Désir et consommation: croquer la pomme?
Apple entretient le désir
Le consommateur paie très cher l’orgueilleuse beauté de ses produits tout comme la douceur de ses écrans et l’humanité de ses logiciels. Apple a savamment verrouillé la musique tout comme la presse, qui se doivent de passer par l’étroit portail de ses «stores» pour le plus grand profit de la marque. La force de feu Steve Jobs a été de faire de ses produits les appâts d’une servitude volontaire. Comme le dit La Boétie, «soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres». De quoi tweeter sur son iPhone 5 : «On ne regrette jamais ce que l’on n’a jamais eu.» (extrait de l'éditorial de Libé de ce jour)
Cf. l'article de Libé (Quand l'obsolescence devient programmée):
Le désir excède le besoin et la publicité surenchérit pour l’exacerber, non sans faire des consommateurs des rivaux : il n’y a qu’à voir les ruées sauvages ou les files d’attente interminables vers un soi-disant nouveau produit, qui tient pourtant davantage du gadget que de l’innovation. C’est ici que les analyses de René Girard sur le mimétisme du désir prennent tout leur sens, alors même que cette course effrénée elle-même n’en a pas. Chaque production de biens pousse les consommateurs à se comparer les uns aux autres, puisque la possession enrichit l’être de celui qui détient, et on l’envie. Aussi, mettre en rivalité et donner envie sont les deux mamelles de cette course au « progrès » (?). Les produits finissent par n’avoir plus de critères extérieurs comme l’utilité sociale, mais par devenir autosuffisants, ayant en eux-mêmes leur propre valeur par le besoin qu’ils créent artificiellement. Le critère du bien devient la possession de biens plus inutiles les uns que les autres, au risque du malheur induit par cette insatisfaction permanente. Ainsi s’instaure la frustration généralisée, terreau propice au désir sans fin et sans faim….
Citations :
"Si vous entrez dans la course aux besoins, vous êtes certains d'être perdants, car le désir d'avoir dépassera toujours les moyens que vous aurez. A chaque
désir, demandez-vous si cela ne va pas être un poids, si vous ne pouvez pas plutôt vivre avec ce que vous avez déjà. Le jour j'ai pu dominer mes besoins, j'ai été l'homme le plus riche du
monde."
Majid Rahnema citant son grand-père - Quand la misère chasse la pauvreté – 2003
"Si l'homme et la femme sont heureux, ils ne consomment pas. C'est la frustration qui est la base du désir de consommation. Aussi, faut-il leur offrir d'inaccessibles modèles de beauté et de
richesse, afin que la frustration les mène sur le chemin des achats."
Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - 200
"[La publicité :] Ses messages quotidiens formatent, mieux que toute propagande, l'énergie du désir des hommes. Elle leur désapprend la révolte, le goût de
la connaissance, le sens critique et la gratuité. Elle glorifie l'inutile, le jetable, la marque."
Michel Piquemal - Le Prophète du libéralisme [satire] - 2005
"... les Américains sont de plus en frustrés dans leur rapport à la consommation : ils ne cessent de désirer davantage, on ne cesse de leur présenter des
produits qu'il faut absolument posséder, mais il y a là un cercle infernal, une souffrance du désir toujours renouvelé d'avoir à acquérir des produits toujours nouveaux."
Dominique Méda - Qu'est-ce que la richesse ? - 1999