Liberté et nécessité (Spinoza)

Publié le par lenuki

Comment Spinoza associe-t-il liberté et nécessité ?
Comme vous le remarquez souvent vous-même, être libre c'est avoir le choix, du moins c'est là l'opinion commune, ce que chacun de nous est porté à penser spontanément. Cette conception est même philosophiquement assez classique : elle repose sur une conception de la liberté comme "libre-arbitre", c'est-à-dire faculté de se déterminer, de choisir par soi-même. Descartes la nomme "liberté de la volonté". Or c'est précisément cette position que Spinoza va réfuter. Pour Spinoza, l'idée d'une liberté comme absence de contrainte, ou comme liberté de la volonté (un raisonnement du type : "je suis libre si je fais ce que je veux, si rien ne m'en empêche, si je ne subis aucune contrainte...") n'est au mieux qu'une illusion. En effet, pour lui, chacun de nos actes, comme chaque nouvel événement dans la nature est produit, engendré par des causes c'est-à-dire par d'autres actes ou d'autres faits. Si le vent se met à souffler, ce n'est pas que quelqu'un l'a décidé, c'est un fait qui est déterminé par des causes , de la même manière si un enfant boit du lait, ce n'est pas qu'il l'a décidé (contrairement à ce qu'il croit), c'est qu'il était déterminé à le faire par des causes (la soif qui est un besoin qui nous vient de la nature, le choix du lait qui répond lui aussi au besoin de calcium d'un enfant de son âge, ...). "Les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent" dit Spinoza (Appendice de la partie I de l'Ethique). Et la liberté alors ? Elle n'est pas abolie pour autant et c'est cela qui fait la force de la position de Spinoza : la liberté se conquiert d'abord par la connaissance de ces causes qui déterminent nos actes et nos choix. Si par exemple vous avez "choisi" une carrière scientifique, réfléchissez aux critères qui ont déterminé ce que vous appelez encore un "choix" : l'influence de votre milieu familial, le prestige qui leur est accordé dans le système scolaire, l'envie de faire comme les copains, ... , même ce que vous pensez être un goût pour les sciences, n'est-ce pas lié à une certaine éducation ? Ainsi pour Spinoza, la liberté devient une exigence : il faut constamment faire cet effort réflexif de connaissance de soi pour comprendre ce que je suis, ce qu'est ma propre nature, c'est-à-dire ce qui détermine mes actes. Un acte libre est alors un acte qui correspond à ma nature (sachant que cette nature est elle-même déterminée), un acte dont je suis donc moi-même la seule cause, un acte qui "suit" de ma nature (Spinoza appelle cela "être cause adéquate de ses actes"). Etre libre signifie donc toujours agir librement. Ainsi on pourrait presque dire que pour Spinoza un acte libre est un acte pour lequel on n'a plus l'impression d'avoir le choix : je sais au moment où je l'accomplis que c'est cet acte qui me correspond le mieux, que cet acte est produit par ma nature... La solution de Spinoza au problème consiste donc bien à réconcilier liberté et nécessité : la liberté n'a de sens que comme "connaissance de la nécessité".

Publié dans politique et morale

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