S'engager, est-ce affirmer ou perdre sa liberté?

Selon les Droits de l’Homme et du Citoyen, l’homme est libre par définition, le temps des esclaves étant en principe révolu. Or l’homme libre est un être autonome, qui peut faire ce qu’il veut sans être déterminé dans ses choix par un ou d’ autres hommes. Or choisir, n’est-ce pas s’engager, tout en sacrifiant d’autres possibilités ? Et s’engager, si c’est exprimer sa liberté, n’est-ce pas aussi la perdre, d’une certaine manière, puisque l’engagement suppose promesse et fidélité, c’est-à-dire certaines obligations, voire certaines contraintes ? Aussi, lorsque l’homme s’engage, qu’advient-il de sa liberté ? Le choix qu’il fait en s’engageant lui permet-il d’affirmer qu’il est libre, sous prétexte que sa décision est personnelle ? Ou, au contraire, les contraintes liées à l’engagement pris lui font-elles perdre sa liberté ?
I. S’engager, c’est affirmer sa liberté
a) L’engagement est un choix personnel que personne ne peut nous imposer. Ex : il n’est pas normal d’imposer un mari à sa fille, ou d’obliger son enfant à poursuivre telles ou telles études. L’engagement doit donc être libre.
b) De plus, on peut renoncer à un engagement, lorsqu’aucun contrat écrit ne nous lie. Ici, c’est une réflexion personnelle qui en décide. Mais même en cas de contrat, on peut toujours le rompre. La liberté de l’engagement garantit alors celle de pouvoir y renoncer.
c) Mais si on peut rompre un engagement, peut-on dire pour autant qu’il s’agit d’un acte inutile ? Nos promesses, par exemple, n’auraient-elles plus de sens ou de valeur ?
On se heurte alors à une première objection : un choix libre est effectué de manière autonome, sans influences extérieures. Mais lorsqu’on s’engage, n’est-ce pas parce que la cause pour laquelle on le fait nous paraît pertinente ou pleine de valeur ? De même, lorsqu’on y renonce, on ne le fait pas gratuitement, mais parce que certains obstacles nous paraissent difficiles à surmonter. Enfin, contrat et engagement nous rappellent que nous sommes obligés et que rompre ces obligations peut entraîner des sanctions. En ce sens, s’engager, ne serait-ce pas, alors, perdre sa liberté ?
II. S’engager, c’est aussi perdre sa liberté
a) On ne s’engage pas à la légère, mais on le fait pour des raisons bien déterminées, ou parce qu’on y est influencé, consciemment ou inconsciemment.
b) Les sanctions, en cas de rupture de contrat, nous obligent à le respecter.
c) S’engager dans un métier, c’est en accepter les contraintes ou les devoirs, c’est donc se sentir lié.
En ce sens, l’engagement ne réduit-il pas, alors, notre liberté d’agir ? Or si on accepte de perdre une partie de sa liberté, ne serait-ce pas parce que les avantages nous paraissent supérieurs aux inconvénients ?
Mais malgré la sanction encourue, certains ne rompent-ils pas néanmoins leur engagement pour retrouver leur liberté ? Cela ne met-il pas en évidence que l’on reste libre, malgré tout ?
III. S’engager, c’est en assumer librement les conséquences
a) Bien distinguer obligations et contraintes
b) Renoncer à sa liberté, n’est-ce pas renoncer à sa qualité d’homme ?
c) « Ne pas choisir, c’est encore choisir de ne pas choisir » : on reste libre, malgré tout.
d) Enfin, la liberté n’est pas l’absence de contraintes ou d’obstacles, mais la possibilité donnée à l’homme de les affronter, les assumer ou les surmonter. N’y a-t-il pas d’obstacle que pour une liberté qui a un projet , selon Sartre?
e) Etre libre n’est pas ne pas être déterminé, mais pouvoir se déterminer soi-même. Or n’est-ce pas ce que signifie s’engager ?
