Les animaux sont-ils comparables à des machines?

Publié le par lenuki

singes

 

Incongruité apparente de la question : il est bien évident que les animaux ne sont pas des machines, même pour un  petit enfant, pour qui la différence entre un objet inerte et un être vivant, c’est que ce dernier « bouge tout seul ». En termes plus philosophiques : l’être vivant « a en lui-même le principe de son propre mouvement » (Aristote). Mais n’est-ce pas aussi le cas des automates ?

De plus, les machines sont produites artificiellement tandis que les animaux le sont naturellement. Cela signifie que les machines sont le résultat d’une intention, et sont fabriquées en vue d’une finalité bien déterminée, alors que les animaux ne sont pas la conséquence d’un projet préétabli (cf. Darwin). Une maladie n’est pas la même chose qu’une panne : d’une part l’organisme malade continue de fonctionner, même mal ; d’autre part, la vie résiste d’elle-même à la maladie, et il arrive qu’elle perde son combat sans l’intervention artificielle de remèdes.

descartes

Ce qui rapproche, en revanche, l’animal de la machine, c’est qu’il a un corps que l’on peut interpréter en termes mécanistes (cf. Descartes). L’animal est-il autre chose qu’un corps organisé ? Faut-il lui supposer une âme ? Chez lui, l’instinct ne se substitue-t-il pas à l’absence de raisonnement ? Ne peut-on pas dire que son comportement est entièrement déterminé, comme celui d’une machine ?

L’homme, quant à lui, est un animal qui pense : est-ce à dire qu’il ne soit qu’une machine pourvue de raison ? Doit-on distinguer en lui, à l’instar de Descartes, un corps et une âme ? Se demander si l’animal n’est qu’une machine conduit donc à s’interroger sur l’être de l’homme.

Face à un tel sujet, il ne faut donc pas se laisser emporter par ses sentiments. Certes, le terme de machine peut apparaître comme péjoratif. Mais dire, par exemple, que l’animal n’en est pas une, car il est capable d’éprouver des émotions n’est pas un argument, car cela peut s’interpréter comme le résultat d’un déterminisme biologique.

A quoi renvoie alors la comparaison animal/machine ? A la capacité de fonctionner conformément à une finalité préétablie ainsi qu’à l’absence de pensée. Tout comme le comportement humain, le comportement animal revoie à une finalité et on peut dire en un certain sens que le chien veut manger, alors que il ne semble pas qu’il puisse délibérer pour déterminer son action. S’il agit bien en vue d’une fin, il ne raisonne pas pour l’établir.

D’un point de vue scientifique, le modèle mécaniste s’est avéré pertinent, dans la mesure où il a permis à la biologie de progresser (cf. découverte des lois de la circulation sanguine par Harvey en 1628, à partir de l’assimilation du cœur à une pompe et des artères à de la tuyauterie, ce qui lui a permis d’introduire la méthode quantitative en médecine).

Enfin, la question posée a des enjeux éthiques :

-          Quant à l’animal. En effet, s’il n’est qu’une machine, la vivisection est légitime (on n’hésite pas à démonter un moteur de voiture pièces par pièces).

-          Quant à l’homme. Il appartient en effet au genre animal. Peut-on dire pour autant qu’il n’est qu’une machine pensante ? La pensée elle-même ne pourrait-elle pas être conçue comme un mécanisme complexe ? Enfin, le corps/machine participerait-il ou non de la dignité humaine ? Cette dignité ne serait-elle que dans la pensée, comme l’affirma Pascal  dans le texte ci-après ?

homme machine La Mettrie

« La grandeur de l'homme est grande en ce qu'il se connaît misérable. Un arbre ne se connaît pas misérable.

C'est donc être misérable que de se connaître misérable; mais c'est être grand que de connaître qu'on est misérable.

Pensée fait la grandeur de l'homme.

Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tête (car ce n'est que l'expérience qui nous apprend que la tête est plus nécessaire que les pieds). Mais je ne puis concevoir l'homme sans pensée: ce serait une pierre ou une brute.

L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature; mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser: une vapeur, une goutte d'eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'écraserait, l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers n'en sait rien. Toute notre dignité consiste donc en la pensée. C'est de là qu'il nous faut relever et non de l'espace et de la durée, que nous ne saurions remplir. Travaillons donc à bien penser: voilà le principe de la morale. »

                                                                                                               Pascal  Pensées

Faut-il soigner le corps comme on répare une machine ou le traiter comme un  constituant fondamental de la personne humaine ?

automates

Publié dans raison et réel

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