Persuader/convaincre (repères philosophiques)

Publié le par lenuki69

Persuader, convaincre
 
Cf. Gorgias ( dialogue de Platon ) : Socrate explique à Polos que ce qu’il attend de lui, c’est une attitude conforme à un dialogue véritable, où il s’agit de convaincre l’autre et non tenter de le persuader, ce qui suppose de renoncer aux usages pervers de la rhétorique et de son pouvoir de persuasion.
La persuasion est obtenue quand l’affect de l’autre est touché. Celui qui est persuadé est soit séduit, soit touché par telle ou telle corde sensible, soit impressionné de telle ou telle manière. La persuasion emporte donc l’adhésion de l’autre pour une toute autre raison que la démonstration de la vérité.
Tout au contraire, lorsque je cherche à convaincre, c’est précisément en m’adressant à la raison de l’autre et non à ses affects. Mes arguments sont alors de l’ordre de la logique, de la cohérence et de la preuve. Ils obéissent à une démonstration. Dans convaincre, il y a vaincre, terme certes guerrier. Lorsqu’on convainc l’autre il s’agit en effet de vaincre toutes les résistances rationnelles qu’il pourrait nous opposer. Mais cette victoire n’est pas tant une victoire sur l’autre que sur l’erreur et l’ignorance. Si l’autre s’incline, c’est parce qu’il est convaincu, c’est donc devant la vérité et non devant moi qu’il s’incline. C’est son pouvoir libre d’adhésion à la vérité qui suscite son assentiment.
Persuader est donc très différent de convaincre. Dans le premier cas, je cherche à manipuler l’autre à ma guise, bref je cherche le pouvoir sur lui et les mots sont les moyens de ce but, entre autres, car les gestes, le ton de la voix, le regard, etc. peuvent aussi jouer un rôle. Dans le second cas, je manifeste un réel respect pour l’autre, dans le sens où je nous place sur un même pied d’égalité. Certes, je crois détenir la vérité (sinon chercherais-je à convaincre l’autre ?) mais j’accorde à mon interlocuteur la même capacité que la mienne à comprendre et à raisonner, à s’incliner devant les faits, devant la réalité et la vérité. Je lui fais confiance, car je pense que nous sommes reliés par le même usage de la raison.
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