Le vivant (fiche bac)

Publié le par lenuki

Le vivant

1) L’ Antiquité et le vitalisme : le corps animé
(1) les êtres vivants sont irréductibles à la matière brute

en effet, a) c’est un individu, un organisme, ie, un tout dont les parties sont solidaires ;
b) il évolue, et ses transformations modifient sa nature ;
c) il tend à se conserver et à se reproduire (à conserver son espèce) ;

(2) par conséquent, on doit recourir à un principe autre que la matière inerte pour en rendre compte ; cf. Dieu, ou une « âme » (anima = le souffle qui anime), appelée par les vitalistes « principe vital »
(3) on recourt aussi à un autre principe, le principe finaliste : on explique les parties par le tout et les organes par leur fonction (exemple : « on a des mains pour couper », et non « on coupe parce qu’on a des mains »).

cf. Aristote, De Anima : l’âme est inséparable du corps ; elle est précisément la forme d’un corps naturel organisé, ce qui le fait croître, ce qui le fait se mouvoir, etc. Chaque sorte d’être vivant a une âme. Par exemple :
-la plante a une âme «nutritive » (principe de reproduction de l’individu) ; la salade qui est dans votre assiette a une âme (certes pas aussi complexe que la vôtre, elle ne peut pas penser par exemple, mais elle croît et se nourrit).
-Aristote attribue même une âme et une finalité aux objets inertes, tels la pierre : la pierre qui tombe « désire » aller vers les centre de la terre, car c’est son lieu naturel. Elle est faite pour y être.

2) Le 17e et le mécanisme : le corps-machine
Or, progressivement, on s’est mis à critiquer cette conception, en disant que c’est une attitude de type religieuse, qui consiste à projeter ce qui vaut seulement de l’homme, dans la nature. Ainsi, le principe de finalité, qui est adaptation de moyens à fins, qui se pense par rapport à un projet, est seulement humain.
C’est surtout au 17e qu’on s’est rendu compte de ça, grâce à Galilée. Il invente, contre Aristote, une nouvelle manière d’expliquer les phénomènes. C’est ce qu’on appelle la science. On ne doit plus chercher l’explication des phénomènes dans les apparences immédiates des phénomènes, mais on doit les expliquer par des concepts mathématiques.

Mais surtout, cette science va impliquer une conception du monde mécaniste (= tout doit s’expliquer par la matière et le mouvement). Faire intervenir autre chose, que ce soit une âme ou une finalité, pour expliquer la nature, est quelque chose de sacrilège, de non scientifique.
Descartes, dans les Méditation seconde des Méditations métaphysiques, s’en inspire énormément (cf. cours Descartes). Selon lui, tout corps, inerte ou vivant, relève entièrement de l’étendue et du mouvement mécaniques. Le corps est une machine ou un automate, semblable à une horloge. Les êtres vivants ne sont nullement une exception au sein de la nature. (Postulat fondamental : pas de finalité dans les choses, car c’est anti-scientifique).
 

Descartes a donc très peur d’aller contre l’attitude scientifique, et c’est pour ça que dans la 2nde méditation il dit (et montre) que l’âme est esprit et le corps matière. Son dualisme reprend donc les postulats de Galilée, et utilise, pour se constituer, Aristote comme un véritable repoussoir (cf. Méditations Métaphysiques, Ed. Bordas, § 6 et 7)

3) Kant, la Critique de la faculté de juger : les corps vivants ne sont pas des machines
CF. § 65 où il objecte à Descartes que les corps vivants diffèrent des corps artificiels, et ne sont pas du tout comparables à des horloges (surtout parce que la montre, par exemple, ne peut, contrairement au vivant, se réparer lui-même).
 
On a donc besoin de quelque chose d’autre que la matière inerte pour en rendre compte –sans doute de la finalité (cf. § 64, op. cit., : « une chose existe comme fin de la nature si elle est cause et effet d’elle-même » ) ; mais rien ne nous dit qu’il existe réellement hors de l’esprit de l’homme une finalité ; c’est un besoin de la réflexion.
Problème de Kant : au bout du compte, on est obligé de dire que la nature ou l’être vivant a été créée par Dieu ou une autre créature. Que la nature « veut » quelque chose. (NB : la machine de Descartes ne suppose-t-elle pas elle aussi un artisan ?)
Solution : il soutient que c’est seulement pour notre esprit que la notion de fin naturelle a un sens et même est nécessaire. L’homme est ainsi fait qu’il ne peut faire autrement que penser le monde ainsi. C’est ce qui donne sens et cohérence au monde. Kant dit, non pas que la nature est organisée ou finalisée, mais que c’est comme si elle l’était.
NB : On peut aussi consulter, pour comprendre à quel point la notion de finalité est « subjective » ou plus précisément propre à l’homme , le texte suivant de Claude Bernard, extrait de Cahiers de notes, « le Cahier rouge » (1850-1860), Ed. Gallimard, 1965, pp. 58-59 :
 

Publié dans raison et réel

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