Allégorie de la caverne de Platon : apparences et réalité

Publié le par lenuki

    caverne de Platon           


                            Allégorie de la caverne (commentaire)


Allégorie= image, car l’image a une valeur pédagogique (permet le passage  à une représentation abstraite).

Il y a trois étapes décisives pour le prisonnier :

+ séjour dans la caverne

+ montée progressive vers la sortie de la caverne et la réalité extérieure

+ retour dans la caverne

 

A. Séjour dans la caverne

Platon décrit une situation fictive : des prisonniers vivant attachés depuis leur naissance au fond d’une caverne.

Or (clé de l’allégorie) : ces prisonniers, c’est nous, parce qu’« ils nous ressemblent ». Ce que Platon veut signifier, c’est qu’à l’instar de ces prisonniers, nous prenons les apparences (les « ombres de la caverne ») pour la réalité. La vie sociale, par exemple, n’est-elle pas essentiellement fondée sur les apparences (les fonctions des uns et des autres) derrière lesquelles on ne voit plus la personne réelle ?

Or la position de Platon se situe plus radicalement du point de vue de la connaissance : nous nous sommes toujours trompés sur ce qu’est la réalité, car ce que nous percevons dans le monde sensible, ce ne sont que des apparences… ! Donc « notre » réalité, sensible, n’est qu’une illusion.

C’est ce qu’explique Platon à travers l’allégorie : Les prisonniers ne voient sur le mur que les ombres des objets fabriqués, leurs propres ombres et la faible clarté d’un feu (lumière artificielle par rapport à celle du soleil).

D’où une première question : nous-mêmes, n’avons-nous pas trop tendance à nous fier à ce que nous voyons ? Cf. « c’est vrai, parce que je l’ai vu ».

Certes, les ombres existent bel et bien : mais elles ne sont que des reflets et non pas la réalité. Il y a donc bien quelque chose à voir, mais on juge mal ce que l’on voit. Cela signifie que pour Platon, la vraie réalité n’est pas de l’ordre du sensible, c’est-à-dire des yeux du corps, mais de l’intelligible, c’est-à-dire ce que nous voyons à travers les yeux de l’âme (esprit, intelligence).

Ainsi la sensation que j’éprouve au contact d’un objet n’est pas le signe de sa réalité, même si c’est ce qui me fait croire à sa réalité. Ce qui me le donne à croire, c’est que c’est la seule réalité que je connaisse. De plus, ne sommes-nous pas nombreux à désigner la même chose à travers ce que nous voyons. Cf. les prisonniers ne parlent-ils pas de la même chose ?

De plus, ce que voient les prisonniers, ce n’est pas les ombres des réalités elles-mêmes, mais celles d’objets fabriqués, c’est-à-dire artificiels, c’est-à-dire imités d’une certaine façon, par rapport à la réalité naturelle. Dans la caverne, on voit donc les ombres d’imitation (ombres à la puissance deux). Mais la réalité sensible est-elle bien une imitation à la puissance deux ?

Premier exemple : nos perceptions sont le résultat d’une construction culturelle, faite en fonction d’idées variables selon les cultures.

Second exemple : si je dis « j’ai oublié mes clefs de voiture au lycée », vous comprenez ce que je veux dire, sans avoir jamais vu les clés en question, parce que vous comprenez le concept de clé de voiture (idée abstraite et schématique) qui permet immédiatement de reconnaître une telle clé quand nous en voyons une. Il y a dons entre le monde et nous des concepts qui orientent nos perceptions, voire les construisent et sans lesquelles nous ne pourrions rien voir… ! Or selon Platon, ces concepts sont des imitations. Et pour savoir de quoi elles le sont, il faut sortir de la caverne.


B. Sortie hors de la caverne

Cette sortie ne peut s’opérer qu’à partir d’une conversion de l’âme, qui n’est pas spontanée, tant nous sommes fascinés par les apparences et les images. C’est pourquoi on « force » un prisonnier à sortir du fond de la caverne, à sortir de ses chaînes, à se mettre sur ses deux jambes et à marcher, etc. Vous-mêmes, que seriez-vous devenus si on ne vous avait pas éduqués, c’est-à-dire si on vous avait laissé faire tout ce que vous aviez voulu depuis votre naissance ? Pas d’éducation et d’instruction sans efforts, parfois douloureux… !

De même, selon Platon, regarder dans la direction de la réalité est douloureux : cela demande un effort et on est d’abord aveuglé. De même il est difficile de renoncer au sensible pour se tourner vers ce qu’on ne voit pas immédiatement, et qui nous paraît donc avoir moins de réalité, voire pas de réalité du tout… Les ombres, ici, représentent nos préjugés, nos idées toutes faites, dont nous avons bien du mal à nous défaire.

De plus, le regard s’élève par étapes successives :les ombres d’abord, puis les objets dont elles ne sont que les reflets, enfin à la source de toute visibilité, c’est-à-dire la lumière du soleil.

 

C. Retour dans la caverne

 Le philosophe, qui connaît vraiment la réalité, est perdu lorsqu’il est confronté aux ombres de celles-ci, car il éprouve des difficultés à les percevoir comme le « commun des mortels ». D’où ses maladresses, qui prêtent à moquerie (cf. Thalès et la servante de Thrace).

Pourquoi le philosophe n’a-t-il pas le désir de retourner dans la caverne ? Parce qu’il a compris que vivre dans l’illusion n’est pas source de plaisir, mais de souffrance. Cf. le destin tragique de Socrate tel qu’il est évoqué dans l’Apologie, c’est-à-dire sa condamnation à mort et son exécution (boire la cigüe).

Alors pour quoi y retourner, néanmoins ? Parce que savoir oblige, c’est-à-dire que celui qui sait a le devoir de transmettre ce qu’il sait, d’instruire et d’éduquer les autres, comme il l’a été lui-même. Et son bonheur est dans cette transmission, qui est aussi sa mission…


D. Interprétation de l’allégorie de la caverne

Le monde sensible (perçu, matériel) n’est pas la réalité, mais un ensemble d’apparences, qui est pris dans le devenir, c’est-à-dire dans l’écoulement temporel. Et c’est pourquoi la connaissance que nous en avons ne peut être assurée, puisque ce que nous percevons change constamment ( il y a du non-être dans le devenir, puisque devenir, c’est ne pas encore être ce que je dois être, c’est être inachevé). Au fond, tout ce qui est matériel, donc sensible, finit un jour ou l’autre par se transformer, c’est-à-dire par perdre sa forme primitive, voire par perdre toute forme… Or si dans l’objet sensible, il y a du non-être, dans l’idée qui lui correspond, il n’y a que de l’être. Ainsi par exemple, l’idée de tableau, c’est l’être réel de celui-ci, puisque c’est ce qui fait que ce tableau-ci (que je perçois) est un tableau, que je peux penser comme tel. Il y donc moins de réalité dans le tableau sensible que dans l’idée (intelligible) qui lui correspond. Mais seul la réflexion peut parvenir à cette déduction. Enfin, passer de la réalité sensible (subjective) à l’idée qui lui correspond et qui est universelle, c’est passer de la subjectivité à l’objectivité de la connaissance, c’est-à-dire à la science.

Or la science nécessite une rupture avec le monde de la perception : se fier aux apparences ne permet pas d’appréhender et de connaître par les causes véritables des choses (cf. l’erreur fondée sur la perception selon laquelle la terre était conçue comme plate et immobile).

Mais selon Platon, avant d’aborder les Idées, il faut d’abord passer par les réalités mathématiques c’est-à-dire les nombres et les figures (cf. « nul n’entre ici s’il n’est géomètre »). Car même si les mathématiques se servent de figures sensibles, c’est toujours un objet universel qui est visé (triangle, par exemple). B. Russell n’affirmait-il pas : « la géométrie, c’est l’art de raisonner juste sur des figures fausses » ? En quoi alors cette démarche reste-t-elle incomplète ? Dans le fait que les mathématiques sont fondées sur des postulats, c’est-à-dire des affirmations que l’on demande d’accepter comme vraies avant toute démonstration, parce qu’elles vont servir à fonder toutes nos démonstrations (cf. postulats d’Euclide). Or ces postulats ont donc valeur d’hypothèses, qui sont vérifiées par des déductions ultérieures (théorèmes). Mais on n’en reste ici qu’à des hypothèses, ce qui fait qu’on n’est pas absolument certain de la vérité de mathématiques.

Il faut donc remonter d’hypothèse en hypothèse jusqu’à un fondement ultime qui soit lui-même anhypothétique. Ce sera la fonction de la démarche proprement philosophique, c’est-à-dire de la dialectique. Ce principe anhypothétique, c’est (selon l’allégorie) l’Idée de Bien, c’est-à-dire l’Idée qui est au fondement de tout ce qui existe et qui en rend raison, l’équivalent intelligible de la lumière du soleil et du rôle qu’elle joue dans la perception sensible et dans l’existence de toutes choses. Or dès lors que le prisonnier voit le Bien, pourquoi retournerai-il dans la caverne, c’est-à-dire dans la souffrance (pour ses yeux dessillés) de l’obscurité et de la lumière artificielle ?


E. Difficultés posées par l’allégorie

L’image utilisée par Platon a, comme toute image, ses limites. En effet, qui délivre le prisonnier, sinon un philosophe ? Mais il a bien fallu que celui-ci devienne philosophe, c’est-à-dire  soit éduqué dans ce but. Par qui, sinon par un autre philosophe et ainsi de suite…Qui alors a éduqué le premier philosophe ?

De plus comment expliquer que pour faire comprendre ce qu’est la connaissance vraie, Platon ait recours à une image ? En effet, il utilise l’image souvent dans le cas du vraisemblable. Or le vraisemblable n’est pas le vrai. On peut donc supposer que Platon ne cherche pas à nous faire connaître ce qu’est vraiment la connaissance, mais plutôt à nous faire sentir à quel point nous sommes plongés dans un monde d’apparences et d’illusions, sans pour autant prétendre d’emblée nous en détacher . Il se contente ici de nous montrer le chemin, de manière symbolique, sans nous tirer de force à l’exemple du prisonnier…. !

 

caverne moderne

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C

Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-10: E=MC2 !

DE PLATON OU D'EINSTEIN ?

Cordialement

Clovis Simard


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