Le désir

Publié le par lenuki

 

 

échelle du désir

 

 

Caractéristiques du désir

 

  1. Conditions du désir:besoin et désir

 

Le désir est une tendance qui nous porte à acquérir ce que l’on n’a pas (un bien, un détail physique, voire un être – désir d’enfant ou désir sexuel), ou ce que l’on n’est pas (un trait de caractère, un statut social, etc.). Il s’applique aussi à ce que l’on possède déjà, mais se nourrit de la perspective que l’avenir pourrait nous enlever : on désire garder la santé, ou que le temps ne passe pas trop vite.

 

Contrairement au besoin, rien n’est déterminé ni limité a priori. Le désir peut se greffer sur le besoin, mais alors que les animaux, par exemple, s’arrêtent de boire quand ils n’ont plus soif, le désir n’est pas pour autant assouvi. Il peut même être insatiable dans certains cas : toujours plus de richesses, de pouvoirs, de conquêtes féminines, etc. En outre, le besoin se satisfait d’eau, mais le désir porte sur une boisson particulière, ou sur une boisson toujours nouvelle. Le marketing sait très bien en jouer. Par ses variations et sa malléabilité constantes, le désir est d’une certaine façon infini. On peut désirer tout et n’importe quoi, y compris si l’on possède déjà beaucoup.

 

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Autre différence entre désir et instinct : l’intervention de l’esprit. Il faut en effet de l’imagination pour désirer car il faut se représenter ce qui n’est pas ou ce qui n’est pas encore. Rousseau, dans l’Emile, fait même de cette faculté la véritable initiatrice de nos désirs. Il faut aussi de la mémoire pour se souvenir de ce que l’on a déjà eu afin de changer et de varier les plaisirs à l’avenir. Enfin il faut posséder la conscience pour identifier et tenter de réaliser le désir. Le corps n’est donc pas absent, mais l’esprit est requis. Au sens strict, et leur comportement extérieur semble le confirmer, les animaux n’ont pas de désir, seulement des besoins et des instincts.

 

2. Ambiguïtés du désir: entre plaisir et douleur

 

En même temps qu’il se présente comme une impulsion à le combler, tout désir manifeste le manque de ce que l’on désire. Il s’accompagne donc toujours d’une forme  de douleur. Si l’on envisage l’existence tout entière menée par le désir, il y a alors souffrance, tant qu’il n’y a pas satisfaction totale, et il n’y a jamais satisfaction totale, car de nouveaux désirs renaissent aussitôt. C’est la vision pessimiste que Schopenhauer nous donne de la vie, qui selon lui « oscille entre la souffrance et l’ennui » : souffrance quand le désir n’est pas encore assouvi, ennui quand il l’est, en attendant qu’un autre arrive. Vivre selon les désirs n’amènerait donc  pas au bonheur.

 

Si le plaisir est le but du désir, il n’en est pas toujours l’effet réussi. Platon le précise bien en distinguant deux types de plaisir : celui qui résulte d’un désir préalable, et celui qui advient sans manque ressenti au départ. Dans le premier cas, le plaisir est mélangé à la douleur, tant que le désir n’est pas entièrement satisfait : la faim et la soif, mais aussi l’envie ou l’amour. Dans le second, au contraire, c’est un plaisir pur : la contemplation esthétique de belles formes en couleurs, par exemple.

 

Si le désir n’est pas le besoin, il n’enlève pas pour autant le sentiment de dépendance vis-à-vis de l’objet convoité, dont on peut estimer qu’il nous est indispensable, même s’il n’est pas en soi vital. Le personnage de l’Avare chez Molière a « besoin » de tout son argent. Il a surtout une dépendance du comportement vis-à-vis du désir lui-même, puisqu’il se manifeste à tout instant, sous des formes nouvelles et d’une façon aussi impérieuse que le besoin. On ne décide pas de désirer. C’est donc un problème de liberté qui se pose. Le désir semble prendre la dimension d’une contrainte psychologique, bien plus étendue que celle du besoin.

Publié dans philosophie générale

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