de la beauté absolue qui est simple, pure , parfaite, la beauté sensible  enveloppe une multitude de parties, elle est nécessairement impure, puisque mêlée à autre chose qu'elle-même, et nécessairement imparfaite : ce qui est beau d'un certain point de vue et à un certain moment ne l'est plus lorsqu'on le saisit d'un autre point de vue et à un autre moment.

 

« tâcher toujours plutôt à me vaincre que la fortune... »

 

La troisième partie du Discours de la méthode expose les maximes de la morale par provision, qui doit permettre à Descartes de vivre tandis qu'il mettra méthodiquement en doute toutes les opinions qu'il a reçues jusqu'ici pour vraies.

Descartes reprend à son compte la célèbre distinction stoïcienne entre ce qui dépend de nus et ce qui n'en dépend pas, c'est-à-dire nos pensées et l'ordre du monde. Il en résulte qu'il est préférable et possible de changer ses désirs et de se vaincre plutôt que de vouloir modifier l'ordre du monde, qui ne dépend pas de l'homme. En outre, puisque nos pensées sont entièrement en notre pouvoir, Descartes décide de tenir pour absolument impossible tout ce qu'il n'aura pas réussi à obtenir. Par exemple, alors qu'il nous est impossible d'être jeune et en bonne santé lorsque nous sommes vieux et malades, il nous est en revanche toujours possible de renoncer à être jeune et en bonne santé une fois que nous avons fait tout ce qui dépend de nous pour éviter la maladie et la mort. Par une telle disposition d'esprit, Descartes n'est jamais conduit à désirer ce qui finalement lui échappe, et est assuré d'être toujours content. En effet, partant du principe que nul ne désire l'impossible et rusant avec lui-même, Descartes tient pour impossible ce qui rigoureusement parlant ne l'est pas, afin que ses désirs concernant ces objets s'évanouissent d'eux-mêmes. C'est pourquoi, de même qu'il sait ne pas pouvoir avoir des ailes pour voler, de même il tient pour impossible d'être en bonne santé alors qu'il est malade. Par suite, il ne peut pas plus désirer être en bonne santé que doté d'ailes pour voler. Cependant Descartes reconnaît qu'une telle disposition d'esprit ne va pas de soi et que son acquisition suppose de longs exercices.

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