Le bonheur et le mérite

Publié le par lenuki

                            

 

bonheur 3   Le bonheur se mérite-t-il ?

 

I. Quelques connaissances et réflexions 

+ Le bonheur se mérite, ce qui amène à nier qu’il ne soit qu’une question de chance. C’est pourquoi il faut mettre en œuvre tous les moyens pour être heureux, ce qui suppose des efforts à faire, qui paradoxalement risquent de compromettre le bonheur recherché…Le bonheur comme récompense du courage ou de l’habileté.

+ Conséquence : on est responsable de son propre malheur, au moins partiellement.

+ Or il n’est pas certain que la vie soit juste : la joie ne va pas nécessairement aux plus méritants. De plus, même pour les religions, le paradis est souvent perçu comme une compensation posthume des malheurs d’ici-bas…

+ Remarque : le succès des horoscopes, selon lesquels pour que je sois  heureux, il faut que les astres me soient favorables. D’où : dans quelle mesure santé, réussite, bonheur dépendent-ils de moi ?

+ Enfin, peut-être les choses n’ont-elles que la valeur qu’on leur attribue, d’où des favorisés par la chance malheureux et des « laissés pour compte » de la chance malgré tout heureux ?

 

II. Le sens de la question  posée

Ni la notion de bonheur, ni celle de mérite ne sont évidentes, et c’est pourquoi on ne peut qu’émettre des hypothèses.

+ Quelqu’un, mettant tout en œuvre, peut-il escompter le bonheur en récompense ? Celui qui a réussi sa vie l’a-t-il vraiment mérité ?

+ La vertu s’accompagne-t-elle toujours de satisfaction intérieure analogue au bonheur ? le vice rend-il nécessairement malheureux ?

+ Dire que le bonheur se mérite, n’est-ce pas postuler une sorte de justice immanente par laquelle le bien serait toujours récompensé et le mal toujours puni ? Mais en quoi consistent le bien et le mal ?

 

III. De quelques références 

Kant critique stoïcisme et épicurisme car ces sagesses postulent un lien entre la vertu et le bonheur.

+ Stoïcisme : partant de la vertu, il enseigne que le sage parvient nécessairement au bonheur s’il a réussi à conquérir sa liberté intérieure, fondée sur la célèbre distinction entre ce qui dépend de moi et ce qui n’en dépend pas, me permettant de vouloir ce qui arrive.

+ Epicurisme : le bonheur est le souverain bien, et la vertu un calcul raisonnable des plaisirs (d’où la réprobation de Kant)

C’est pourquoi selon Kant le bonheur ne se mérite pas, car il arrive que le crime soit récompensé et la vertu bafouée. D’où le postulat d’un au-delà pour rétablir la justice. Néanmoins, pour Kant, on peut se rendre digne du bonheur. Cf. exemple du Livre de Job, dans la Bible : il n’y a pas de relation de cause à effet entre la « réussite » et le mérite.

 

IV. Un plan possible

I. « Le bonheur se mérite » : quelle part de vérité ? Cf. Aristote : tout homme veut être heureux. Comment comprendre alors, si le bonheur n’est qu’une question de volonté, qu’il y ait autant de malheureux ? Est-ce à dire pour autant que le bonheur ne soit qu’une question de chance ou de hasard ? Ne peut-on pas penser qu’il ne suffit pas de vouloir, mais encore qu’il faut bien orienter sa volonté, par un travail sur soi-même, pour éviter d’être malheureux ? Cf. les sagesses antiques, mais aussi Alain, dans Propos sur le bonheur : le bonheur est un art de vivre, qui implique certaines « recettes ».

II. Mais l’idée que le bon heur se mérite n’a-t-elle pas des implications idéologiques ? N’est-elle pas confortable pour ceux qui ont réussi dans la vie ou que l’ordre établi satisfait ? N’est-ce pas une manière bien commode de se débarrasser de l’injustice (« ceux qui se plaignent n’ont qu’à…. ») ? Il n’est pas évident qu’on puisse réussir dans la vie en restant honnête. Cf. Platon : c’est l’injuste qui fait tous les efforts pour paraître juste, alors que le juste ne se soucie pas des apparences. Or les hommes ne jugent-ils pas sur les apparences ? En ce sens, l’injuste n’a-t-il pas plus de chances de réussir que le juste ?

III. Le bonheur ainsi conquis, au mépris de toute moralité, est-il un véritable bonheur ? Cf. Platon : il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. Le bonheur n’est-il pas affaire d’harmonie avec soi-même, avec autrui, avec l’univers dans son ensemble ? Selon Platon, le mérite n-est-il pas le résultat d’une volonté héroïque ? En effet, selon lui, « nul n’est méchant volontairement » : ce qui ne signifie pas que nul n’est méchant, mais que ceux qui commettent le mal le font par ignorance du bien véritable, c’est-à-dire par inconscience. Donc, selon Platon, pour être heureux, il faut chercher la vérité. Ce qui nous empêche d’être heureux, en effet, ne serait-ce pas que nous aimons trop nos illusions, au point de transformer nos vies en fables dont nous serions les héros, tantôt triomphants, tantôt victimes ?

 

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Publié dans politique et morale

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