Corrigé d'exercices en classe Devoir T 4

Publié le par lenuki

Thème, thèse et idées principales du texte suivant :
" Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée ; car chacun pense en être si bien pourvu que ceux même qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en désirer plus qu'ils en ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent : mais plutôt cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égale en tous les hommes ; et ainsi que la diversité de nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos pensées par diverses voies, et ne considérons pas les mêmes choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal est de l'appliquer bien. "
                                                                                 Descartes     Discours de la méthode
 
Interrogez la question suivante : Faut-il toujours être raisonnable ? 

Interrogez la question suivante en définissant la raison : la raison est-elle bien ce qui distingue l'homme de l'animal?
 
                                            Corrigé des exercices
 
A.   Texte de Descartes
                   
Thème : la raison
Thèse : « le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » ou (ce qui signifie la même chose) « la puissance de bien juger….est naturellement égale en tous les hommes »
 
Idées principales
  1. Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée
  2. Argument : ceux-là même qui sont toujours insatisfaits n’en désirent pas plus qu’ils en ont
  3. Cela témoigne de l’universalité naturelle de la raison : la raison qualifie donc l’homme en propre
  4. D’où question : comment se fait-il alors que les opinions humaines soient aussi diverses ?
  5. Cela ne peut provenir de la raison, égale en tous
  6. D’où : cela ne vient-il pas alors d’un manque de méthode dans la recherche de la vérité ?
  7. C’est pourquoi l’essentiel n’est pas d’avoir l’esprit bon, mais de l’appliquer bien…
 
 
B.   Faut-il toujours être raisonnable ?
 
Etre raisonnable, n’est-ce pas être capable d’agir conformément à la raison ?
Ainsi, une personne déraisonnable est une personne qui agit ou se comporte d’une manière irréfléchie, sans mesurer les conséquences de ses actes. En ce sens, le fou n’est pas raisonnable, et le passionné ne l’est pas non plus.
Mais tout usage de la raison conduit-il nécessairement à être raisonnable ? Le passionné ne peut-il pas se servir de sa raison pour mieux parvenir à ses fins ? En ce sens, n’y aurait-il pas, alors, de bons et de mauvais usages de la raison ?
De plus, « faut-il » peut avoir deux sens :
  • Est-il nécessaire de… ?
L’usage de la raison ou la conformité de son action à la raison sont-ils de l’ordre des besoins vitaux ? De plus, l’idée de nécessité n’exclurait-elle pas le libre usage de la raison ?
  • Doit-on, est-ce une obligation, un devoir moral de…
Or la conformité à la raison, n’est-elle pas la garantie d’un devoir moral ?
Donc, s’il est souhaitable, pour qu’un comportement soit moral, d’être raisonnable, est-ce toujours souhaitable ? La moralité serait-elle la condition du bonheur ? Si c’était le cas, au vu de nos écarts de conduite du point de vue de la raison, pourrions-nous être heureux ?
Ici, ne serait-ce pas le « toujours » qui poserait problème dans la question ?
Peut-on toujours être raisonnable ?
Et si on ne le peut pas, au nom de quoi le faudrait-il ?
Enfin, si les hommes avaient toujours été raisonnables, auraient-ils pu progresser, développer leurs potentialités ? Combien de révolutions, d’œuvres grandioses, de réalisations techniques ou de prouesses scientifiques seraient restées impossibles si leurs auteurs avaient été trop raisonnables ?
   C. La raison est-elle bien ce qui distingue l'homme de l'animal ?     
Que l'homme soit défini par la raison est une chose assez évidente lorsqu'on regarde l'histoire de la philosophie et l'évolution des idées. Platon, comme Aristote et les stoïciens, avaient insisté sur cette importance de la raison, qui permet de distinguer le vrai du faux et le bien du mal. Pourquoi insister sur ce critère ? En raison des similitudes qui peuvent par ailleurs exister entre l'homme et l'animal. En effet, l'animal peut avoir des mimiques humaines (pensez aux singes), peut donner l'impression qu'il parle (pensez x perroquets), qu'il s'organise socialement (pensez aux fourmis), qu'il travaille (pensez aux abeilles) ou encore qu'il est intelligent (pensez aux dauphins). Dès lors seule la raison est un concept pertinent pour penser une différence essentielle de l'homme par rapport à l'animal. Car l'être humain ne cesse d'évoluer, est toujours autre que ce qu'il était à sa naissance et cette évolution n'est pas inscrite dans des gènes mais résulte de la capacité qu'à l'homme de toujours viser ce qui est possible, pas seulement ce qui est réel. D'autre part, l'homme est raisonnable au sens où il peut être autonome, agir conformément à sa volonté lorsqu'elle n'est pas déterminée par des mobiles sensibles mais des motifs moraux. Ainsi seul l'homme peut agir conformément à des principes et des exigences intellectuels qui ne sont pas posés par la nature. Enfin l'homme est soucieux de vérité et son discours n'est pas le fait d'une imitation. Vous voyez donc que nous devons supposer cette différence essentielle qu'est la raison, sans quoi il n'y aurait pas de raison d'affirmer que l'homme est un animal, certes plus évolué, mais un animal quand même. Le postulat de la raison est donc lui-même un signe de notre raison. C'est pourquoi on définit traditionnellement l’homme comme un être doté de raison. C’est à partir de la raison que nous le distinguons généralement de l’animal. Se demander si la raison est spécifiquement humaine consiste donc à s’interroger sur la légitimité d’une telle définition. Ne peut-on pas attribuer la raison à l’animal ? Ne peut-on pas même trouver une rationalité dans le monde, dans l’ordre des choses ? Il serait donc nécessaire de saisir ce qui nous conduit à dire que la raison est le propre de l’homme. Ici, vous pouvez tout simplement vous référer aux premières pages de la Politique d’Aristote lorsqu’il définit l’homme comme un « animal politique ». Aristote commence par distinguer l’homme de l’animal en disant que l’homme est un être qui parle, qui est doté de logos (langage, raison). L’homme signifie alors que l’animal au mieux exprime. Vous pouvez également alors montrer que l’homme est capable de s’interroger sur des valeurs et de fixer des fins, des buts à ses actions. Ici, vous pouvez vous reporter aux analyses de Kant au début des Fondements de la métaphysique des mœurs. Kant montre ainsi que la nature ne fait rien en vain et qu’elle a doté l’homme de raison. Mais, une fois encore, qu’est-ce qui lui permet ainsi d’affirmer que la raison est spécifiquement humaine ? Pourtant, ne peut-on pas dire qu’il y a aussi une rationalité dans le monde ? Ici, vous pouvez penser aux analyses des Stoïciens lorsqu’ils montrent en quoi il faut se conformer à l’ordre du monde. Néanmoins, si la raison est comprise comme une faculté, n’est-elle pas le propre de l’homme? Il s’agirait alors de montrer que si seul l’homme est un être doté de raison, cela ne signifie pas nécessairement qu’il soit toujours raisonnable.
 
 
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