Les deux écueils de la philosophie, selon Husserl

Publié le par lenuki

 

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Ce qui menace notre culture, selon Husserl, c’est le scepticisme d’après lequel rien n’est certain, d’où un doute paralysant, la subjectivité des valeurs et leur relativité. Ce scepticisme se fonde sur deux écueils : le psychologisme et le positivisme sur lesquels vient s’échouer la pensée humaine.

Le psychologisme  qui consiste en la tendance à tout interpréter au travers de théories de la psychologie humaine et d’en faire le fondement de toute compréhension du monde. Selon cette tendance, tout a son origine dans le psychisme humain, c’est-à-dire dans la subjectivité d’un point de vue psychologique (et non philosophique). Par exemple, il n’y aurait pas de bien ou de mal objectifs, en dehors de l’esprit humain, pas davantage de principes logiques objectifs : les lois logiques sont réduites aux lois psychologiques. Mais comment cela pourrait-il conduire à une crise de la culture ? Pour le comprendre, il conviendrait de se référer, par exemple, à la théorie de l’habitude chez Hume. Lorsque ce dernier aborde le problème du rapport de causalité, il le fait reposer, non pas sur des principes rationnels, mais sur l’habitude. Exemple : comment savons-nous que le soleil « se lèvera » demain ? En effet, ce n’est pas parce qu’il s’est toujours « levé »qu’il « se lèvera » toujours… ! Il pourrait très bien ne pas « se lever » demain sans contradiction d’un point de vue logique. Pour Hume, si je sais qu’il « se lèvera », c’est parce que j’ai l’habitude de constater tous les matins qu’il « se lève ». Or l’habitude  a nettement un sens psychologique, ici. Ainsi, en faisant tout reposer sur elle, on est condamné au scepticisme, car il devient impossible de trouver un fondement objectif à nos certitudes, celui-ci étant subjectif. Et l’idée même de vérité perd alors toute signification, ce à quoi s’oppose le positivisme et que ne pouvait admettre Husserl en tant que mathématicien et logicien.

scepticisme

Le positivisme , cette philosophie qui, théorisée par Auguste Comte, affirme qu’il n’y a pas de vérité en dehors du cadre scientifique, car seules les sciences nous permettent d’avoir de véritables et objectives certitudes, grâce à leurs démarches expérimentale rigoureuses ou leurs déductions purement rationnelles comme en mathématiques. Ce qui implique qu’en dehors de la méthode scientifique rigoureuse, fondée sur des faits établis objectivement, il n’y a pas de vérité concevable ou possible, ce qui réduit au silence ceux qui y prétendraient. Mais peut-on affirmer ainsi qu’il n’y aurait pas de vérité en art, en philosophie, voire en morale ou en politique, même si de telles vérités n’ont pas le caractère indubitable des vérités scientifiques ? D’ailleurs, sur quelle démarche scientifique rigoureuse se fonde une telle affirmation ?

-Auguste-Comte-

 

Conclusion    Entre ces deux écueils,  tels Charybde et Scylla,  peu satisfaisants pour un esprit épris de vérité, comment et au nom de quoi choisir ? Faut-il pour autant renoncer à la recherche de toute certitude ? D’où la crise où nous sommes, selon Husserl : soit nous sombrons dans le scepticisme, soit, comme philosophes, nous n’avons plus qu’à nous taire… ! Au fond, nous retrouvons ici l’origine de la démarche cartésienne : l’absence de certitude, sauf en mathématiques. D’où une question qui s’impose : la philosophie peut-elle, néanmoins, retrouver le chemin de la certitude ? Ne convient-il pas, alors, de reprendre la démarche cartésienne consistant, dans un premier moment, à douter de tout, dans l’espoir de découvrir une première certitude susceptible de résister à un doute aussi corrosif ? Première certitude sur laquelle, par déduction, nous pourrions fonder toutes les autres ? La philosophie, au fond,  ne pourrait-elle pas devenir une science rigoureuse ?

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