Amour, mariage et bonheur

Publié le par lenuki

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Peut-on concilier sentiment amoureux et mariage et si oui à quelles conditions ?


On a vu, à partir d’une lecture fort brève de Julie ou La Nouvelle Héloïse (Rousseau) toute la difficulté à concilier passion  amoureuse et bonheur conjugal, Julie devant sacrifier l’une pour préserver l’autre. Mais qu’est-ce qui empêcherait d’être « heureux en ménage » ? Pourquoi ne pourrait-on pas fonder le lien conjugal sur l’amour, comme le prétend la modernité (cf. la polémique actuelle à propos du mariage pour tous), et ce malgré le nombre de divorces qui en manifestent toute la difficulté ? Cela ne tiendrait-il pas aux caractéristiques antinomiques du sentiment amoureux et du lien conjugal (ou mariage) ? Or une telle antinomie est-elle vraiment insurmontable ? A quelles conditions peut-on aimer durablement et être heureux, malgré tout ?

babara chanson d'amour


Les caractéristiques du sentiment amoureux :

+ il se vit à deux individus, donc il s’agit d’une réalisation individuelle

+ il est vécu dans l’immédiateté du présent

+ il est involontaire (on tombe amoureux ; cela nous échoit, on ne se lève pas le matin en le voulant ou le décidant… !). Exemple type : le coup de foudre

+d’où une question : comment être certain de la durée de ce sentiment, comment savoir si on éprouvera encore demain les affects d’aujourd’hui ?


Les caractéristiques du lien conjugal :

+ c’est une institution sociale (le mariage), qui a ses codes et ses règles plus ou moins imposés

+ il est volontaire (sauf mariage forcé ou de raison) : on choisit de se marier, et on s’engage, en se promettant fidélité (« l’amour toujours »)

+ il se veut durable, comme toute promesse, qui engage l’avenir au nom du présent


On remarquera l’opposition radicale et quasi symétrique entre le sentiment amoureux et le mariage. N’est-il donc pas suicidaire de vouloir fonder le mariage sur l’amour ? De plus (cf. la « cristallisation »), le sentiment amoureux idéalise la personne aimée, au point de la parer de toutes les qualités. Or c’est vis-à-vis de cette « personne rêvée » que l’on s’engage. Mais comment être sûr que la banalité quotidienne ne va pas, au fur et à mesure, « effeuiller la marguerite » au point de la réduire à sa plus simple expression, une personne que l’on ne pourra plus aimer parce qu’elle aura perdu toute son aura ? On tombe alors une seconde fois, mais des nues…. !

amour heureux etrange histoire

N’est-il pas risqué de fonder le réel (l’existence auprès de l’être tel qu’il est) sur l’imaginaire (l’amour pour l’être tel qu’on le rêve) ? N’est-ce pas au nom de ce problème que l’amour doit se transformer s’il veut durer, en s’approfondissant, c’est-à-dire en gagnant en compréhension ce qu’il perd en intensité ? D’où l’idée de Rousseau : l’amour-passion ne peut durer que s’il accumule les obstacles qui le rendent impossible, entre autres la distance et la séparation. Or la mariage est une union qui implique la présence réelle et quasi quotidienne. C’est en ce sens qu’il peut être assimilé à une aventure, puisqu’il se veut d’amour et non pas de raison ! A quelles conditions une telle aventure peut-elle durer ?

 

N-y-A-T-Il-Pas-D-amour-Heureux-

  • En partant d’abord de l’idée que « mieux vaut tenir que courir », c’est-à-dire que la réalité (ce que je tiens ici et maintenant) est supérieure à la vie imaginaire (ce après quoi je cours sans savoir si cela existera jamais). Le présent, en ce sens, n’est-il pas un don qu’il faut savoir saisir ?
  • En se décentrant pour s’ouvrir à la réalité de l’autre (alors que dans le phénomène de cristallisation, on n’aime que son propre rêve, c’est-à-dire que soi-même). Ce qu’on peut décrire comme étant le passage d’un amour « captatif » (qui prend) à un amour oblatif (qui donne et se donne).
  • En faisant du bonheur de l’autre la médiation de son propre bonheur. Pour cela, il faut s’attacher à une personne singulière, bien réelle, et vouloir son bien (bienveillance).
  • L’amour, alors, n’est plus subi (passion→passif) mais il agit pour unir deux solitudes en une sollicitude réciproque qui est une manière d’aimer en vérité, non pas en se regardant l’un l’autre, mais en regardant ensemble dans la même direction….

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