La culture est-elle une seconde nature?

Publié le par lenuki


1. Analyse des termes du sujet

+ La culture : ensemble des productions humaines spirituelles (lois, croyances, …) et matérielles (monuments, outils,…). Culture = ce que l’homme ajoute à la nature. Si, par culture, l’homme crée un monde qui constitue son environnement, il semble que la culture soit négation de la nature.

+ nature : ce qui est déjà là, non transformé par l’homme. Mais (second sens) la nature de l’homme = ce qui le définit en propre, son essence. D’où : l’homme peut-il être défini comme un être culturel ?

2. Problématique et plan

Parler de seconde nature, c’est présupposer qu’il y a une première nature => est-ce chronologiquement ou bien l’homme est-il, par nature, un être culturel ?

Puisque les cultures sont diverses, dire que telle culture est une seconde nature, n’est-ce pas tendre vers l’ethnocentrisme, considérer que ma culture est obligatoire, et donc la meilleure, au détriment des autres cultures ? Comment ce qui relève de l’histoire et de la diversité peut-il être considéré comme inné et universel ?

Il faut donc distinguer une culture particulière, qui est le fruit de l‘histoire, de la culture (phénomène de négation du donné naturel) qui est une tendance universelle, naturelle à l’homme.

Plan proposé :

a) en quel sens peut-on concevoir la culture comme une seconde nature ?

b) la culture est le propre de l’homme

c) danger de l’assimilation de la culture à la nature

3. Pièges à éviter

+ ne pas omettre de prendre en compte « seconde » qui implique que l’on s’interroge sur ce que pourrait être la nature première de l’homme, si elle existe.

+ la nature ne désigne pas, ici, essentiellement l’environnement dans lequel vit l’homme, mais son essence ( = ses caractéristiques propres, ce qui le différencie des autres êtres vivants).

Introduction

Beaucoup de choses nous semblent naturelles alors qu’elles sont le fruit de la culture : nous oublions souvent que ce qui est normal n’est pas forcément naturel. Ainsi dire bonjour est un acte culturel qui nous semble paradoxalement naturel. Doit-on pour autant en conclure que la culture est une seconde nature ? En transformant l’homme et son environnement, la culture semble, en effet, remplacer une nature première. Mais qu’est-ce que cette nature première ? Peut-on concevoir l’homme indépendamment de la culture ? Si l’homme ne se réalise que dans la culture, ne doit-on pas en conclure qu’il est, par nature, un être de culture ? Est-il naturel à l’homme d’être un être de culture ou bien la culture se présente-t-elle comme la négation d’une nature originelle ?

1. En quel sens peut-on concevoir la culture comme une seconde nature ?

a) la culture comme négation de la nature.

Qui dit culture dit transformation du donné naturel (cf. travail, technique, art). La culture est ainsi l’autre de la nature, l’artifice venant la remplacer. Mais si la culture est une seconde nature, cela en présuppose une première. Quelle est-elle ?

b) une première nature introuvable

Nature de l’homme = l’ensembles de ses caractéristiques essentielles. Doit-on alors la chercher dans des caractéristiques biologiques (cf. texte de Merleau-Ponty : le corps biologique ne définit pas l’homme en propre) ? Le corps humain est un corps vêtu, tatoué, etc., c’est-à-dire traversé par la culture.

c) la nature : un modèle pour penser la culture, non une réalité.

Cf. état de nature chez Rousseau = un modèle théorique, non historique et si Rousseau l’utilise, c’est pour mieux dénoncer ce qui nous semble naturel à l’état social (privilèges, par exemple). La nature est une idée construite par la culture.

2. La culture est le propre de l’homme

a) l’homme est, par nature, un animal politique

C’est par la vie en société, l’utilisation du langage,  la différence établie entre le juste et l’injuste, que l’homme se distingue des autres animaux et acquiert son humanité.

b) la culture comme essence de l’homme

L’homme est un être indéterminé à la naissance => il doit advenir par la culture. Or l’homme acquiert son humanité par transformation de la nature. Donc la culture est une des caractéristiques essentielles de l’homme.

c) histoire et contingence

Art, travail et techniques sont autant de domaines qui manifestent le caractère culturel de l’homme. L’homme évolue, il a une histoire, et les formes que prend la transformation du monde, n’étant pas déterminées, sont contingentes. D’où une question : n’y a-t-il pas danger à considérer l’homme comme un être culturel par nature, alors même que les cultures sont diverses ?

3. La danger de l’assimilation de la culture à la nature

a) on ne naît pas homme, on le devient

Eduquer, ce n’est pas supprimer le naturel, mais l’humaniser. La culture est l’accomplissement de la nature humaine.

b) le risque de l’ethnocentrisme

Mais toute éducation est particulière et transmet des traditions. D’où : comment voir l’unité du genre humain dans une si grande diversité ? Si l’humanité réside dans l’intégration à une culture, ne risque-t-on pas de considérer notre culture comme l’accomplissement de l’humanité ? Notre culture nous imprègne et ce qui relève du normal devient bien vite naturel. D’où la tentation de l’ethnocentrisme.

 

Conclusion

S’il faut distinguer norme et nature, il n’en reste pas moins que l’homme est un être culturel par sa tendance à transformer la nature et lui-même. Mais comme cette transformation est toujours à refaire, on ne peut pas y voir une « nature originelle » qui reste donc introuvable….

 

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N
La culture peut être une seconde nature chez l’homme ?
Répondre
L
Oui, dans la mesure où, si la nature de l'homme est d'être un être culturel, il n'empêche que cette nature "culturelle" suppose la transformation de la nature originelle qu'il s'agit de "civiliser" voire de "moraliser" pour rendre les hommes capables de vivre en société.