Théorie et expérience

Publié le par lenuki

Théorie et expérience
 
 
 
L’expérience n’est jamais suffisante
 
L’esprit en quête de vérité doit se méfier des leçons de la vie
  • Conformément à l’étymologie [du grec theorein, « contempler »], la théorie est
souvent assimilée à une simple vue de l’esprit à laquelle ne correspond aucune réalité par opposition à l’expérience [du latin experiri, « éprouver »] qui signifierait toujours le recours à la réalité. D’où l’idée que ce qu’un homme sait d’expérience vaut plus que toute théorie. L’habitude, comme fruit de l’expérience, serait même, comme l’affirme Hume, « le grand guide de la vie humaine ».
  • C’est oublier que l’habitude n’engendre souvent que des préjugés. La plupart du temps
l’éclat de la vérité n’est que la patine du temps et notre certitude, n’est pas le fait de notre raison, mais de l’éloquence de nos désirs.
 
L’expérience n’est rien sans la raison
  • Sur le plan de l’action, les situations que nous rencontrons sont parfois si singulières et
complexes que les leçons du passé ne servent à rien sans la capacité d’analyser rapidement les données du problème.
  • Sur le plan de la spéculation, Descartes soutient que les leçons de la vie ne sont
d’aucun secours. Le voyageur égaré dans la forêt qui hésite sur la direction à suivre doit prendre des décisions. La loi de l’action est d’être raisonnable quand elle ne peut être rationnelle. Ce qui est raisonnable, c’est de ne pas hésiter perpétuellement sur la direction à prendre, même si un choix irrationnel met fin à la délibération.
  • En revanche, l’esprit en quête de vérité doit provoquer des raisons de douter et de se
méfier de la séduction du probable, car il peut arriver que ce qui nous paraît probable soit faux.
 
L’expérience immédiate est un obstacle à la connaissance scientifique
  • Bachelard considérait l’expérience immédiate comme le premier obstacle à la
connaissance scientifique. Par exemple, de ce que cette pierre tombe plus vite que le liège, j’en viendrai à distinguer le « lourd » et le « léger » et à conclure que la vitesse de la chute est liée à leur masse. Or ? les scientifiques ont établi que, dans le vide, tous les corps tombent à la même vitesse. Dans les sciences humaines, la difficulté vient de ce que les phénomènes humains ont un sens immédiat « car ils font spontanément partie d’un univers d’actions valorisées et orientées » [Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique, 1938].
  • Le système brut des significations vécues fait obstacle à l’appréhension scientifique
des faits humains. Le savant substitue un système nouveau qui souvent contredit « La phénoménologie des rapports perçus » [Gilles-Gaston Granger, Pensée formelle et sciences de l’homme, Aubier, 1960].
 
La pensée théorique anime la démarche expérimentale
 
L’observation et l’expérimentation scientifique ont un caractère polémique
  • Bachelard montre que la pensée théorique anime la totalité de la recherche
scientifique. L’observation scientifique a besoin d’un « corps » de précautions qui conduisent à réfléchir avant de regarder.
  • Elle a un caractère polémique en ce qu’elle s’oppose à l’observation première,
passive qui enregistrerait directement les données du réel. Elle suppose toujours « une activité rationnelle antérieure, un schéma préalable, un plan d’observation […] elle confirme ou infirme une théorie ; elle hiérarchise les apparences ; elle transcende l’immédiat ; elle reconstruit le réel après avoir reconstruit ses schémas » (Bachelard, La Formation de l’esprit scientifique).
 
Il n’y a pas de coupure entre l’expérience et la raison
  • Dans les sciences physiques contemporaines, il n’y a ni observation ni
expérimentation possibles sans instruments. Or, les instruments sont des incarnations de théories. Le réel étudié par le scientifique porte donc de toutes parts la marque théorique.
  • En fait, il n’y a pas de coupure radicale entre l’expérience et la raison.
Comme le constate Brunschvicg, on ne saurait « ni rêver d’un savoir rationnel qui dispenserait d’interroger l’expérience ni imaginer une expérience passive qui dispenserait d’exercer l’activité propre à la pensée ».

Publié dans raison et réel

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No-29, ESPRIT SCIENTIFIQUE. EST-CE QUE TU L'AS ?


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