De la bêtise "intelligente"...

Publié le par lenuki69

Permettez-moi de soumettre à votre réflexion un extrait d'un ouvrage très tonifiant pour l'esprit : La bêtise s'améliore de Belinda Cannone, aux éditions Stock. Il correspond assez bien, dans l'ensemble, à ce que je pensais  mal, voire pas du tout (cf. Hegel à ce propos) faute d'avoir réussi à  bien le formuler...

« En fait, je me demande si le relativisme généralisé n’est pas une des formes contemporaines de la bêtise intelligente ». J’ai eu un frémissement, comme quand une nouvelle synapse est activée. C’était intéressant ça, le relativisme. Et ça fleurait bon et fort l’époque. Imperturbable, elle a continué : « Frankfurt* décrit la sottise du mécanisme qui consiste à estimer que, parce qu’il pense ne pouvoir identifier aucune essence des choses, l’individu tente d’être fidèle à sa propre nature. En somme, on passe alors du relativisme au culte du moi-moi. Car cette nature propre, ce soi-même, n’est-ce pas, comment pourrait-on l’appréhender et le décrire si l’on n’est même pas capable de concevoir et de définir ce qui nous entoure. Je sais que vous n’êtes pas très amateurs de romans, Gulliver et toi, mais c’est pourtant un observatoire très sûr de l’époque et je vous garantis que la production actuelle ne cesse d’illustrer ce règne de l’individu minimal bon seulement à parler de lui-même. Je me demande si la télé-réalité, les séances diverses de confession sous toutes ses formes, bref cette manie de l’exhibition n’est pas l’exact résultat du relativisme. Si le réel est inaccessible, alors la réalité n’est qu’un point de vue, elle n’est que ce que moi-moi en voit et en dit, et la bêtise contemporaine a vite fait d’affirmer que, parlant des choses, on ne parle que de soi -donc autant parler de soi. Mais soi, qu’est-ce donc, n’est-ce pas ? Frankfurt affirme qu’aucune théorie ou expérience ne permet de soutenir que la vérité la plus facile à connaître, pour un individu, serait la sienne. Et le philosophe conclut ainsi son petit livre : la sincérité, par conséquent, c’est du baratin. Stimulant, non ?

* Frankfurt est l'auteur d'un ouvrage pas mal non plus : De l'art de dire des conneries, éditions 10/18

Publié dans culture générale

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