Qu'est-ce que les Lumières ? Kant (Guide de lecture)
Réponse à la question:" Qu'est-ce que les Lumières?"
1. De "L'Aufklärung…" jusqu'à"d'un pas assuré" (p.14)
a) Kant commence par une définition sans équivoque: l'Auklärung est "la sortie de l'homme de sa minorité" qui est entendue comme:
+ incapacité de penser par soi-même et de se "servir de son propre entendement sans la direction d'autrui".
Kant peut conclure en disant que l’époque est, sinon éclairée, du moins en marche vers les Lumières, et placer ce mouvement sous le signe de Frédéric, le prince éclairé. Celui-ci, en accordant la liberté d’expression, donc le libre usage public de la raison, favorise d’abord la diffusion des Lumières de l’élite éclairée à la multitude non éclairée et permet le progrès. Un prince éclairé peut même accepter une « franche critique » (p. 26), non seulement dans le domaine des choses de la religion, mais dans celui de la législation. Dans cette période de marche vers les Lumières, le despotisme éclairé apparaît donc à Kant comme la meilleure forme de gouvernement car, paradoxalement, seul un pouvoir fort peut accepter sans dommage de laisser libre cours à la critique et même y trouver son profit.
Edition de référence : Mille et une nuits Librairie Arthème Fayard
1. De "L'Aufklärung…" jusqu'à"d'un pas assuré" (p.14)
a) Kant commence par une définition sans équivoque: l'Auklärung est "la sortie de l'homme de sa minorité" qui est entendue comme:
+ incapacité de penser par soi-même et de se "servir de son propre entendement sans la direction d'autrui".
+ incapacité entendue non comme une limitation de
l'entendement mais comme un manque de courage, c'est-à-dire de la paresse ou de la lâcheté, attitude dont l'homme lui-même est responsable.
b) Si la cause essentielle de la "minorité" est un défaut de la volonté qui suit la pente de la facilité - le confort de s'abandonner à la
direction d'une autorité étrangère - cette causalité se complique d'une action réciproque entre tutelle et minorité qui se renforcent mutuellement, la tutelle étant à la fois cause
et effet de la minorité. Ainsi comprend-on la difficulté pour un individu livré à lui-meme de secouer le joug de ses tuteurs et d'opérer seul un travail de transformation sur son
propre esprit.
2. « Mais qu’un public s’éclaire
lui-même… »jusqu’à « la perpétuation éternelle
des inepties » ( p. 20 ).
L’énoncé du mal contient le remède : « Sapere aude ».Ose penser par toi-même. Kant ayant énoncé lacondition formelle par laquelle les Lumières pourront se réaliser procède maintenant à l’examen
des conditions concrètes de cette réalisation.
a) La libération visée ne sera
pas, sauf exception, le fait de l’individu, mais celui d’un public. Il se trouvera toujours quelques personnes éclairées, y compris parmi les tuteurs, pour propager l’esprit des Lumières,
c’est-à-dire le courage de penser par soi-même. Le public finira bien par s’émanciper alors du joug de ses tuteurs. Mais c’est un lent processus, car une révolution politique peut libérer d’un
tyran sans entraîner pour autant une libération des esprits et le réforme du mode de penser : les mêmes préjugés continueront à aliéner « la grande masse
privée de pensée » ( p. 15 ).
b) La condition sine qua non de l’avènement des
Lumières est bien la liberté d’expression, correctement entendue selon Kant, c’est-à-dire qui ne met
pas en cause l’obéissance civile. Cette liberté d’expression implique donc des restrictions que Kant met en lumière en distinguant l’usage public et l’usage privé de la raison.
+ l’usage public, se
recommandant de l’universalité de la raison présente en chaque homme, est l’usage qu’un homme, en tant que savant – c’est-à-dire porteur d’une raison développée, affranchie des préjugés – peut
faire devant un public éclairé ou qu’il veut éclairer. Par ses discours et ses écrits, il s’adresse au monde et,en tant que citoyen du monde, il dispose alors d’une « liberté sans bornes d’utiliser sa propre raison » ( p. 20 ).
+ l’usage privé est
défini par les limitations à la liberté d’expression que les contraintes de sa charge à l’intérieur de la communauté ou institution à laquelle il appartient imposent à un individu ( le devoir de
réserve ).
Cette distinction trouve son application directe dans les institutions telles que l’armée, par exemple,
où s’impose l’obéissance au supérieur. Ainsi le citoyen doit-il d’abord se soumettre en tant que citoyen au pouvoir politique, le croyant ou le prêtre à l’autorité religieuse, le soldat ou
l’officier à la discipline militaire et chacun ne peut raisonner qu’ensuite. Mais de manière plus générale, dans l’exercice d’une charge civile, chaque individu, s’il doit d’abord obéir en tant
que « pièce de la machine », n’en a pas moins le droit et le devoir d’exercer son jugement critique, de raisonner ensuite en
sa qualité d’homme éclairé devant un public de savants ou de personnes susceptibles d’être éclairées. Il fait alors un usage éclairé de sa raison en tant que membre d’une société civile
universelle.
Le processus de libération de la raison suppose donc l’ouverture d’un espace commun de discussion qui seul permettra le
réduction progressive des différentes formes d’hétéronomie de la pensée, sans laquelle on ne saurait parler de progrès des Lumières.
3. « Mais une telle société ecclésiastique… » jusqu’à « et quelques tyrans contre le reste de ses sujets » ( p. 23 )
Si Kant met l’accent sur l’émancipation en matière de religion, son propos a une portée politique plus générale. Aucune assemblée d’ecclésiastiques et pas
davantage l’assemblée d’un peuple, encore moins un monarque, ne peuvent engager l’avenir de l’humanité par des décrets immuables, qui empêcheraient l‘émancipation des individus et entraveraient
le progrès des Lumières : celui-ci implique en effet la possibilité d’exercer en permanence l’esprit critique, la rectification des erreurs en fonction des connaissances. Si une telle loi
était promulguée, à savoir une loi imposant une soumission inconditionnelle, ce ne pourrait être que dans l’attente d’une meilleure loi et pour introduire un certain ordre pendant une durée
déterminée. Et l’on ne saurait empêcher que pendant cette période les savants n’exercent publiquement leur esprit critique sur de telles dispositions, pour faire progresser l’institution.
Kant rappelle à cette occasion le pierre de touche de toute législation : est nulle et non avenue une loi à laquelle, à un moment donné, un peuple ne pourrait
donner son assentiment.
4. « Si donc maintenant on nous demande… » jusqu’à « selon la dignité qu’il mérite » ( p. 27 )
Kant peut conclure en disant que l’époque est, sinon éclairée, du moins en marche vers les Lumières, et placer ce mouvement sous le signe de Frédéric, le prince éclairé. Celui-ci, en accordant la liberté d’expression, donc le libre usage public de la raison, favorise d’abord la diffusion des Lumières de l’élite éclairée à la multitude non éclairée et permet le progrès. Un prince éclairé peut même accepter une « franche critique » (p. 26), non seulement dans le domaine des choses de la religion, mais dans celui de la législation. Dans cette période de marche vers les Lumières, le despotisme éclairé apparaît donc à Kant comme la meilleure forme de gouvernement car, paradoxalement, seul un pouvoir fort peut accepter sans dommage de laisser libre cours à la critique et même y trouver son profit.