Les vieux ne sont plus ce qu'ils étaient....

Publié le par lenuki


Vive les vieux !

 
  Claude Lévi-Strauss, anthropologue : 100 ans ; Manuel de Oliveira, cinéaste : 100 ans ; Stéphane Hessel, diplomate jovial, rédacteur de la Charte des droits de l'homme récemment célébrée : 92 ans ; Edgard Pisani, ancien ministre du Général : même âge, même jovialité - « Je me projette sans scrupule dans le futur des systèmes éducatifs », dit-il sans fard. À côté, Clint Eastwood, 80 ans, est un jeunot et Agnès Varda, également 80 ans, une jeunette. Elle l'est en effet. Il suffit de voir son dernier film, Les Plages d'Agnès, pour comprendre que vieillir n'a pas grand-chose à voir avec un « naufrage ». La fraîcheur de son dernier exercice cinématographique est là pour con­tredire tous les clichés.
  On pourrait désormais citer par dizaines, voire par centaines, celles et ceux qui, contre l'usure du temps, continuent de nous épater. Mais là n'est plus la question, puisque nous sommes tous condamnés à vivre, donc à vieillir, plus longtemps. La question est de savoir pourquoi l'activité intellectuelle, nour­rie par l'incessante curiosité au monde, peut produire de manière aussi constante une telle énergie créatrice. Le talent certes, mais est­ce la seule explication ? Voltaire, pourtant malade, en savait quelque chose. Il mourut à 84 ans, en plein chantier d'écriture et dans un siècle, le XVIII
 e , où ils n'étaient pas si nom­breux à vivre au-delà de 50 ans. Ce qui est nouveau, c'est qu'il n'est plus exceptionnel de produire de l'intelligence et de la beauté à ces âges avancé de la vie.
  Jean d'Ormesson, 84 ans, toujours pétulant, en est l'illustration la plus médiatique : il use de son talent d'« hommes de lettres » pour dé­montrer dans ses derniers ouvrages (en parti­culier Qu'ai-je donc fait chez Robert Laffont) ce dont est capable un octogénaire habile et érudit. C'est-à-dire continuer à régaler les autres de sa seule existence. Il y réussit à merveille. Vieillir, donc, ne serait plus une tare si, d'une manière ou d'une autre, la gloire est au rendez-vous.
  On oublie que ces cas-là, parce qu'ils se­ront de plus en plus nombreux à occuper les médias, vont faire école ; que la tentation de comparer leurs « travaux » avec les jeunes gé­nérations se feront de plus en plus visibles ; que la « pipolisation » des meilleurs d'entre eux conduira au mimétisme et qu'enfin, la pers­pective gérontocratique changera puisqu'elle ne pourra plus être un prétexte pour s'étioler. Nous sommes en face d'un phénomène unique dans l'histoire de l'humanité (merci la science). Le jeunisme risque d'être détrôné par le « vieillisme » pour les mêmes raisons qui ont profité au premier : le culte de la per­formance. Avec des figures d'octogénaires qui semblent surgir régulièrement de nulle part, avec leurs lots de surprises, on peut imagi­ner que le curseur de cette performance va se déplacer à toute vitesse. Et le marché avec. Il donnera raison à Roger Martin du Gard qui prétendait déjà - c'était dans les années 50 - que « la jeunesse en France, on ne l'admire que chez les vieillards » .
 Jean-Michel Djian
 Journaliste

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