Justice et inégalités sociales

Publié le par lenuki

John Rawls et l’égalitarisme libéral. 

 

La traduction en 1987 du livre de John Rawls ("Théorie de la justice", publié en 1971 aux États-Unis) a suscité un vif débat.
  • L’auteur tente de redéfinir un modèle de démocratie idéale et rationnelle en posant un principe de justice susceptible de guider la mise en place d’institutions réalisant un consentement général social sans pour autant contrarier l’efficacité économique. Pour Rawls une société "bonne" c’est une société dans laquelle "ce qui est juste" est prioritaire, mais rien ne saurait être juste si cela est obtenu au détriment de la "liberté". La Justice ne peut pas porter atteinte au principe fondamental de l’humanité, celui de la liberté de l’individu et elle ne peut pas davantage résulter d’un calcul utilitaire parce que l’absence de justice menace la cohésion socilae sans laquelle l’espérance du bien-être est sans fondement.
  • C’est pour respecter ces indications que Rawls est conduit à hiérarchiser les principes qui régiront une société juste.
    • Une société ne saurait être juste si elle n’est pas fondée sur l’accord préalable de ses membres. La théorie de la justice de Rawls est donc une théorie du contrat social.
    • Puisque l’utilitarisme est abandonné il faut définir une règle de répartition qui se substitue à l’utilité. C’est ce que Rawls appelle "l’équité dans la répartition des biens premiers". Ces biens sont premiers à un double titre : ils sont ce qu’un individu peut ou non désirer comme déterminant pour ses conditions de vie futures, et, ils sont essentiels (par exemple les revenus, les pouvoirs, les prérogatives de toutes sortes, les bases sociales du respect de soi...). Si la situation initiale n’est pas équitable une société juste ne peut pas s’établir. On peut donc envisager une étape préalable au contrat dans laquelle ces biens premiers seront précisés et leur répartition corrigée dans le sens de l’équité.
  • L’équité suppose alors que deux principes (le second est double) soient respectés :
    • chacun doit avoir un droit égal au système le plus étendu de libertés de base (principe de liberté)
    • les inégalités doivent être telles qu’elles soient au plus grand bénéfice des désavantagés (principe de différence) et attachées à des fonctions et à des positions ouvertes à tous (principe d’égalité des chances).
      Le premier principe est "supérieur" au second : : la liberté est prioritaire (rejet de l’utilitarisme), mais, le second principe s’applique ensuite : si la liberté fait naître des inégalités celles-ci ne sont pas justifiées si elles n’améliorent pas le bien-être (rejet des positions libertariennes) et si elles sont figées.
      Ainsi s’il y a des inégalités de revenus et de fortune, des différences d’autorité et des degrés de responsabilité qui tendent à améliorer la situation de tous par rapport à la situation d’égalité, il faut les accepter. L’accentuation des inégalités est acceptable si elle améliore le sort des plus démunis. Inversement cela veut dire que la réduction des inégalités ne peut être poursuivie si elle conduit à des prélèvements limitant l’initiative économique de manière telle que le bien-être des plus démunis s’en trouve réduit .
    •  Il reste à définir les modalités de rédaction du contrat initial : la situation originelle. Comment les individus calculateurs et égoïstes (la conception de la nature humaine retenue par Rawls n’est pas angélique) vont-ils fixer les critères d’équité? Par exemple quelle sera leur attitude face au risque (maladie, chômage, pauvreté, réussite scolaire...)? Comment éviter le biais qui est présent dès qu’un individu sait que le risque qu’il court est réduit alors que celui des autres est plus important, comment éviter qu’il en tire argument pour réduire sa participation à la couverture du risque ? Rawls doit ici régler des problèmes rencontrés dans toutes les relations contractuelles dès lors qu’il y a information imparfaite ou asymétrique. Il le fait en recourant à l’idée suivante : la décision, le choix des individus se fait sous un "voile d’ignorance" .
      L’individu ignore quelle sera sa situation future, celle-ci est totalement imprévisible. Il choisit donc en minimisant le risque et pour cela il faut maximiser la situation du plus défavorisé (rendre le plus possible confortable la position du plus mal placé de manière à réduire l’inconvénient qu’il y a à se retrouver dans cette situation). On parle de stratégie de maximin (maximiser le minimum) et cela doit s’appliquer à chaque niveau de la société (la "société juste" de Rawls n’est pas une société sans hiérarchie)..
      Certains conçoivent la réponse de Rawls à la question de la justice sociale comme résolument égalitariste, d’autres la dénoncent au contraire parce qu’elle permet d’accepter, au nom d’une vision contestable de l’homme, les conséquence du libéralisme économique en termes d’inégalités.

Publié dans politique et morale

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article