Science et vérité (texte de Husserl)
Husserl, Les rapports entre la vérité et la science
« La vérité ou la fausseté, la critique et l'adéquation critique des données évidentes, voilà autant de thèmes banals qui déjà jouent sans cesse dans la vie pré-scientifique. La vie
quotidienne, pour ses fins relatives et variables, peut se contenter d'évidences et de vérités relatives. La science, elle, veut des vérités valables une fois pour toutes et pour tous;
définitives; et, partant, des vérifications renouvelées et ultimes. Si, en fait, comme elle-même doit finir par s'en convaincre, la science ne réussit pas à édifier un système de vérités
"absolues", si elle doit sans arrêt modifier les valeurs "acquises", elle obéit pourtant à l'idée de vérité absolue, de vérité scientifique, et elle tend par là même à un horizon infini
d'approximations qui convergent toutes vers cette idée. A l'aide de ces approximations, elle croit pouvoir dépasser la connaissance naïve, et aussi se dépasser infiniment elle-même. Elle croit le
pouvoir aussi par la fin qu'elle se pose, à savoir l'universalité systématique de la connaissance »
Dans ce texte, Husserl s’interroge sur les rapports entre la vérité et la science. Pour cela, il distingue l’attitude quotidienne de l’attitude scientifique. En effet, nous ne parlons pas
uniquement de vérité et de fausseté dans le domaine scientifique, nous utilisons quotidiennement ces termes qui ont déjà un sens dans notre vie lorsque nous agissons, échangeons…Pourtant, il
s’agit ici pour Husserl de montrer que les notions de vérité et d’évidence n’ont pas exactement le même sens dans le domaine scientifique. Pourquoi ? Parce que dans le champ de l’action, de notre
vie quotidienne, nos fins sont relatives, elles dépendent de nos désirs, de notre volonté…La science n’a pas les mêmes fins que l’action, elle recherche ainsi des vérités définitives. En effet,
vous ne pouvez pas considérer qu’une loi de la nature est énoncée simplement provisoirement. Ceci aurait un sens s’il s’agissait simplement, à un moment donné d’agir, mais cela ne peut en avoir
si on recherche la vérité. Pourtant, l’histoire des sciences nous montre bien que les vérités, les théories sont sans cesse remises en cause. Comment alors affirmer que la science recherche des
vérités définitives alors que l’histoire nous montre que les vérités semblent provisoires ? Parce qu’il faut distinguer ce qui est visé de ce qui est effectivement. Si les vérités sont discutées,
si les théories sont remises en cause, c’est justement parce que la science vise la vérité absolue.
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