Les cellules souches (suite du dossier du Nouvel Obs)
On pourra presque tout soigner
Des essais concluants ont déjà été réalisés sur les animaux. Reste à perfectionner la technique pour l'appliquer aux humains
A quoi serviront les cellules souches, Graal de la médecine de demain ? En théorie, leurs possibilités sont quasi illimitées, puisqu'elles pourraient soigner toute
pathologie dans laquelle un tissu biologique est lésé ou détruit. En pratique, des médecins tentent déjà, en Asie, de traiter par des injections de cellules souches les patients paralysés après
une lésion de la moelle épinière. Ces essais, menés en Chine, en Corée ou en Thaïlande, sans validation scientifique, ne sont pas pratiqués dans les pays occidentaux, et en particulier n'ont pas
été approuvés par la Food and Drug Administration américaine (FDA) . Cela n'empêche pas les patients de faire le voyage des Etats-Unis à Pékin, Bangkok ou Séoul dans l'espoir qu'une injection de
cellules dans leur moelle épinière leur permettra de quitter leur fauteuil roulant. Bien que l'on ait épisodiquement annoncé des succès partiels, ils n'ont été ni confirmés ni reproduits, et les
médecins qui pratiquent ce type de thérapie abusent de la crédulité de leurs patients. Plus sérieusement, les recherches de Geoffrey Raisman, à l'University Collège de Londres, ont donné des
résultats prometteurs chez l'animal, mais ne sont pas encore applicables à l'homme.
Autre orientation de la recherche : le traitement des maladies dégénératives du cerveau, en particulier celle de Parkinson. La perspective à long terme est d'amener les cellules souches
précisément dans les zones lésées du cerveau afin qu'elles remplacent les neurones déficients. Des résultats ont été obtenus chez le rat par le Suédois Anders Björklund. Des essais encourageants
ont été entrepris chez l'homme en Europe et aux Etats-Unis, mais sont loin d'une efficacité démontrée. Des travaux moins avancés sont menés pour la chorée de Huntington et la sclérose latérale
amyotrophique.
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Chez les grands brûlés, on pratique des «autogreffes» de peau en cultivant des cellules provenant des zones saines de l'épiderme du patient. Ce procédé est encore imparfait et sa réussite dépend
du nombre de cellules souches présentes dans la culture de peau. Aussi cherche-t-on désormais à déterminer précisément où sont les cellules souches de la peau afin d'augmenter leur nombre dans la
culture et d'améliorer la qualité de la peau régénérée.
Un traitement a donné des résultats intéressants chez des patients souffrant d'infarctus du myocarde : on prélève des cellules souches de la moelle osseuse du malade et on les réinjecte au niveau
du coeur. L'effet bénéfique semble toutefois être dû à des facteurs sécrétés par les cellules injectées plutôt qu'à une véritable régénérescence du tissu cardiaque.
Enfin, les cellules souches fournissent une nouvelle piste de thérapie contre le cancer : les tumeurs produisent des cellules souches particulières qui sont responsables de la prolifération
cancéreuse et des métastases. D'où l'idée de concevoir des médicaments spécifiquement dirigés contre ces cellules souches, afin de traiter le cancer sans léser les cellules saines du patient.
Une approche encore plus sophistiquée associe cellules souches et manipulations génétiques. A Cambridge (Massachusetts) , l'Allemand Rudolf Jaenisch a prélevé des cellules adultes sur la queue de
souris atteintes de drépanocytose (maladie génétique du sang), les a «reprogrammées» et y a introduit un gène correcteur. Les cellules manipulées ont alors été réinjectées dans le sang des
souris, qui ont été partiellement guéries («Science», 7 décembre 2007) . Et l'équipe franco-italienne de Luis Garcia et Yvan Torrente a réussi, de son côté, à «corriger» des cellules souches
musculaires de patients atteints de la myopathie de Duchenne («Cell Stem Cell», 13 décembre 2007). Ces cellules manipulées ont ensuite été transplantées sur des souris «modèles» atteintes de la
pathologie, et leur état s'est amélioré. Il reste à perfectionner la technique pour pouvoir transplanter les cellules ainsi «réhabilitées» sur les patients humains. Ces recherches sont encore
loin des applications cliniques, mais la possibilité de combiner cellules souches et génie génétique ouvre d'immenses perspectives.