Quelques corrigés du bac philo, empruntés à madame Hansen-love

Publié le par lenuki69

Les trois textes du bac philo ( corrigé élémentaire)


 
Texte d’Aristote (L)
Thème : la liberté , le déterminisme psychologique, la responsabilité
Question : Suis-je responsable de mon caractère ( ici mauvais, injuste ou intempérant)?
Thèse : Je suis responsable de ce que je suis devenu. Un mauvais caractère n’est pas une excuse
Argumentation : Les hommes sont responsables de leur faiblesse morale (méchanceté, indolence). Le tempérament (acquis par l’habitude, l’exercice, ici par « relâchement », veulerie) est l’effet de ma volonté. Il exprime donc un choix originel.
Ni l’ignorance, ni la faiblesse ou inconscience ne sont une excuse.
Le principe de nos actes est en nous.
Conclusion : nous sommes libres et responsables de ce que nous sommes , malgré le sentiment contraire que nous avons souvent ( « circonstances atténuantes). Nous devons donc répondre ( « responsabilité ») de nos fautes.
Texte de Nietzsche (E.S)
Thème : le mal
Question : Y a-t-il des hommes qui font le mal sciemment (en le tenant pour mal)
Thèse : Il n’y a pas de différence subjectivement entre le bien et le mal.

(Attention : se garder de tout relativisme !)
Argumentation de Nietzsche :
Le mal est une question de point de vue. Pour la mouche, être écrasée, c’est mal. Pour le criminel, être sanctionné c’est mal. (Nietzsche joue sur les différents sens de ce que l’on appelle « mal »). Donc , du point de vue de l’auteur du mal, le mal est justifié, le mal, c’est bien.
Ou Nietzsche veut-il en venir?
Il semble approuver le « nul n’est méchant volontairement » des anciens. Mais la fin du texte est ironique.
Ce que suggère Nietzsche :
Il faut dépasser à la fois le point de vue relativiste (« à chacun son idée du bien et du mal ») et le point de vue prétendument objectif (« le bien et le mal sont des absolus »). Toute appréciation morale est à rapporter à un système de référence. Qui décide de ce qui est bien ou mal ? « Bien » pour qui, « mal » pour qui ?
Pour Nietzsche, c’est l’homme qui crée les valeurs. Toute valeur doit être rapportée au système dans lequel elle s’inscrit et prend un sens. On ne peut rien évaluer philosophiquement sans poser préalablement la question : qui évalue, et quel est le type de vie, ou de volonté, qu’exprime cette évaluation ?
Texte de Hume (S)
Thème La justice, comparaison entre la justice nationale et la justice internationale
Question : La justice nationale (propre à une nation) obéit-elle aux mêmes règles que la justice internationale ?
Thèse : La justice nationale doit être strictement contraignante (pas d’exception ni de dérogation). La justice internationale est beaucoup plus souple, voire erratique.
Attention :
Hume établit un constat. Son constat est juste, au moment où il parle ( 18 ième siècle).
Mais : 1) Cette situation , qu’il décrit, n’est pas satisfaisante. Ce qui est , ne devrait pas être (situation de guerre virtuelle entre les peuples) 2) Il faudrait donc que la justice internationale devienne contraignante (ce que propose Kant dans son Projet de paix perpétuelle) 3) Cela a changé depuis : cf ONU et les tribunaux internationaux.
Donc Hume n’a pas tort,évidemment, mais on se gardera de confondre le constat et le jugement de valeur (« c’est bien comme ça »)
Peut-on en finir avec les préjugés? (corrigé mini)
 
Peut-on en finir avec les préjugés ?

Les préjugés sont responsables d’une grande partie des disputes et donc des malheurs des hommes. Les opinions racistes, les idées toutes faites, les préjugés ethnocentriques ou religieux dressent les communautés les unes contre les autres. On serait tenté de croire qu’il faut en finir avec les préjugés. Mais ce serait opter pour un nouveau préjugé (préjugé= se prononcer avant d’avoir réfléchi)
I On ne peut pas en finir avec les préjugés
Car nos préjugés sont a) naturels b) nécessaires c) indéracinables

II La science et les Lumières ont permis de liquider certains préjugés
Donner des exemples : Galilée, Darwin, Voltaire, Freud etc…

III Non seulement on ne peut pas, mais encore il ne faut pas en finir avec les préjugés
Seuls certains préjugés sont dangereux (préjugés propres à une culture) b) Les préjugés universels sont utiles (cf le sens moral) 3) Il y a des préjugés vitaux pour l’homme Exemples : "la démocratie est possible, le peuple est apte à gouverner" . Ou bien : "le bon sens est la chose du monde la mieux partagée".
Conclusion : Le jugement réfléchi ne joue qu’un rôle secondaire et limité dans nos conduites. Non seulement on ne peut pas en finir avec les préjugés, mais c’est un préjugé de croire que l’homme peut être un pur esprit sans convictions, intuitions, sentiments, donc sans préjugés.
Que gagnons-nous à travailler ? (mini corrigé-plan)
Corrigé
Que gagnons-nous à travailler ?

(Nota bene : le "nous" peut renvoyer à l’individu, à la société tout entière, ou à l’humanité. Penser au fameux texte de Kant sur la nécessité de travailler pour l’humanité)

Question (faussement) naïve . On gagne un salaire !
Oui, mais 1) Un « travail » n’est pas toujours rémunéré 2) On peut gagner aussi quelque chose d’impalpable, de difficile à cerner…
I Des bénéfices pratiques
Les moyens de vivre (plus ou moins) décemment mais aussi la promesse d’intégration à notre communauté.
II L’estime de soi et la reconnaissance sociale
Qu’on peut distinguer, mais qui vont souvent de pair. Montrer comment ils peuvent être liés, comment ils peuvent être dissociés.

III L’inscription dans un ordre humain
Distinguer le travail (labeur) et l’oeuvre (travail créatif) 2) Le travail est le moyen le plus accessible, ou le plus banal, de s’inscrire dans un ordre humain, mais il en existe d'autres (l'amitié, l'amour, l'activité politique, toutes les activités sociales et altruistes) 3) On gagne, en s’inscrivant dans un ordre humain, une possibilité (parmi d’autres !) de donner un sens à sa vie en poursuivant un but qui peut être partagé avec d'autres.
Conclusion
On gagne énormément à travailler en général. Mais le « profit » est largement moral et symbolique (en plus du salaire !). Donc le travail bénévole, ou le travail créatif non rémunéré, peuvent produire le même résultat de ce point de vue.
 
 
Les oeuvres d'art sont-elles des réalités comme les autres? (corrigé)


Les oeuvres d'art sont-elles des réalités comme les autres ?
On confond en général « réel » et « choses sensibles ». Pourtant le domaine du réel excède largement celui du monde sensible. Le réel englobe aussi le monde intelligible, les "idéalités" (une idée, une mélodie, une forme par exemple), les productions symboliques. Les oeuvres d'art sont en ce sens des réalités mais qui ont un statut différent de celui des autres réalités (la Brioche de Chardin n'est pas comestible). Mais si les oeuvres d'art ne sont pas des réalités comme les autres, il faut se demander : 1) En quoi elles différent des autres réalités 2) Si cette différence est de nature ou bien de degré.

I Non : ce sont des productions humaines, c'est-à-dire artificielles et témoignant d'une intention.
1)Humaines : contrairement aux productions inconscientes de la nature (ex : une partition musicale par opposition au chant du rossignol)
2)Artificielles : de « technè », art . productions non spontanées (cf. un temple)
3)Intentionnelles : elles répondent à un projet, souvent collectif (cf. une pyramide ou un cathédrale, ou un film )
Conclusion : il y a une différence de statut entre ces réalités artistiques et les réalités ordinaires

II Mais ce sont des réalités et non des simulacres (réalités illusoires)
1) Ce sont des apparences,
2) Non des illusions (contre Platon République Livre X . Le lit peint est une illusion au regard du lit en bois)
3) Des apparences belles ou signifiantes qui expriment le réel
( cf.
Proust : "la vraie vie c'est la littérature")
Conclusion: il y a une différence de nature entre les oeuvres d'art et les autres réalités

III Les oeuvres d'art sont des réalités plus réelles (plus denses, plus stables) que les autres
1)Opposer "oeuvre » et production technique ou artisanale
2)L'oeuvre est faite pour durer. Même les oeuvres éphémères (cf.
Goldsworthy)laissent une trace dans la conscience des hommes
3) Les moins réelles ("réel" au sens de sensible, concrète, seulement matérielles) sont les plus réelles : « ce qui dure est l'oeuvre du poète » Hölderlin
Conclusion : il y a une différence de degré (de réalité) entre les oeuvres d'art et les autres réalités
CONCLUSION
Les oeuvres d' art sont des formes symboliques qui rendent le réel habitable. Elles donnent au monde une stabilité et une consistance qu'il n'aurait pas sans elles.
 
 
Toute prise de conscience est-elle libératrice? (corrigé)
Toute prise de conscience est-elle libératrice ?

Il y a un lien intime entre conscience et liberté, car la conscience, qui nous distingue des bêtes, nous permet de nous émanciper de la nature. On pense au « Connais-toi toi-même » de Socrate. Pourtant, la découverte (« prise de conscience ») brutale de certaines vérités peut être très déstabilisantes
I Oui. C’est le fondement de la philosophie (« ouvre les yeux de l’esprit ») et de la psychanalyse
« Etre libre, c’est prendre conscience des causes qui nous font agir » Spinoza. Exemple de la fille qui louche : une fois que
Descartes a pris conscience, il cesse de tomber amoureux des filles qui louchent.
II Mais certaines prises de conscience peuvent être inhibitrices
Une révélation intolérable sur soi-même.
(Cf Anna O). Une découverte trop pénible (par ex sur un régime politique, cf le film « la vie des autres »)
Stupeur, sidération, panique ou paralysie.
III Une prise de conscience est libératrice:
A certaines conditions (qu’elle corresponde à une démarche au moins partiellement volontaire)
A terme. Mais dans un premier temps, il peut y avoir un choc et une crise. A terme , évidemment, ce type de crise doit être salutaire et libératrice (cf émancipation des esclaves, révolte contre le despotisme etc..)
Conclusion
Non . En tout cas, pas immédiatement, et pas toujours.
 
 
 
 
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J

Merci de votre réponse.
Il est vrai que la mémoire, la pensée et le désir nous jouent des tours. Et la remarque de Freud me paraît tout à fait juste. Je ne prétendais pas épuiser la question ou répondre
définitivement.
On peut dire, déjà, que dans le cas de Freud, l'action est passée. C'est de l'histoire. La victime ne peut pas s'appuyer sur un ressenti présent, accessible à la conscience et peut-être sur ses
sens, mais seulement sur un souvenir. Et elle ne peut plus communiquer avec l'agresseur dans le but de faire cesser cette agression.

Il n'en reste pas moins, me semble-t-il, qu'un mal ne peut pas être défini de façon indépendante des personnes et des circonstances et que c'est bien l'effet qui peut être jugé. Un acte ou un
principe n'a pas les mêmes effets sur des personnes différentes. Et d'ailleurs la situation change aussi.


Répondre
J

Le corrigé sur le texte de Nietzsche ne prend guère en compte un élément capital dans la compréhension du mal. Qu'est-ce qui donne un sens au mot ? L'effet, les conséquences, d'un acte ou d'une
parole sur quelqu'un. C'est cet effet seul que l'on peut qualifier : être mal. A quel titre ? C'est tout le problème.
La première chose qui vient à l'esprit est : la souffrance. Causer de la souffrance.
Sommes-nous là toujours sous la coupe d'un système de valeur donné ?
Si la victime fait savoir à l'agresseur qu'il lui fait (du) mal, et que l'agresseur continue voire redouble ses agressions, peut-on dire qu'il fait le mal volontairement ?
En tout cas, il semble bien que si on veut échapper à une conception idéologique du mal (ou du bien), il faille examiner, en dehors de tout système, l'effet de l'action lui-même. Et c'est celui sur
qui est passée l'action qui est le mieux placé.
Une autre façon de réintroduire la subjectivité.


Répondre
L


Mais Freud n'a-t-il pas mis en évidence qu'on peut éprouver un mal passé, de manière subjective, sans pour autant que quelque acte réellement objectif lui corresponde? De plus, le mal en lui-même
n'aurait-il aucune objectivité? Ne serait-il que de l'ordre du ressenti? N'y a-t-il pas un mal absolu tel que la volonté, par exemple, de faire du mal à un enfant?
Autant de questions que votre remarque ne semble pas prendre en compte, même si elle est fort judicieuse et pertinente.
En tout cas , merci de l'avoir faite.