Le philosophe et le loup (extrait)

Publié le par lenuki

essence de l'homme

Voici ce que dit l'auteur au début de son ouvrage à propos de la "nature" de l'homme, critiquant par là même toutes les conceptions "idéalistes" qui en ont été proposées par différents philosophes.

 

"Ce livre évoque aussi ce que cela signifie d’être un homme ou une femme – au sens non pas d’une entité biologique mais d’un individu doué de certaines capacités inaccessibles aux autres créatures. Nous aimons à nous raconter des histoires sur nous-mêmes, assorties de l’inévitable couplet sur la singularité de notre humanité. Cette originalité supposée tiendrait pour certains à notre aptitude à créer la civilisation et, du même coup, à nous protéger de la nature « aux crocs et aux griffes rougis [1] ». D’autres soulignent que nous sommes les seuls à jouir de la faculté de distinguer le bien du mal, et donc de décider d’être bons ou mauvais. D’aucuns soutiennent que nous sommes uniques, car nous possédons la raison, qui fait de nous des animaux rationnels dans un monde de brutes irrationnelles. Pour d’autres encore, c’est notre usage du langage qui nous sépare radicalement des bêtes muettes. Les uns attribuent notre singularité au libre arbitre et à la liberté d’action qui sont notre apanage, ou à l’amour dont nous sommes seuls capables ; d’autres encore la voient dans notre compréhension de la nature et des fondements du vrai bonheur, ou dans la conscience de notre mortalité.

Je n’adhère à aucun de ces points de vue dans la mesure où ils énoncent une différence capitale entre nous et les autres formes du vivant, auxquelles nous ne reconnaissons pas certaines aptitudes qui sont les leurs, quitte à nous parer de qualités qui nous font défaut. Quant au  reste, ma foi, c’est davantage une question de degré que de nature.

En réalité, notre spécificité tient simplement à notre façon de nous raconter de pareilles balivernes, tout en nous débrouillant – par-dessus le marché ! -  pour les gober. S’il fallait définir les êtres humains en une formule, ce serait celle-ci : des animaux prêts à croire les fadaises qu’ils inventent sur leur propre compte. Les humains sont des bêtes crédules."

                                                                       

 Mark Rowlands Le philosophe et le loup Pocket 2012  (traduit de l’américain par Katia Holmes)

 



[1] Alfred Tennyson, In Memoriam A.H.H., 1850. Citation souvent détournée par les tenants de la sélection naturelle qui s’opposaient aux idées de Darwin (note de la traductrice)

MarkRowlands

                                                                             Mark Rowlands et son loup

Publié dans culture générale

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