Démocratie, vertu et politique

Publié le par lenuki

montesquieu

Vous remarquerez qu'il m'arrive rarement de prendre position à propos de l'actualité, sauf parfois en ce qui concerne des sujets de société. Mais au vu de ce qu'il faut bien appeler les "frasques " de certains ministres (certes libéraux), comment ne pas évoquer certains fondamentaux de la réflexion politique ? Rappelons, d'abord, qu'une démocratie ne tient que par  participation effective des citoyens. Or si ceux qui nous gouvernent donnent le sentiment de se désintéresser de l'intérêt commun pour privilégier quelques intérêts particuliers, que ce soit ceux de grands groupes  économiques  ou d'eux-mêmes, alors les citoyens désaffecteront les urnes et il en sera fini de la démocratie....Et ce qui se profilera à l'horizon ne sera sans doute pas le "despotisme doux" que craignait Tocqueville, mais celui de ceux qui ont toujours fait de la morale leur fond de commerce...!

 

Mais laissons parler Montesquieu:

« C’est dans le gouvernement républicain que l’on a besoin de toute la puissance de l’éducation. La crainte des gouvernements despotiques  naît d’elle-même parmi les menaces et les châtiments; l’honneur des monarchies est favorisé par les passions, et les favorise a son tour: mais la vertu  politique est un renoncement à  soi-même, qui est toujours une chose très pénible.

On peut définir cette vertu, l’amour des lois et de la patrie. Cet amour, demandant une préférence continuelle de l’intérêt public au sien propre, donne toutes les vertus particulières ; elles ne sont que cette préférence.

Cet amour est singulièrement affecté aux démocraties. Dans elles seules, le gouvernement est confié a chaque citoyen. Or, le gouvernement est comme toutes les choses du monde : pour le conserver, il faut l’aimer.

On n’a jamais ouï  dire que les rois n’aimassent pas la monarchie, et que les despotes haïssent le despotisme.

Tout dépend donc d’établir dans la république cet am

our; et c’est à l’inspirer que l’éducation doit être attentive. Mais, pour que les enfants puissent l’avoir, il y a un moyen sur : c’est que les pères l’aient eux-mêmes.

On est ordinairement le maître de donner à ses enfants ses connaissances; on l’est encore plus de leur donner ses passions.  Si cela n’arrive pas, c’est que ce qui a été fait dans la maison paternelle est détruit par les impressions du dehors.

Ce n’est point le peuple naissant qui dégénère; il ne se perd que lorsque les hommes faits sont déjà corrompus ».

Montesquieu, L’esprit des lois , Tome 1, Livre 4, chapitre 5

 

 

Ici, Montesquieu nous rappelle que la démocratie exige nécessairement la vertu politique, ce qu'ont sans doute "oublié " certains hommes politiques actuels, qui confondent allégrement le privé (leurs propres vacances) et le public (les intérêts de l'Etat qu'ils doivent servir,  comme leur nom de ministre l'indique). Or la vertu politique, selon Montesquieu, c'est "l'amour des lois et de la patrie". Idéalisme désuet ? Certes, on ne peut exiger de nos ministres qu'ils soient des saints ou des héros. Mais ne peut-on leur demander décence et exemplarité ? Et s'ils en sont incapables, ne devraient-ils pas démissionner ?

Dans ce texte, Montesquieu distingue le despotisme, la monarchie et la démocratie. Le despotisme s'impose par la crainte et il ne tient que par elle, comme certains événements récents nous l'indiquent fort à propos. Sauf à devenir despotique, la démocratie ne peut pas s'appuyer sur un tel fondement. La monarchie, elle, tient par les passions (nécessairement nobles) qu'elle inspire, comme l'honneur, par exemple. Or la démocratie, fondée sur l'égalité, ne peut pas s'appuyer sur un tel fondement, qui établit une distinction. Il ne lui reste plus que la vertu, c'est-à-dire la moralité publique des hommes politiques, qui ne doivent qu'à eux-mêmes ce qu'ils sont. Comment alors inspirer une telle vertu sinon par l'éducation? Ainsi ce qui permet à la démocratie de se conserver, ce serait la vertu et l'éducation. Souhaitons que nos hommes politiques retrouvent le sens démocratique tel qu'il est défini par Montesquieu....

 

 

Un second texte de Montesquieu est tout aussi instructif et encore plus ... exigeant:

« L'amour de la démocratie est celui de l'égalité.

L'amour de la démocratie est encore l'amour de la frugalité. Chacun devant y avoir le même bonheur et les mêmes avantages, y doit goûter les mêmes plaisirs, et former les mêmes espérances ; chose qu'on ne peut attendre que de la frugalité générale.

L'amour de l'égalité, dans une démocratie, borne l'ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à sa patrie de plus grands services que les autres citoyens. Ils ne peuvent pas lui rendre tous des services égaux ; mais ils doivent tous également lui en rendre. En naissant, on contracte envers elle une dette immense dont on ne peut jamais s'acquitter.

Ainsi les distinctions y naissent du principe de l'égalité, lors même qu'elle paraît ôtée par des services heureux, ou par des talents supérieurs.

L'amour de la frugalité borne le désir d'avoir à l'attention que demande le nécessaire pour sa famille et même le superflu pour sa patrie. Les richesses donnent une puissance dont un citoyen ne peut pas user pour lui ; car il ne serait pas égal. Elles procurent des délices dont il ne doit pas jouir non plus parce qu'elles choqueraient l'égalité tout de même. »

                                                                L’Esprit des lois  Livre V chapitre 3

 

Sans aller jusqu'à l'amour de la frugalité, ne pourrait-on demander un peu de retenue de la part de ceux qui nous gouvernent ? Voire un peu de tenue, tout simplement ?

 

 

vertu politique

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M

oui, commentaire elliptique ... mais articles sur mon blog bâclés ! en fait merci pour votre article bien mieux rédigé que le mien ! :)
amicalement
Mirabelle


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M

Bonjour,

je découvre votre blog, et cet article ... nous avons eu à peu près la même idée ... moi auprès vous et en beaucoup moins bien ... ( désolée, je bâcle ...)
je vous mets en lien
amicalement
Mirabelle


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L


Merci pour ce commentaire que je qualifierais d'elliptique plutôt que de bâclé...


Cordialement