Désir et psychanalyse (en rapport avec le mythe)

Publié le par lenuki

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Désir et psychanalyse


C'est dans la théorie du rêve que se dégage le plus clairement ce que Freud entend par désir. Si l'on part de l'expérience primitive de satisfaction, on peut donner avec Freud la définition suivante du désir :
« L'image mnésique d'une certaine perception reste associée à la trace mnésique de l'excitation résultant du besoin. Dès que ce besoin survient à nouveau, il se produit, grâce à une liaison qui a été établie, une motion psychique qui cherche à réinvestir l'image mnésique de cette perception et même à évoquer cette perception, c'est-à-dire à rétablir la situation de la première satisfaction : une telle motion est ce que nous nommerons désir; la réapparition de la perception est l'accomplissement de désir> (L'interprétation des rêves). En définissant le rêve comme la <réalisation symbolique d'un désir refoulé> ou encore le fantasme comme la réalisation hallucinatoire du désir, Freud confirme bien le sens qu'il accorde au désir inconscient : la psychanalyse n'est-elle pas tout entière ouverte à cette reconnaissance du désir inconscient, qui ne se donne que comme travesti, déformé ou voilé ? »                        

                                                                                                              Pierre Fédida, "Dictionnaire de la Psychanalyse", page 103


Or l’expérience première de satisfaction totale n’est-elle pas prénatale, lorsque l’enfant est encore dans le sein maternel ? Ne vit-il pas à la fois la complétude (aucun manque, donc aucun désir) et la toute-puissance (puisque tous ses besoins sont satisfaits) ? La première expérience est donc d’ordre fusionnel, l’enfant ne faisant qu’un avec sa mère. Il ne tend donc vers aucun autre. Pour cette tension vers l’altérité, qui fera naître le désir, il faudra une première séparation ; celle que produit la coupure du cordon ombilical et dont l’enfant garde une trace ineffaçable sous la forme du nombril (cf. aussi le mythe d’Aristophane). La naissance constitue donc la première blessure éprouvée par l’enfant, mais qui ne crée pas encore le désir. Pour cela il faudra une seconde rupture, mettant fin à l’expérience fusionnelle de l’enfant avec sa mère (d’un point de vue psychologique), celle introduite par l’intrusion d’un tiers : le père, censé représenter la loi. Alors seulement naît le désir, en se différenciant du besoin, comme tension vers un autre (cf. dans le mythe le rôle joué par Zeus lui-même, à travers une punition condamnant les hommes à être séparés en deux et à rechercher sans fin leur moitié perdue…).
En résumé, le désir témoignerait de la nostalgie d’une unité perdue, d’une satisfaction totale que nous ne retrouverions jamais et que nous chercherions sans fin à travers des objets incapables de nous satisfaire pleinement. Quel est alors l’autre au cœur même de notre désir?

 

meditation eneinte

 


Publié dans philosophie générale

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