Puis-je être étranger à moi-même?

Publié le par lenuki

devoir

 

Il faut commencer par vous étonner à propos de la question posée: comment pourrait-on être étranger à soi-même, c'est à dire être autre par rapport à ce que l'on est? Comment pourrais-je à la fois être moi-même et un autre? L’étranger, en effet, c’est l’autre, celui qui vient d’ailleurs, celui avec lequel je n’ai rien à voir, celui que je ne connais pas.... Il semble donc bien difficile de dire que je puisse être pour moi-même un étranger. Mais l'étranger, c'est aussi ce qui s'oppose au familier. En ce cas, il renvoie alors à ce que nous ne connaissons pas, à ce qui nous échappe. Ne pouvons-nous pas, dans ces conditions entretenir un rapport d’étrangeté à nous-mêmes ? Ne pouvons-nous pas nous surprendre ? Cf. Spinoza: nous ignorons les causes réelles de nos désirs, il y a donc en nous des réalités qui nous échappent.  L’étrangeté relèverait alors d’une méconnaissance de soi.  On peut donc  être  étranger en tout en étant très proche. Ce n’est pas la proximité qui fait la familiarité. On peut alors  penser aux analyses de Freud lorsqu’il formule l’hypothèse de l’inconscient. Il s’agit bien de dire que l’inconscient est autre que moi.  En ce sens, je n'est-il pas un autre ? Mais ne peut-on pas distinguer l’étranger, celui qui est radicalement autre, celui qui vient d’ailleurs, du familier que je ne connais pas entièrement mais qui m’habite. Cf. Freud : « le moi n’est pas maître dans sa propre maison ». L’étranger n'est-il pas aussi celui qui n’est pas chez lui, celui qui habite ailleurs, ou encore qui n’habite nulle part, mais qui en tout cas, n’habite pas ici ?. Mais dire que le moi n’est pas maître dans sa propre maison, est-ce dire qu’il n’est pas d’ici ? Freud ne nous dit pas vraiment que l’inconscient est étranger, il nous dit qu’il est finalement le maître de la maison dans laquelle réside le moi,  moi qui donc en dépend. Il faut donc distinguer le méconnu de l’étranger. On voit bien que c’est en fonction du sens que vous accorderez au terme d’étranger, en le faisant évoluer, que vous pourrez répondre à la question posée. Notez alors que l'affirmation selon laquelle je serais étranger à moi-même remet en cause la notion de responsabilité. C’est ici que vous pouvez aborder les enjeux d’une telle question. Or, cette étrangeté qui semble relever des faits ne risque-t-elle pas de devenir une excuse. S’excuser c’est, en effet, se mettre hors de cause. Dès lors, il s’agirait de voir si je peux vraiment dire que je ne suis pas la cause de ce que je fais puisque je suis étranger à moi-même.

Publié dans philosophie générale

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E
Bonjour, est-il exact de dire : en chacun d'entre nous sommeille un étranger au visage qui pourtant nous est familier ?
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L
Pardon : cet étranger qui sommeille en nous et non pas sommeil. J'aurais du me relire avant de vous faire parvenir ce message.
L
Bien évidemment. Qui dit sommeil dit rêve. Qui dit rêve dit une des voies de l'inconscient. Cet étranger qui sommeil en nous, c'est notre inconscient, qui nous rend étrangers à nous-mêmes. Mais cet inconscient, c'est nous, avec la conscience que nous pouvons en prendre. Or ce rapport conscient à soi produit deux visages familiers: l'habitude de se voir sous une certaine apparence qui nous est familière, et aussi l'habitude de voir en nous l'homme (au sens générique) que nous sommes, et qui nous est familier par sa ressemblance avec les visages des autres hommes.
Je ne sais pas si j'ai répondu à votre question, car je l'ai fait succinctement pour plus de clarté.
Cordialement