la dissertation de philosophie

Publié le par lenuki69

La dissertation
Nature de l’exercice
. L’objectif poursuivi dans la dissertation de philosophie est de :
- poser un problème à partir de la question du sujet ;
- résoudre celui-ci au moyen d’une argumentation rigoureuse.
. Une question (" Suis-je doué en mathématiques ? ") n’est pas par elle-même un problème (" Dois-je me consacrer aux mathématiques ou à la musique ? "). Celui-ci désigne en effet une contradiction ou alternative. Tout sujet de philosophie de terminale se présente sous la forme d’une question. Il s’agit de montrer que la réponse à cette question n’a rien d’évident, qu’elle est problématique, même s’il n’y paraît pas.
Prenons un exemple. À la question : " Toutes les opinions se valent-elles ? ", on serait tenté de répondre que oui, toutes les opinions ont même valeur, car tous les hommes ont droit d’exprimer leur pensée et d’être entendus - c’est là une règle démocratique élémentaire qui invite à la tolérance.
Toutefois, n’y a-t-il pas des opinions dangereuses ? L’opinion d’un partisan de la purification ethnique a-t-elle vraiment même valeur que l’opinion d’un démocrate ?
Si l’on veut comprendre le sens d’une question, un problème doit donc nécessairement en être tiré.
. Une fois posé, le problème doit être résolu au moyen d’une argumentation rigoureuse.
Celle-ci repose sur un travail d’analyse des termes du sujet : il s’agit toujours, en philosophie, de savoir ce que l’on dit et de s’entendre d’abord sur les mots avant de prendre position sur une question, afin d’éviter malentendus et contresens. Dans l’exemple choisi : l’opinion désigne-t-elle une conviction, un point de vue fondé en raison, ou un simple préjugé (comme semble l’attester l’expression péjorative de " débat d’opinions ") ?
Ce faisant, l’argumentation développée consiste en un soigneux examen des réponses différentes, voire contradictoires, qui peuvent être apportées à une même question. Il s’agit de tester ainsi la légitimité de chacune d’entre elles et d’adopter, pour finir, celle qui semble la plus satisfaisante.
Cette attitude, qui consiste à prendre en considération et approfondir des positions distinctes de celle que l’on serait tenté d’adopter spontanément sur un sujet, est la clef de tout véritable dialogue, avec soi-même comme avec autrui. Ce n’est pas une règle arbitraire ou un jeu de l’esprit.
Ainsi apprend-on à ne pas répondre hâtivement à une question - c’est-à-dire avant de l’avoir comprise et d’en avoir saisi tous les aspects.
Tel est précisément le but de la dissertation de philosophie : s’exercer à se déprendre de ses préjugés ou idées " hâtives " sur une question, et ne considérer que l’on a une pensée propre, une pensée véritablement personnelle, qu’au terme d’une réflexion et d’une confrontation d’idées opposées - non à la première lecture du sujet.
En conclusion, on voit qu’en tirant un problème d’une question, et en le résolvant grâce à l’analyse rigoureuse des termes du sujet et de la confrontation des réponses qu’il est possible de lui apporter, il s’agit de découvrir ce que l’on va penser. Il ne s’agit pas de développer longuement et artificiellement une idée ou intuition que l’on aurait dès le départ sur la question.
La composition de la dissertation
La dissertation est composée de trois grandes parties : l’introduction, le développement, la conclusion.
Sa rédaction suppose que soit effectué, au préalable, un travail d’analyse du sujet au brouillon.
*Le travail préalable d’analyse (au brouillon)
Ce travail conduit à découvrir un problème, relatif au sujet. Il permet une première analyse des termes et de la question.
Pour en faciliter la réalisation, plusieurs rubriques sont développées dans les corrigés :
. les notions en jeu désignent les notions du programme auxquelles le sujet fait, implicitement ou non, référence ;
. le domaine de réflexion concerné renvoie au champ de réflexion philosophique auquel s’applique la question, s’il y a lieu : par exemple, il peut s’agir de philosophie politique, d’esthétique, de métaphysique, d’épistémologie (ou philosophie des sciences), etc.
Cette rubrique a pour fonction de limiter les contresens qui peuvent être faits sur
un sujet : par exemple, l’un des sujets donnés en série S, en juin 1998, était : " La valeur d’une théorie se mesure-t-elle à son efficacité pratique ? " Faute d’avoir délimité le domaine de réflexion concerné, beaucoup d’élèves ont rattaché la question aux notions " théorie et expérience " (c’est-à-dire à la philosophie des sciences), et n’ont pas vu la dimension morale et politique de la question ;
. les difficultés : il convient de relever les principales difficultés du sujet afin de ne pas les éluder. L’exercice de la dissertation consiste précisément à les repérer et à les aborder, quitte à ne les surmonter que partiellement ;
. le(s) présupposé(s) : désigne(nt) ce qui, dans une question, est implicitement considéré comme acquis ou allant de soi.
Par exemple, le sujet " Toutes les opinions se valent-elles ? " présuppose que toutes les opinions ont une valeur - ce qui pourra être remis en cause dès l’introduction, ou au contraire au cours du développement : au regard d’une connaissance véritable, en effet, les opinions, en tant qu’affirmations arbitraires et insuffisamment fondées, sont toutes également dépourvues de valeur ;
. les définitions donnent un sens précis aux termes du sujet. Elles sont naturellement susceptibles d’être remaniées et approfondies au cours du développement. Des termes apparemment secondaires (par exemple " valent " dans le sujet précédemment cité) ne doivent pas être négligés ;
. le problème : il s’agit de poser un problème à partir des premiers éléments d’analyse obtenus sur le sujet - en particulier à partir de la définition des termes de la question.
Remarque : Lors de ce travail préalable, il conviendra de chercher des exemples simples et de les analyser en vue de mieux comprendre la question du sujet ou d’y apporter des réponses différentes.
Un exemple doit donc avoir une valeur générale et représentative, il représente une idée que l’on veut saisir ou défendre ; ni imprécis ni trop particulier, il sera donc choisi avec soin. Par exemple, à propos du sujet : " Peut-on dire d’un acte qu’il est inhumain ? ", il n’est pas utile de parler de crimes " odieux " ou monstrueux en général, mais il est également superflu d’entreprendre la description détaillée de tel ou tel crime crapuleux. En revanche, on pourra analyser avec attention la notion de crime contre l’humanité, à travers l’exemple du crime nazi.
Ajoutons, pour finir, que l’exemple ne se substituera jamais à l’argument : il doit permettre de le découvrir ou de l’illustrer.
*L’introduction
. Du point de vue du contenu, l’introduction a pour fonction de :
- montrer l’intérêt de la question (pourquoi elle se pose) ;
- dégager une problématique (tirer un problème du sujet).
. Du point de vue de la forme, le problème sera énoncé, en fin d’introduction, au moyen d’une question, à laquelle le développement aura pour but de répondre. Pour ne pas, cependant, prendre une simple question pour un problème, on veillera à présenter celui-ci sous forme d’alternative ou de contradiction (par exemple : ou bien... ou bien au contraire... ?)
L’annonce du plan de dissertation, en fin d’introduction, a quelque chose d’artificiel ; c’est pourquoi nous vous la déconseillons.
. Le schéma que nous avons tenté de respecter systématiquement dans la mise en forme des introductions n’est pas le seul possible, mais, rigoureusement appliqué, il vous aidera à bien introduire une argumentation. Ce schéma est le suivant :
- un exemple simple et bien adapté au sujet sera d’abord exposé ;
- cet exemple sera l’occasion de définir sommairement les termes du sujet et d’énoncer un premier point de vue - le plus évident - sur la question (par exemple : oui, il va de soi que toutes les opinions se valent) ;
- une objection remettra en cause ce point de vue (cf. les introductions rédigées où elle est annoncée par un " pourtant ", " cependant ", etc.) ;
- le problème né de la contradiction entre le point de vue d’abord adopté sur la question et celui qui résulte de l’objection sera alors, pour finir, repris et résumé sous forme interrogative.
On pourra prendre exemple sur l’introduction du sujet corrigé n° 3 : " La passion est-elle une excuse ? "
Il est déconseillé de multiplier les questions en fin d’introduction : un unique problème, clairement formulé, doit être posé.
*Le développement
A. Qu’est-ce qu’un plan ?
Tout développement suppose qu’un plan ait été fait préalablement au brouillon. Ce plan doit être détaillé, c’est-à-dire comprendre des parties et des sous-parties, voire quelques brefs paragraphes d’argumentation, si vous éprouvez quelques difficultés à rédiger.
La notion de plan en philosophie reste cependant ambiguë : d’un côté, en effet, le plan est nécessaire pour structurer un devoir ; d’un autre côté, il reste purement formel et vide de contenu, s’il ne comprend pas en lui-même un minimum d’analyses (cf. les plans détaillés parmi les corrigés proposés.)
B. Les grandes règles du développement
. Le développement sera, de préférence, constitué de trois parties : chacune d’elles devra proposer clairement une réponse et une seule à la question du sujet. Il convient donc de ne pas introduire de contradictions au sein d’une même partie - sauf cas exceptionnel (cf. sujet corrigé n° 1, deuxième partie).
. Le plan suivi sera dialectique. En d’autres termes, il progressera par contradictions d’idées, à travers la structure du plan : thèse, antithèse, synthèse ou antithèse, thèse, synthèse ; il va de soi que l’on est libre de commencer par apporter une réponse positive ou négative à la question.
Toutefois, il ne suffit pas de répondre " oui " en première partie, " non " en deuxième partie, et, à titre de synthèse " tantôt oui tantôt non " pour constituer un plan dialectique : pour que les points de vue considérés successivement soient réellement dialectisés, et non pas opposés sans justification, il importe de soigner les transitions qui constituent les articulations essentielles du devoir et le ressort de la réflexion.
Chacune de ces transitions comprendra une objection - c’est-à-dire un argument avancé contre les arguments défendus dans la partie que l’on vient d’achever.
. Enfin, le développement doit être progressif, c’est-à-dire débuter avec le point de vue le plus simple sur la question (en première partie), pour aboutir au point de vue le plus complet et le plus substantiel (dans la synthèse).
Remarques : Le plan thématique sera évité, dans la mesure où il porte trop souvent l’élève à juxtaposer des points de vue différents au lieu de les lier entre eux et tenter de les dépasser.
La synthèse est souvent délicate à constituer ; elle réside :
1. Soit dans l’adoption d’un point de vue plus large, qui intègre les deux précédents ;
2. Soit dans la remise en cause de l’un des présupposés du sujet - ce qui a été évoqué plus haut.
C. L’argumentation
Les différentes réponses à la question, examinées successivement, seront choisies principalement :
- en vertu des sens possibles d’un ou de plusieurs des termes du sujet : dans l’exemple " Toutes les opinions se valent-elles ? ", la question ne recevra pas la même réponse en effet si l’on entend par " opinion " un point de vue ou une conviction qui n’exclut pas la réflexion, ou si on l’assimile au contraire au pur préjugé ;
- en vertu des points de vue qui peuvent être pris en considération sur une même question. En l’occurrence, une opinion peut avoir plus ou moins de valeur d’un point de vue moral et politique, pour autant qu’elle n’est pas sans incidence sur l’action : c’est en effet parce que l’on agit le plus souvent selon ses convictions qu’il semble nécessaire d’accorder une valeur moindre à l’opinion d’une personne raciste qu’à celle d’une personne convaincue de l’égalité des hommes.
En revanche, n’importe quelle opinion est dépourvue de valeur du point de vue de la connaissance : par exemple, la simple conviction sans fondement selon laquelle la fin du monde est proche n’a pas plus de valeur, au regard de la science, que l’opinion par laquelle on affirme que le monde est éternel - elle n’est pas plus justifiée qu’elle, pas mieux fondée en raison.
*La conclusion
Elle consiste à établir le bilan de l’argumentation développée, puis à rappeler et résumer la position que l’on a finalement choisi d’adopter sur la question - c’est-à-dire dans la troisième partie.
On peut également et éventuellement ouvrir le sujet sur une perspective ou une question plus large. Cela n’est pas une nécessité.
 
 
 
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