Comment bien gérer son temps pour ne pas le perdre? Ou de la brièveté de la vie selon Sénèque

Publié le par lenuki

                 

       

         

Le sentiment de courir après le temps semble une caractéristique de notre époque. Or les hommes n’ont jamais disposé d’autant de temps qu’aujourd’hui, du moins dans le monde occidental (cf. existence plus longue en moyenne, moins d’heures passées au travail, outils et machines qui nous font gagner du temps, etc.).

N’est-ce pas alors, paradoxalement, en gagnant du temps que nous en perdons ?

Pendant notre temps « libre », en effet, nous sommes constamment incités par la pub ou les médias de toutes sortes à consommer ou nous informer, voire nous former. D’où le sentiment d’être dépassés ou en retard, de manquer de temps. Cf. Nicole Aubert in Le culte de l’urgence : la société malade du temps : 

« …avec l’avènement de la communication instantanée et sous la dictature du « temps réel » qui régit l’économie, notre culture temporelle est en train de changer radicalement. L’urgence a envahi nos vies :il nous faut réagir « dans l’instant », sans plus avoir le temps de différencier l’essentiel de l’accessoire ».

S’ajoute à cela la tendance actuelle à vouloir se faire « l’entrepreneur de soi-même » dans nos sociétés néolibérales, en tirant le maximum de profit de notre capital humain : formation de soi, entraînement intensif, développement personnel, chirurgie esthétique, etc.

C’est pourquoi beaucoup d’entre nous cherchent à échapper à cette course effrénée après le temps en s’aménageant des temps de coupure, de retraite, ou encore des temps de peinture, de yoga, de méditation, etc.

Mais le danger n’est-il pas d’ajouter ces activités à celles qui existent déjà, en saturant encore davantage le temps, en augmentant notre sentiment de manquer de temps pour tout faire ?

Or, grâce à Sénèque, nous découvrons qu’un tel rapport au temps n’est pas propre à notre époque et que la question de savoir comment se libérer n’est pas nouvelle.

 

                                            De la brièveté de la vie

                       

               

Présentation générale

Essayons donc de suivre les pistes ouvertes par ce philosophe dans son célèbre traité : De la brièveté de la vie

+ dans ce texte, Sénèque s’adresse à son beau-père, Paulinus, qui a une grande activité publique comme surintendant général des vivres, pour l’encourager à prendre du recul et à s’adonner à la philosophie afin d’atteindre, grâce à elle, une certaine forme de sagesse.

+ mais quelle fut la vie de Sénèque ? (bref rappel)

+ quoi de mieux, pour initier à la thèse de Sénèque dans cet ouvrage, que de lire la première phrase des trois premiers chapitres ?

                                                

Plan du traité 

Introduction : plainte universelle à propos de la brièveté de la vie (chapitre I)

Première partie (chapitres II à IX) : Pourquoi on perd sa vie en perdant son temps.

+ l’affairé est prisonnier de ses occupations (II-III)

+ illustrations historiques (IV-VI)

+ analyse de la conscience du temps (VII)

Transition : la vie de l’affairé est brève

Deuxième partie (chapitres X à XX) : l’otium comme condition du bonheur

+ l’occupatus ne sait que faire de son temps (X-XIII)

+ pourquoi l’otium est utile (XIV-XV)

+ pourquoi l’otium est légitime : le droit à la retraite (XVIII-XIX)

+ exhortation finale à l’otium (XX)

                                        Le paradoxe de Sénèque : la vie n’est pas brève

+ Sénèque s’adresse à son beau-père, Paulinus, pour l’encourager à quitter la vie active afin de privilégier la philosophie et la recherche de la sagesse.

+ Vie de Sénèque (rapidement)

+ les trois premières phrases des trois ^premiers chapitres comme représentatives de la thèse qu’il développe

La plainte de l’humanité : les hommes se plaignent de la malveillance de la nature, qui ne leur donne qu’une vie brève. Plainte universelle, à l’exception de quelques hommes (les sages). Les hommes vivent cette brièveté comme un malheur parce qu’ils ne réfléchissent pas. D’où le sentiment d’une fuite irrémédiable du temps, sentiment qui est le plus souvent insensible. Il faut une perspective (la nécessité, ici la mort) pour en prendre pleinement conscience.

Occupati et otiosi. Sénèque répond à cette plainte en affirmant, contre l’opinion commune, que la vie est longue, mais à deux conditions : en bien user et en user totalement.

Nous cultivons en fait l’art de perdre du temps, faute de nous approprier véritablement le temps qui nous est donné, aussi bien dans notre vie privée (vices, plaisirs, etc.) que dans notre vie publique (ambition, recherche des honneurs, de la richesse, etc.).

Une fébrilité factice et superficielle touche tout le monde, d’où l’aliénation que cela implique (nous vivons hors de nous, soumis à ce qui nous est extérieur ou étranger). Nous ne nous appartenons plus… !

Un précepte de morale pratique. Nous vivons en fait comme si nous devions vivre toujours, c’est-à-dire que nous oublions que nous sommes mortels (d’où la plainte de vieillards qui se lamentent lorsqu’il est déjà trop tard… !). L’homme ne sait pas se situer temporellement, c’est-à-dire profiter du présent. Il n’a pas conscience du temps irrémédiablement passé et il forme des projets dont la réussite reste aléatoire. Pris par son agitation actuelle, il remet au lendemain l’essentiel (procrastination).

Que peut-on opposer à cet oubli de la condition mortelle ? Non pas une argumentation philosophique (trop abstraite), mais un précepte de morale pratique : s’il sait ménager son temps, l’homme jouira d’une qualité de vie qu’il doit rechercher, l’otium (cf. deux dernières phrases du chapitre 3).

 

                                        La conscience du temps

Sénèque constate que le temps est perdu à des occupations diverses détournant de l’essentiel, la possession du moment présent qui peut permettre la méditation et la vie intérieure.

Le temps perdu est volé par le service des autres. Viennent ensuite les occupations du barreau, puis les occupations sociales (cf. clientélisme, captation d’héritage par exemple). Mais le temps est également perdu à cause de l’ambition personnelle.

Or quelle conscience les occupati ont-ils de cette perte de temps ? Car il s’agit bien d’une prise de conscience d’un dommage, mais elle est fugace : ils ont conscience que leurs occupations ne constituent pas la vraie vie (ce sont des divertissements au sens pascalien du mot).

Les occupati éprouvent le dégoût du présent, car ils sont parfois sensibles à la vanité de leur existence. Mais ce n’est pas par aspiration à la sagesse, c’est à cause d’une passion, condamnable aux yeux de Sénèque, qui empêche de saisir le présent. Le vieillard peut fort bien avoir existé longtemps, mais n’avoir pas vécu longtemps. Or cette perte de temps n’est pas une fatalité. Quelques êtres d’exception échappent à cette vie superficielle. Pour ces sages, la vie est très longue. Il faut être économe de son temps. Celui-ci est donné à l’homme : il ne faut ni le laisser perdre, ni le gaspiller. Le sage est maître de l’utiliser comme il l’entend. Il faut voir dans chaque jour comme une vie toute entière. En effet, le sage a tout connu de l’activité humaine. Aucun instant ne peut donc lui apporter quelque plaisir que ce soit, ce qui est un moyen d’échapper à la passion. Le sage est indifférent au lendemain, car il considère que le jour qu’il vit est sa vie toute entière, et tout ce qui pourra lui être donné de surcroît est un don gratuit, un bien sur lequel on ne peut compter. Car si le présent est la propriété de l’homme, l’avenir est entre les mains du destin. Mais contrairement aux épicuriens, pas de « cape diem » : il ne s’agit pas de jouir du présent, mais de conserver pur soi le jour qui est donné et qui est sûr, sans se le laisser voler et sans le gaspiller.

Le temps s’écoule (cf. image du fleuve). Or il est impossible d’arrêter cet écoulement qui ne dépend pas des hommes, ni a fortiori de remonter le temps. Sénèque souligne le caractère inexorable de la fuite du temps. Mais la vie ne manifeste pas, d’ordinaire, son flux inexorable. L’homme est imprévoyant et la mort survient « comme un voleur ». Elle met un terme à la vie, mais seule elle permet une mise en perspective de l’existence humaine. Elle est inéluctable, car elle est la conséquence logique de la vie : le mortel est voué à la mort. Mais, déjà vieux, les mortels ont gardé leur état d’esprit de jeunes gens, c’est-à-dire la conception d’une vie quasi illimitée. Ainsi présentée, la vie s’offre à nous comme une suite de jours dont il serait vain de prévoir le terme. Mais elle nous est donnée, elle constitue pour nous un bien que nous possédons, toute la question étant de savoir comment en user.

Or l’homme n’accorde aucun prix au temps et en fait un mauvais usage : il n’en pressent la valeur que lorsqu’il risque de perdre ce qu’il croyait lui en rester, et ce de manière imminente. Totalement inconséquent, il entrevoit alors que c’est peut-être son seul bien, préférable à tout ce qu’il possède par ailleurs. La raison de cette attitude provient du fait que le temps est invisible et immatériel. On demande du temps, on en donne, pourtant on se l’ôte à soi-même. En réalité, perdre du temps, c’est perdre un peu de soi-même, car le temps est essentiellement constitutif de l’être, et ce que l’homme a été à un moment donné, il ne le sera jamais plus.

Si l’on connaissait la durée totale de sa vie, on l’économiserait, par crainte de manquer de temps, mais serait-ce supportable ? En fait, nous sommes dans l’incertitude de l’avenir : raison de plus pour économiser. Dans l’absolu, tout ce qui nous est donné sans conteste, malgré sa petitesse, peut facilement être économisé. La précarité impose la rigueur de la gestion. Mais le temps, se définissant en quantité=, en durée, ne peut-il aussi se définir en qualité ?

Il existe encire une autre forme de gaspillage : la prévoyance. Tablant sur l’avenir, mes prévoyants sont incapables de goûter le présent. Ceux-là estiment avoir l’éternité pour eux. Mais c’est un mirage, car nul n’est certain de l’avenir. La conclusion s’impose : il faut se préoccuper du jour présent, le seul sûr. Mais il ne faudrait déduire de cette critique des prévoyants que tout projet est condamnable. On peut prévoir une action dans sa continuité, mais en étant convaincu que ce n’est qu’une hypothèse. Aucun mortel n’est assuré de vivre assez longtemps pour l’accomplir. Le temps que l’on organise ne dépend pas de nous, car il ne peut nous être donné.

                                                  Les occupati

Qui sont-ils ? Sénèque tente d’établir une hiérarchie entre les diverses occupations. Il distingue :

+ les activités les plus basses (soumission à une débauche inexcusable)

+ la poursuite de la gloire, des honneurs ou encore des richesses

Or la vie des occupati est plutôt une non-vie, car elle est vaine. Ils sont incapables de s’adonner à quelque activité que ce soit, ils sont même incapables de vivre. Or quiconque prétend à la sagesse doit apprendre à vivre, c’est-à-dire apprendre à mourir, la mort seule mettant la vie « en perspective » et devant toujours être présente à l’esprit du sage.

Sénèque évoque rapidement les occupations lucratives : les affaires, la vie sociale. Puis viennent les otia (les loisirs) qui sont des faux-semblants n’ayant rien à voir avec l’otium véritable, car pour certains l’otium n’est qu’une autre forme d’occupation vaine et stérile. Même le travail intellectuel comme fausse érudition n’est que divertissement (cf. Textes de Pascal). L’érudition porte en général sur des points de détail ou sans intérêt. Ces études sont inutiles, car elles ne conduisent pas à la sagesse. Elles ne font disparaître ni les égarements de l’esprit, ni les passions, elles ne rendent ni plus énergique, ni plus juste, ni plus généreux, donc elles sont sans valeur pour les progrès indispensables au sage dans sa vie intérieure.

Appréhension du temps et de la mort

Les occupati se montrent particulièrement infirmes dans leur manière d’appréhender le temps. Le passé intangible, inviolable, achevé est notre seul bien définitif et constant. Dans le temps conçu comme un écoulement, il est la seule partie qui nous appartienne avec certitude. Or ce passé, les occupati le perdent. Si l’on ne peut ni revivre ni changer le passé, on peut se le remémorer. Pour les occupati, cette évocation du passé est impossible parce qu’elle met en évidence le temps perdu (comme temps mal employé). Mais perdant le passé, les occupati sont assurés de perdre l’avenir, car celui-ci n’est fondé sur rien de sûr, le futur étant enfanté par le passé et maintenu grâce à lui. Perdant passé et avenir, les occupati sont concernés par le seul présent. Mais celui-ci, inéluctablement, ils le perdent également :

+ à cause de leur défaut habituel, l’accumulation d’activités factices

+ à cause de la nature même du présent. Que peut-on en dire, en effet ? Il est fort court (certains estimant même qu’il n’existe pas !). Inclus dans l’écoulement rapide du temps, il n’est qu’un point sans dimension. Ex : lorsque je parle, le début de ma phrase est déjà du passé et la suite à venir. Le présent est donc une intersection sans épaisseur entre deux plans, passé et avenir.

Contrairement aux occupati, le sage peut se remémorer le passé, car tous ses actes sont et ont été maîtrisés. Il peut alors convoquer son passé sans crainte, car tous les jours, les instants de sa vie antérieure ne sont porteurs d’aucun sentiment d’inutilité ou de vide.

La vieillesse elle-même des occupati est une déchéance : ils mendient un dérisoire supplément d’existence. Confrontés à leur condition de mortels par la maladie, ils se lamentent, constatant un peu tard qu’ils ont négligé de vivre et que leur existence a été totalement vaine.

A l’inverse, le sage n’a rien perdu, car il ne s’est rien laissé voler : il a su se tenir à l’écart des affaires, ne cultivant que les négotia compatibles avec la sagesse. Enfin, face à la mort, les occupati sont pleins de terreur, tandis que le sage se montre ferme.

La malheureuse condition des occupati

Ils éprouvent de l’angoisse tout au long de leur vie, qui résulte d’abord de l’idée qu’ils ont du temps (oubli du passé, désintérêt pour le présent, crainte de l’avenir). Leur vie, à leurs yeux, est interminable, parce qu’ils n’ont pas su utiliser au mieux le temps qu’ils ont su se ménager. Leur otium consiste en un dés-oeuvrement total. Certes, l’existence des occupati est constituée de moments privilégiés qu’ils attendent, mais ces instants « pleins » sont occupés par des activités stériles, voire condamnables marquées par la seule jouissance au sens bestial du terme ? Ces heures leur paraissent brèves, car ce sont les seules pendant lesquelles ils ont l’impression de vivre. Tout le temps intermédiaire leur est pesant, car il est vide (cf. là encore divertissement pascalien). Pendant leur vie même, ils ont conscience de la vanité de leur existence, de la présence inexorable de la mort, et cette angoisse existentielle, à la fois cause et conséquence de leurs multiples activités, les désespère. Le malheur de l’homme, c’est la conscience du caractère éphémère du plaisir ou de la joie. Il y a là une idée stoïcienne : le plaisir est engagé dans le temps, alors que la joie véritable du sage est éternelle. Pour échapper à ce poignant sentiment de l’éphémère, les occupati sont contraints à une fuite en avant qui est en fait une course à l’abîme. Le dernier degré où peuvent tomber les occupati est la soumission à autrui, l’aliénation à soi-même. Sénèque donne des exemples de ses contemporains, soumis à autrui, à leur image, à l’opinion qu’on peut avoir d’eux, mais ce n’est là en rien une vie véritable… !

                                                  L’otium

Sénèque exhorte Paulinus à viser l’ataraxie (paix du corps, tranquillité de l’âme), c’est-à-dire à choisir l’otium. D’où la définition précise qu’en propose Sénèque.

La perception philosophique du temps

Retour sur les occupati et leurs officia, c’est-à-dire leurs obligations sociales.

Sénèque évoque le clientélisme et la relation quémandeurs-patrons. Les quémandeurs s’agitent en vain, car ils rencontrent le plus souvent porte close ou la morgue hautaine, voire les bâillements ostensibles des patrons. Sénèque critique ici l’impolitesse des patrons (la courtoisie étant une vertu du stoïcisme). Pour les stoïciens, la solidarité et l’entraide doivent présider dans les relations entre les hommes. Les clients, enfermés dans un présent qui ne leur appartient pas, sont rendus à leur fébrilité, leur angoisse et leur solitude. N’existerait-il pas, alors, une autre forme de clientèle, n’appartenant pas au domaine social ?

Les avantages de l’otium.

Pour Sénèque, ceux qui donnent leur temps à la sagesse sont les seuls de tous les hommes à connaître le véritable otium, c’est-à-dire simplement à vivre. Le sage, en effet, sait s’approprier la durée qui l’a précédé et qu’il n’a pas vécue. Idée paradoxale : le sage vit, outre son existence propre, tous les siècles qui l’ont précédé. Trois notions permettent de définir la condition du sage :

+ la fréquentation des philosophes du passé, qui fait de nous leurs contemporains. Si nous ne nous monterons pas totalement inaptes à accueillir les richesses qu’ils nous offrent, nous pouvons fréquenter les philosophes du passé comme s’ils étaient nos contemporains. Dès lors, le temps est aboli : nous sommes contemporains de tous les siècles passés et nous avons accès à l’éternité, que nous vivons avec les plus grands esprits. Quel contraste avec l’étroite existence que nous donne le chemin de notre naissance à notre mort ! de plus, en opposition aux patrons vaniteux et hautains, ces grands hommes sont toujours disponibles, nous pouvons aller les trouver à n’importe quel moment, qui que nous soyons.

+ la liberté. L’occupatus est aliéné à autrui. Mais le sage (ou celui qui tend à la sagesse) est totalement libre face à ses illustres devanciers qui constituent sa vraie famille. Ceux-ci n’imposent rien. La grande leçon que peuvent donner ces philosophes, c’est la préparation à la mort. De plus, nous les choisissons, alors que nous n’avons pas le choix de notre famille biologique ou sociale.

+ le bonheur enfin trouvé. C’est l’immortalité. Les biens matériels sont fragiles, contingents, voués au néant. Rien ne résiste à l’action du temps, pas même les monuments, les décrets, les ouvrages ! En revanche, tout ce que la science, indissociable de la philosophie,  a établi l’est une fois pour toutes, et rien ne peut prévaloir contre ces acquis. Nous avons ici la certitude que les biens dont nous jouissons seront aussi à la disposition des siècles futurs.

En résumé, la vie du sage est longue. Il peut, grâce à ses devanciers, trouver le chemin de l’immortalité. Il voit son temps de vie dilaté. Cette immortalité s’explique par le fait que, pour le sage, tous les instants -le passé, le présent, l’avenir- sont confondus en un seul moment. Le sage est contemporain de l’éternité.

Le sage et les charges publiques. L'exemple de Paulinus

C’est là le vrai propos de Sénèque : exhorter Paulinus à se retirer des affaires et à jouir de l’otium, à viser l’ataraxie. Dès l’abord, Sénèque promet à son ami la tranquillité, s’expliquant par le fait que le sage s’affranchit du temps.L
Paulinus est chargé de l’approvisionnement de Rome en blé. Or un peuple qui a faim peut s’adonner à certaines extrémités et sa colère peut se retourner contre les responsables officiels qui ont à redouter à la fois une émeute et la colère du prince, injustifiée car il est le seul coupable. Or pendant sa charge, par sa compétence, Paulinus a pu échapper à de tels écueils. Sénèque conseille malgré tout à son ami de se retirer des affaires et ce pour deux raisons :

+ tout d’abord, toute charge doit être temporaire, car il ne faut pas oublier de songer à soi.

+ ensuite, une telle responsabilité n’était pas une vocation pour Paulinus. C’était un ministère, ce qui implique une dépendance.

L’initiation à l’otium.

Sénèque dit d’abord ce que n’est pas l’otium : inaction, sommeil ou plaisirs vulgaires. Sénèque oppose le repos contemplatif du sage à celui, stérile et oisif, de l’homme inoccupé. Puis il précise ce qu’est l‘otium : il consiste à s’évader de la foule et à redonner à sa vie personnelle la place qui lui revient. Mais que faire de cet espace intérieur reconquis ?

S’adonner à la sagesse, considérée comme une initiation à des mystères. Il s’agit de connaître la divinité dans son essence, à la fois matière et forme. Il faut aussi s’intéresser aux destinées de l’âme, et en particulier à son devenir après la mort. Dans l’otium, le sage peut alors contempler le merveilleux spectacle de la nature en s’interrogeant sur lui, en s’élevant au-dessus du monde ici-bas. L’idée générale est que le monde est strictement ordonné par la divinité et que la compréhension de cette mise en ordre constitue la sagesse.

Il est temps pour cette étude. Il ne fut pas la remettre à plus tard, quand on sera affaibli par l’âge. Et cette contemplation, résumée en quelques mots, donne la clé de la tranquillité recherchée, le calme de la vie intérieure, la libération par rapport à tout ce qui n’est pas nous. Le sage, parmi de nombreux avantages, va en effet pouvoir connaître :

+ les vertus qu’il faut aimer et pratiquer

+ l’oubli des passions

+ l’art de bien vivre et de bien mourir, qui sont indissociables.

On voit que la contemplation de l’univers, qui peut être une fin en soi, peut déboucher aussi sur une morale pratique et une approche de la vie philosophique.

 

Publié dans philosophie auteurs

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Bernard 05/05/2020 02:18

Totalement comblé pour les details du developpement personnelle
Merci